Dans une opinion publiée par CNN, Mark Olser, ancien procureur fédéral et professeur de Droit à l'Université de St. Thomas (Minnesota), explique ce qui pourrait se passer.

"Comme je suis quelqu'un qui étudie et plaide en faveur de la grâce, je recevrai beaucoup d'appels si cela arrive. La plupart du temps, les gens me demanderont : "Peut-il faire cela ?", écrit-il, en ajoutant : Ma réponse sera : "Il vient de le faire"." Car selon lui, la grâce n'a, hormis la politique, pas de contrepoids.

La Constitution américaine donne en effet au président un pouvoir discrétionnaire exclusif sur la clémence. Historiquement, la grâce présidentielle a été utilisée dans le cadre d'un projet plus large de réforme du droit pénal, pour permettre de gracier les personnes "oubliées". "Par exemple, le président Gerald Ford l'a utilisée pour accorder des milliers de grâces conditionnelles à des évadés et des déserteurs de l'époque du Vietnam après la fin de la guerre, et le président John F. Kennedy l'a utilisée pour réduire les peines de certains condamnés en vertu d'une loi draconienne sur la marijuana", explique le professeur de Droit.

Jusqu'où pourrait-il aller ?

Mais selon Mark Olser, Donald Trump a déjà montré qu'il comptait profiter de son pouvoir pour favoriser des amis et célébrités de Fox News. "Même sa commutation de peine et la grâce accordée à Alice Marie Johnson, qui a fait l'objet de nombreuses célébrations, n'ont été obtenues qu'après l'intervention d'une autre star de la télé-réalité, Kim Kardashian West."

La question se pose alors : jusqu'où le président Trump pourrait-il aller ? Donald Trump n'aura, en cas de défaite, plus à craindre de sanctions dans les urnes. "Si Trump devait perdre les élections, il n'y aurait pas grand chose qui l'empêcherait de pardonner à tous ceux qui l'entourent et à son entreprise pour contrecarrer toute enquête ou coopération potentielle future", a déclaré Andrew Weissmann, qui a travaillé sur l'enquête du conseiller spécial Robert Mueller sur l'ingérence russe dans les élections de 2016.

Pour Jeremy Paul, professeur à la faculté de Droit de l'Université de Northeastern, le pouvoir de clémence du président est unilatéral, mais il n'est pas absolu : "Offrir une grâce pour le silence n'est pas autorisé. C'est comme une falsification de témoin", a-t-il déclaré à Bloomberg News.

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Une longue liste

Qui pourrait-il gracier ? Plusieurs noms semblent ressortir. Donald Trump pourrait ainsi décider de gracier Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, embourbé dans une saga juridique depuis quatre ans. Michael Flynn a plaidé deux fois coupable d'avoir menti à des agents du FBI qui examinaient ses liens avec la Russie, puis il est revenu sur sa décision, après avoir engagé un avocat qui a critiqué ouvertement l'enquête Mueller.

Son ancien président de campagne, Paul Manafort, pourrait lui aussi profiter du pouvoir attribué à Donald Trump. Il s'était d'ailleurs exprimé sur l'affaire, clamant que les poursuites étaient injustes et qu'une grâce n'était "pas exclue". Manafort, qui a passé sa carrière à travailler pour le compte des oligarques pro-Kremlin en Ukraine, avait été condamné à 7 ans de prison. Une peine qu'il peut, suite à l'épidémie de coronavirus, purger chez lui.

D'autres noms sont également cités : Rudy Giuliani (son "avocat personnel"), Steve Bannon ou encore Julian Assange.

Gracié à son tour ?

Donald Trump a d'ores et déjà déclaré "avoir le droit absolu" de se gracier. Une solution qui pourrait lui permettre d'éviter certaines poursuites. L'actuel président pourrait en effet faire l'objet de plusieurs enquêtes, que ce soit sur le financement de ses campagnes électorales ou l'utilisation de son mandat pour augmenter les revenus de ses hôtels. Le récent rapport sur les déclarations d'impôts de Donald Trump, publié par le New York Times, pourrait également déclencher une éventuelle enquête pour évasion fiscale.  

Voilà comment les choses pourraient se passer : avant la fin de son mandat, en janvier 2021, Donald Trump pourrait démissionner. Dans ce cas, c'est Mike Pence, son actuel vice-président, qui assumerait le rôle de président. Il pourrait alors accorder la grâce complète et inconditionnelle à Donald Trump et ce pour tous les crimes qu'il aurait pu commettre contre les Etats-Unis.

Si à ce stade, rien n'est encore confirmé, ce scénario n'est pas tout à fait improbable. Après son départ du pouvoir, Richard Nixon avait bénéficié d'une grâce de la part de son successeur, Gerald Ford.