Le débat télévisé du 29 septembre 2020 a pu laisser croire qu’entre Donald Trump et Joe Biden, tout se réduisait à un affrontement de personnalités. Les deux candidats à l’élection présidentielle défendent pourtant des idées, quand bien même le programme de l'actuel président des Etats-Unis est articulé de façon moins détaillée et moins sophistiquée que celui de son adversaire démocrate. Le Covid-19 est, cependant, venu dominer l’agenda et a fait de la santé le premier sujet de préoccupation des électeurs. D’autant plus qu’aux États-Unis, l’accès des citoyens à une assurance santé et à des soins est intimement lié à l’emploi – dont le taux a chuté dramatiquement du fait des mesures prises pour enrayer l’épidémie.

Santé


À défaut d’avoir réussi à abroger l’Obamacare, Donald Trump s’est efforcé de vider sa substance cette réforme par laquelle le gouvernement de Barack Obama a cherché à démocratiser l’accès aux soins de santé. “L’Obamacare sera remplacé par une alternative NETTEMENT meilleure, et DE LOIN moins chère, si elle est annulée par la Cour suprême”, a promis M. Trump. En effet, la Cour suprême est de nouveau amenée à se prononcer sur cette réforme le 10 novembre prochain. Dans la ligne droite des souhaits des Républicains, le président américain plaide pour imposer des limites à Medicaid, un programme destiné à fournir une assurance maladie aux personnes à faibles revenus.

Il a cependant promis de réduire les prix des médicaments, notamment en les important de pays étrangers.


Sans surprise, Joe Biden entend non seulement restaurer l’intégrité de l’Obamacare, mais en étendre les bénéfices à, promet-il, 97 % des Américains. Parmi les pistes envisagées, la proposition d’une assurance publique calquée sur le modèle du Medicare (le programme qui couvre déjà les seniors) et des abattements fiscaux pour aider la classe moyenne à payer les primes. La volonté est non seulement d’aider les plus défavorisés, mais aussi ceux qui ont des revenus trop élevés pour être aidés et trop bas pour bénéficier de soins de santé de qualité. Biden veut aussi combattre la concentration au sein de l’industrie pharmaceutique et les pouvoirs exorbitants qui en découlent pour fixer les prix des médicaments. Pour accroître la concurrence, il entend autoriser ses concitoyens à acheter des médicaments à l’étranger.

Économie et emploi


Héritier d’une économie solide, le Républicain a pu se vanter, sous son mandat, d’une croissance continue du PIB , d’un optimisme débordant de Wall Street et d’un niveau de chômage historiquement bas. La pandémie de coronavirus, synonyme d’une sévère crise économique , est venue balayer ce château de cartes. Pas de quoi déstabiliser Donald Trump, qui se présente comme le seul capable de restaurer “la meilleure économie de l’histoire”.

L’une de ses promesses phares est de créer 10 millions de nouveaux emplois en dix mois et un million de nouvelles petites entreprises. Comment ? “Nous allons continuer à réduire les impôts et les réglementations à des niveaux jamais vus auparavant”, a-t-il expliqué, s’engageant à dévoiler cette année, un “Paquet de réduction des impôts 2.0”. Il veut également élargir les Zones d’Opportunité, un programme qui fournit des incitations fiscales à ceux qui investissent dans des communautés défavorisées – mais dont l’impact sur ces dernières est mis en doute.

Si ses politiques ont surtout favorisé les Américains fortunés, Donald Trump cherche aussi à donner des gages à la classe ouvrière, qui constitue une partie de son électorat. Il s’est récemment dit “ouvert” à une augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure – alors qu’il stagne à 7,25 dollars depuis une décennie. Le même Trump avait pourtant déclaré que les revenus des Américains étaient déjà “trop élevés”…

L’économie et l’emploi représentent sans conteste le terrain le plus difficile pour Joe Biden. L’épidémie a sans doute modifié la donne, mais, en continuant paradoxalement à bien performer, la Bourse peut suggérer que la prospérité de l’ère Trump est toujours au rendez-vous, au moins pour les nantis. En promettant d’abroger sa réforme fiscale, Biden a donné du grain à moudre à son rival Républicain, qui assure de façon convaincante que tous les Américains paieront plus d’impôts si son adversaire l’emporte. Aussi Joe Biden ne veut-il pas rétablir l’économie d’avant le Covid-19, mais plutôt créer une économie nouvelle, moderne et meilleure. L’accent est mis, par exemple, sur le développement des énergies durables et sur l’investissement dans les services publics ou sociaux, qu’il s’agisse des crèches, de l’éducation, des personnes âgées ou des handicapés.

