Monde

Une juriste présente son histoire avec DSK comme une "enquête de terrain" pour son livre

PARIS La Belle et la Bête, un titre aguicheur pour une histoire qui n'a pourtant rien d'un conte de fées. Ce roman, c'est celui de Marcela Iacub, juriste et chroniqueuse pour Libération. Le récit de sept mois de liaison avec Dominique Strauss-Kahn au cours de l'année 2012, dont Le Nouvel Obs présente les morceaux les plus savoureux. Carlton, Sofitel, Anne Sinclair: tous passent sous la plume de la chroniqueuse, qui analyse le personnage à sa façon.

Pour commencer, l'auteure s'en prend à son ancien amant, le décrivant comme un être hybride, à mi-chemin entre l'homme et le cochon: "Le personnage principal est un être double, mi-homme mi-cochon […]. Ce qu'il y a de créatif, d'artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l'homme. L'homme est affreux, le cochon est merveilleux même s'il est un cochon. C'est un artiste des égouts, un poète de l'abjection et de la saleté."

Une envolée "poétique" douteuse, suivie d'une analyse plus terre-à-terre: "La liste de tes maîtresses, de tes conquêtes d'un jour, de tes putes successives et concomitantes montrait un autre aspect émouvant de ta vie de cochon. Ces femmes étaient laides et vulgaires comme si en chercher de jolies était déjà une manière d'être plus homme que cochon."

Du Sofitel au Carlton

Marcela Iacub ne pouvait pas manquer l'opportunité d'évoquer la tourmente traversée par DSK en 2012, avec les célèbres affaires du Sofitel et du Carlton.

Sur l'affaire américaine, d'abord, l'auteure livre son jugement: "C'est un cochon qui prend une femme de chambre pour Catherine Deneuve dans Belle de jour. Seul un cochon peut trouver normal qu'une misérable immigrée africaine lui taille une pipe sans contrepartie, juste pour lui faire plaisir et rendre hommage à sa puissance. Et la pauvre est revenue dans la chambre sans que tu lui laisses un quelconque pourboire. La femme de chambre a été horriblement offensée mais pas violée." Vous avez dit analyse au ras des pâquerettes?

Marcela Iacub continue sur sa lancée. Avant d'évoquer l'Élysée, petit détour par le Carlton: l'auteure écrit que les amis de DSK qui le conviaient à des parties fines "pensaient que s'ils organisaient des partouzes, ils allaient obtenir des bénéfices le jour où tu deviendrais président. Mais ils se trompaient car tu n'es pas reconnaissant de quoi que ce soit. (…) Tu aimes bien ces pauvres diables qui cherchent à te contenter. Tu aimais qu'ils paient tout, qu'ils t'attendent à ces soirées comme si tu étais un roi."

L'Élysée, entre partouzes et Anne Sinclair

Fatalement, l'auteure finit par évoquer les rêves de présidence de son ancien amant. Entre mensonges et intérêts personnels: "Tu as prétendu que tu étais prêt à donner ton sang pour la patrie, quand en vérité tu te serais servi de cette patrie pour verser ton sperme inépuisable. Tu aurais transformé l'Elysée en grande boîte échangiste, tu te serais servi de tes larbins, de tes employés comme de rabatteurs, d'organisateurs de partouzes." Il est donc possible de voler en-dessous du ras des pâquerettes...

Iacub évoque également la relation de Strauss-Kahn avec Anne Sinclair. Et les rêves présidentiels de cette dernière: "Elle avait ce rêve d'être l'épouse d'un président. Et quand elle t'a connu, elle s'est dit: 'Celui-ci est mon cheval. Le voilà enfin.'" Et d'ajouter, dans l'entretien qu'elle accorde au Nouvel Obs en marge de la parution de l'ouvrage: "J'ai compris à quel point elle est convaincue qu'elle et son mari appartiennent à la caste des maîtres du monde. Elle m'a dit la phrase que je rapporte dans mon livre: 'Il n'y a aucun mal à se faire sucer par une femme de ménage'. Pour elle, le monde est séparé entre les maîtres et les serviteurs N'en jetez plus, la coupe déborde déjà depuis longtemps...

Mais alors, pourquoi une aventure avec ce personnage plus proche de l'animal que de l'être humain, si l'on s'en remet aux dires de l'auteure? La juriste présente son histoire avec DSK comme une "enquête de terrain" pour son livre. Et d'en ajouter une couche: Marcela Iacub déclare en effet s'être comportée "comme une sainte", accomplissant sa mission divine en sauvant un personnage "honni et méprisé." La canonification ne devrait plus tarder...

Réaction virulente de DSK

Comme il fallait s'y attendre, cette sortie médiatique de Marcela Iacub n'est pas restée lettre morte bien longtemps. Accusé, voire accablé de tous les maux, DSK s'est empressé de réagir dans une lettre à Jean Daniel, fondateur du Nouvel Obs. L'ancien président du FMI s'y dit "saisi d'un double dégoût. Celui que provoque le comportement d'une femme qui séduit pour écrire un livre, se prévalant de sentiments amoureux pour les exploiter financièrement", d'abord. Avant de pointer du doigt "le caractère fantasmatique et donc inexact du récit, atteinte méprisable à sa vie privée et à la dignité humaine."

DSK conclut en demandant à ses avocats "d'étudier toutes les voies légales pour combattre cette abomination."

© La Dernière Heure 2013