Au dixième jour de recherches en Amazonie d'un journaliste britannique, Dom Phillips, et d'un expert brésilien, Bruno Pereira, de nombreuses questions se posaient encore mardi sur les raisons de leur disparition, tandis qu'une grande confusion régnait sur la possible découverte de restes humains.

Qui sont les disparus?

Né près de Liverpool, en Angleterre, Dom Phillips, 57 ans, collaborateur régulier du journal britannique The Guardian, vit au Brésil depuis 15 ans.

Passionné d'Amazonie, à laquelle il a consacré des dizaines de reportages, il se trouvait dans la région depuis plusieurs jours dans le cadre de recherches pour un livre sur la préservation de l'environnement dans la région.

Lors de cette expédition, il était guidé par Bruno Pereira, 41 ans, expert de la Funai, organisme chargé des affaires indigènes au Brésil, et défenseur reconnu des droits des autochtones.

Il avait été par le passé coordinateur de l'antenne régionale de la Funai à Atalaia do Norte, ville proche de la frontière péruvienne vers laquelle les deux hommes se dirigeaient en bateau quand ils ont été vus pour la dernière fois.

Son travail en faveur des peuples autochtones lui a valu de nombreuses menaces de groupes criminels qui sévissent dans la région.

Les deux hommes sont mariés et Bruno Pereira est père de trois enfants.

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Dans quelles circonstances ont-ils disparu?

Dom Phillips et Bruno Pereira ont été vus pour la dernière fois le matin du dimanche 5 juin, quand ils quittaient la localité de Sao Gabriel, à quelques heures de bateau de leur destination, Atalaia do Norte.

Ils voyageaient dans un bateau neuf, avec suffisamment d'essence pour le trajet.

Ils ont disparu dans la Vallée de Javari, près de la deuxième plus grande réserve indigène du Brésil, où vivent 26 peuples autochtones, dont 19 dans un isolement total.

Cette région difficile d'accès est située au coeur de la forêt amazonienne, à la triple frontière entre Brésil, Pérou et Colombie, où l'Etat a très peu d'emprise et où sévissent des gangs qui mêlent narcotrafic et crimes environnementaux tels que la contrebande de bois et la pêche illégale.

Quels sont les résultats des recherches à ce jour?

Les recherches sont menées par des agents des forces de sécurité, notamment l'armée et la Police fédérale, mais aussi par des bénévoles d'associations d'indigènes.

Dimanche, les autorités ont annoncé que des effets personnels des deux disparus avaient été retrouvés, notamment des bottes, des vêtements et une carte d'assurance-santé.

Selon les pompiers, ces objets ont été retrouvés dans un sac à dos attaché à un arbre sous l'eau, dans une zone inondée près du domicile d'Amarildo da Costa Oliveira.

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Ce pêcheur de 41 ans a été vu par des témoins suivant à grande vitesse l'embarcation dans laquelle se trouvaient Dom Phillips et Bruno Pereira le 5 juin. La police a identifié des traces de sang dans le bateau du suspect, qui a nié toute implication dans la disparition des deux hommes.

Un second suspect, Oseney da Costa de Oliveira, dit "Dos Santos", du même âge, a été arrêté mardi. La police a saisi des cartouches d'armes à feu et une pagaie, sans préciser si ces objets ont été trouvés au même endroit que celui où "Dos Santos" a été arrêté.

Aucun lien entre les deux suspects n'a été pour l'heure précisé de source officielle, mais selon le portail brésilien G1, ils sont frères.

D'autres traces de sang et de "matière organique apparemment humaine" ont été retrouvées vendredi et sont en cours d'analyse. Les résultats sont attendus d'ici la fin de la semaine.

Le président Jair Bolsonaro a évoqué lundi "des viscères humains retrouvés flottant sur le fleuve et amenés à Brasilia pour identifier l'ADN", sans préciser s'il s'agissait de cette matière organique retrouvée vendredi par la police.

"Nous ne savons pas quel type de matière organique a été retrouvé, mais ce ne sont pas des viscères, il n'y a jamais eu de viscères", a assuré mardi Elisio Marubo, de l'Union des Peuples indigènes de la Vallée de Javari (Univaja).

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Les corps ont-ils été retrouvés?

Lundi, des informations contradictoires circulaient autour de corps qui auraient été retrouvés lors des recherches.

Des membres de la famille de Dom Phillips ont dit que l'ambassade du Brésil à Londres leur avait assuré que deux corps retrouvés étaient en cours d'identification, une information démentie par la Police fédérale.

Dans un communiqué mardi, la famille du Britannique a déploré cette confusion "qui ne fait que compliquer une situation déjà affligeante".

Selon plusieurs médias, l'ambassadeur du Brésil au Royaume-Uni a présenté mardi ses excuses pour "avoir transmis aux familles une information qui s'est révélée incorrecte".