Discriminations raciales


Celui qui se présente comme “la personne la moins raciste du monde” est accusé d’avoir soufflé sur les braises des tensions raciales aux États-Unis . M. Trump a demandé d’apporter une réponse militaire aux manifestations qui ont suivi l’assassinat de l’Afro-Américain George Floyd par la police. Distillant un sentiment de peur auprès de son électorat, majoritairement blanc, il a promis de faire régner enfin “la loi et l’ordre” dans le pays, qu’il dirige pourtant depuis quatre ans. M. Trump a qualifié le mouvement Black Lives Matter de “symbole de la haine” et s’oppose fermement à la diminution des fonds des services de police. Réfutant l’idée qu’il existe un racisme systémique au sein de la société américaine, l'actuel occupant de la Maison Blanche propose peu de projets ciblés pour la communauté afro-américaine. Selon lui, celle-ci bénéficiera inévitablement de la mise sur pied “de la meilleure économie au monde”.


Associé aux années Obama, Joe Biden est sur du velours dès qu’on évoque les discriminations raciales, quand bien même sa colistière , Kamala Harris , fut précisément celle qui lui reprocha, lors d’un débat télévisé des primaires démocrates, un engagement parfois équivoque , quand il était sénateur du Delaware, en faveur de la déségrégation dans les écoles. Le candidat entend ne laisser planer aucun doute aujourd’hui en privilégiant la réduction des inégalités économiques et sociales. Il promet notamment 50 milliards de dollars pour financer les projets d’entrepreneurs “bruns et noirs” dans des partenariats public-privé, et 100 milliards de dollars en prêts à faible taux d’intérêt pour soutenir des programmes bénéficiant à ces communautés. Plusieurs initiatives visent à faciliter la création de PME par les ressortissants issus des minorités.

Migration


Le Républicain a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille. Il s’est engagé à poursuivre la construction d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique – il a obtenu un financement pour bâtir 716 km des 1 160 km de barrière promis. Il veut également mettre fin à la loterie des visas – système de tirage au sort qui permet chaque année à 50 000 étrangers de s’installer aux États-Unis –, ainsi qu’à la “migration en chaîne” (basée sur le regroupement familial). Ce, afin d’instaurer un système exclusivement basé sur le mérite.

Donald Trump voudrait également bloquer l’accès des immigrés clandestins à l’aide sociale ou encore aux soins de santé. Il ambitionne de faire disparaître les villes sanctuaires – dont la police ne livre pas les migrants en situation irrégulière aux autorités fédérales – pour “restaurer nos quartiers et protéger nos familles”. Ainsi, le Républicain continue-t-il d’associer ces personnes au danger, tout comme lors de sa campagne électorale en 2016.

Avant toute chose, Joe Biden entend “réaffirmer les valeurs de l’Amérique en tant que nation d’immigrants”. Plutôt qu’un mur, le candidat démocrate veut construire des ponts et mener une politique de l’immigration qui soit à la fois “juste et humaine”. S’il concède volontiers que les frontières doivent être contrôlées de façon efficace, Biden entend qu’on respecte les droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. Il ne s’agira plus de séparer les enfants de leurs parents, mais de renouer avec différents dispositifs protégeant le regroupement familial. Biden réaffirme la pertinence des programmes lancés sous la présidence d’Obama (notamment en faveur des “Dreamers”, les jeunes arrivés clandestinement aux États-Unis alors qu’ils étaient mineurs) et rappelle son soutien à la réforme de l’immigration qui jouissait d’un large soutien dans les deux partis, mais que la majorité républicaine à la Chambre avait néanmoins rejetée en 2013.

Questions de société


L’avortement est sans doute la question qui divise le plus la politique américaine. Afin de galvaniser l’électorat américain évangélique et ultra-conservateur, le Républicain se pose en garant de la restriction de ce droit des femmes. Raison pour laquelle il tente de nommer in extremis Amy Coney Barrett , catholique pratiquante, pour remplacer la juge progressiste et doyenne de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, décédée en septembre. En janvier, Donald Trump est devenu le premier président à assister à une manifestation anti-avortement. Cette position ultraconservatrice vaut également pour les droits de la communauté LGBT, qu’il s’est attelé à limiter pendant ses quatre ans de présidence.

Donald Trump est un fervent défenseur du Deuxième Amendement de la Constitution. Sa position reste floue quant à la vérification des antécédents d’une personne souhaitant se procurer une arme. Il a par contre déclaré qu’il n’y avait “aucun appétit politique” pour l’interdiction des fusils d’assaut. Et s’oppose par ailleurs à l’idée d’obliger les détenteurs d’armes de les faire enregistrer.

