Monde

Les députés européens de droite et d'extrême droite ont rejeté mardi un rapport défendant notamment le droit à l'accès aux contraceptifs et à l'avortement dans l'Union européenne.

Le texte sans force contraignante, présenté par la socialiste portugaise Edite Estrela, était depuis des semaines dans le collimateur de nombreux mouvements hostiles à l'avortement et à la procréation médicalement assistée (PMA).

Il aurait dû être examiné par le Parlement européen en octobre, mais avait été repoussé à une date ultérieure en raison du tir de barrage d'une coalition hétéroclite rassemblant chrétiens-démocrates, eurosceptiques et extrême droite. Les opposants au texte redoutaient que cette résolution ne soit un premier pas vers une processus de légalisation de la PMA en Europe.

Le rapport défendait "une sexualité responsable, satisfaisante et sûre ainsi que la liberté pour les personnes de choisir d'avoir des enfants si elles le souhaitent et quand elles désirent". Il plaidait pour un accès à des moyens de contraception et à des services d'avortement sûrs partout dans l'UE, mais également pour une éducation sexuelle des jeunes.

"Cette conception de la santé génésique suppose que les femmes et les hommes puissent choisir des méthodes de régulation de la fécondité sûres, efficaces, abordables et acceptables, que les couples puissent avoir accès à des services de santé appropriés permettant aux femmes d'être suivies pendant leur grossesse et offrant ainsi aux couples la chance d'avoir un enfant en bonne santé", précisait le rapport de Mme Estrela.

Mais les députés européens lui ont préféré un texte alternatif émanant du PPE (centre-droit) et de l'ECR (conservateurs) réaffirmant la primauté des Etats sur les questions comme l'avortement ou la contraception. Le texte alternatif a été adopté par 334 voix pour et 327 contre.

Edite Estrela a estimé que "l'hypocrisie et l'obscurantisme (l'avaient) emporté à quelques voix près".

"C'est un jour sombre pour la Journée des Droits de l'Homme", a commenté pour sa part l'eurodéputé socialiste belge Véronique de Keyser.

"L'abominable rapport Estrela flingué définitivement. Succès total", s'est au contraire félicité l'eurodéputé français d'extrême droite Bruno Gollnisch.

"Les questions relatives à la santé et aux droits sexuels et génésiques relèvent de la compétence des Etats membres, et cela doit le rester", a estimé l'élue française du PPE Elisabeth Morin-Chartier.

"L'Union européenne doit se concentrer sur les sujets pour lesquels elle est compétente, et sur lesquels son action présente une réelle valeur ajoutée pour les citoyens européens", a-t-elle ajouté avant de rappeler son attachement à la loi Veil qui a autorisé le droit à l'avortement en France.