Les positions d’un candidat démocrate dans les débats de société sont claires, mais parfois difficiles à défendre face à la caricature qu’en font volontiers ses adversaires républicains lors de la course présidentielle. Joe Biden défend la liberté d’avorter, les droits des minorités sexuelles, l’union entre conjoints de même sexe – principes qui ne doivent pas paraître en contradiction avec des convictions religieuses fortes (lesquelles doivent toujours être revendiquées si l’on veut être élu en Amérique). La question des armes à feu impose un exercice d’équilibriste : il faut proclamer son attachement à ce droit constitutionnel, mais réclamer des contrôles plus efficaces pour que les armes “ne tombent pas en de mauvaises mains”. Biden veut interdire la commercialisation des fusils d’assaut et des chargeurs à grande capacité, mais aussi la vente en ligne des armes et munitions.

Climat


En septembre dernier, M. Trump a prédit que le climat “ commencerait à se refroidir ” et estimé que “ la science ne sait pas ” vraiment ce qu’est le changement climatique. Fort de ces convictions, il entend poursuivre sa politique, qui consiste à réduire à néant les protections environnementales de l’ancien Président démocrate Obama et promouvoir les combustibles fossiles. L’extraction du gaz naturel par fracturation hydraulique est, à ses yeux, un moyen de créer de l’emploi et maintenir des prix faibles pour l’énergie. Le président entend stimuler par ailleurs une renaissance du “beau charbon propre”, le combustible qui émet pourtant le plus de dioxyde de carbone lorsqu’il est brûlé.

Le candidat démocrate aime à rappeler qu’il est reconnu comme un pionnier en matière de lutte contre le changement climatique pour avoir été l’initiateur, en 1986, d’une des premières lois en la matière. Comme vice-président, il a été directement impliqué dans la négociation de l’accord de Paris de 2015 et il devrait en toute logique refaire des États-Unis une partie à ce traité que Donald Trump a dénoncé. Biden a de grandes ambitions : il s’engage à mettre en place une économie exclusivement fondée sur des énergies renouvelables et à zéro émission carbone à l’horizon 2050 au plus tard. Son plan pour y parvenir conjugue diverses mesures, de la construction de petites centrales nucléaires à l’amélioration des moteurs de voitures ou d’avions, de la transformation des techniques agricoles à la sanctuarisation des espaces marins et terrestres que Donald Trump a voulus ou veut ouvrir à l’exploitation énergétique. La recherche et l’innovation en matière d’environnement sont au cœur du projet économique et de la campagne présidentielle du candidat démocrate.

Politique étrangère et commerce


America first. Le candidat républicain reste fidèle à cette vision de la politique étrangère, qui consiste à faire cavalier seul, quitte à s’aliéner ses partenaires et renoncer à sa place de leader du multilatéralisme. Pour desserrer les liens de l’économie américaine avec celle d’autres pays et promettre de nouveaux emplois pour la classe ouvrière, il s’engage à stimuler l’industrie manufacturière nationale et décourager les entreprises à délocaliser leurs activités. Fier d’être “le premier président à tenir tête à la Chine”, il entend continuer sa guerre de nerfs avec Pékin.

Sur le terrain géopolitique, Donald Trump maintient son soutien à Israël et compte décupler ses efforts pour faire reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne. Pendant ce temps, il veut poursuivre la stratégie du rouleau compresseur face à l’Iran, ayant dénoncé l’accord sur le nucléaire conclu avec ce pays. En ce qui concerne le domaine militaire, le retrait des troupes américaines d’Afghanistan reste un objectif clé de Donald Trump. Par ailleurs, s’il est réélu, le Républicain continuera à mettre la pression sur les alliés de l’Otan pour augmenter leurs propres dépenses en matière de défense.

Pour avoir présidé pendant plusieurs années la Commission des Affaires étrangères du Sénat, Joe Biden a une solide connaissance des questions internationales et attache plus de prix au multilatéralisme que Donald Trump. Tout comme Barack Obama avait rétabli un climat de confiance avec les alliés de l’Amérique après les tumultueuses années Bush, le représentant démocrate devrait réparer les dégâts causés sous l’ère Trump, notamment au sein de l’Otan. S’il cherchera logiquement à réhabiliter l’accord nucléaire avec l’Iran (puisqu’il fut conclu sous la présidence d’Obama), il ne devrait pas, en revanche, remettre en cause le transfert à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis en Israël. On peut, toutefois, escompter un peu plus de bienveillance à l’égard des Palestiniens. La grande inconnue reste l’attitude que Biden adoptera envers la Chine : il se montrera probablement moins agressif, mais, dans le contexte post-Covid, il lui sera impossible d’ignorer le déséquilibre vertigineux des échanges commerciaux.

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