Un moment important de la campagne. Une tradition, même - en tout cas depuis l'élection de 1974. Dans la course vers l'Elysée, le débat d'entre-deux-tours, diffusé ce mercredi soir à partir de 21h, sera sans conteste lle point d'orgue de la présidentielle 2022. Un match retour avec les mêmes acteurs principaux, mais une conjoncture farouchement différente : Marine Le Pen, revancharde, a sans doute davatage de chances de l'emporter qu'il y a quatre ans. Tandis qu'Emmanuel Macron, lui, devra défendre un bilan contrasté, et ne sera plus dans le rôle du novice qui n'a jamais gouverné. Un débat où rien ne sera laissé au hasard par les deux candidats .

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Marine Le Pen moins imprécise, moins vindicative, mieux préparée ?

Ce rendez-vous importantissime de l'élection présidentielle, la candidate du Rassemblement national l'avait complètement loupé il y a cinq ans. Marine Le Pen "a l'expérience maintenant, elle a beaucoup travaillé, elle maîtrise les sujets, ce n'est pas une question de peur, c'est une question de concentration", a estimé le vice-président du RN, maire de Perpignan et ex-compagnon de Marine Le Pen Louis Aliot sur France 2.

Il y a cinq ans, la candidate d'extrême droite était arrivée mal préparée et fatiguée au débat de l'entre-deux-tours après avoir multiplié les déplacements. Très agressive, son imprécision sur les dossiers économiques ou industriels ne lui avait pas permis de sortir gagnante d'un débat que, dans son propre camp, d'aucuns qualifièrent de naufrage. Changement de cap en 2022 : aucun événement ne figurait mardi à son agenda. Elle a préparé chez elle, dans son bureau, ce passage obligé depuis 1974 pour les candidats à la présidentielle. Elle doit montrer aux Français qu'elle est "à la fois crédible, qu'elle sait rassembler, mais surtout qu'elle incarne la fonction, ce que n'a pas réussi à faire M. Macron", a affirmé Louis Aliot, espérant que ce grand débat national soit "solennel, sérieux, argument contre argument" sans "agressivité générale". La candidate RN oeuvre à lisser son image tout en gardant un programme radical, notamment sur l'immigration. Elle devra donc apparaître davantage présidentiable qu'elle ne le fut en 2017.

Emmanuel Macron devrait se faire "pilonner" sur le bilan de son quinquennat

S'il semble vouloir dédramatiser l'événement, Emmanuel Macron "se prépare sérieusement parce que c'est un débat important" et cela va permettre de "rentrer dans le détail des propositions", a précisé sur CNews Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement et soutien d'Emmanuel Macron. D'autant plus que "le programme de Mme Le Pen est extrêmement difficile à suivre, ça change tous les jours", a renchéri le Premier ministre Jean Castex sur France Inter, après notamment les importantes évolutions ces derniers jours des positions de la candidate RN sur l'interdiction du voile islamique dans l'espace public.

Contrairement à 2017, le président sortant devra cette fois défendre le bilan d'un quinquennat marqué par la crise des "gilets jaunes" et la pandémie du Covid-19 face aux attaques de sa rivale qui dénonce "une forme de profond mépris à l'égard des Français" et a fait de la défense du pouvoir d'achat le thème principal de sa campagne électorale. Mais de son côté "Marine Le Pen n'a jamais rien géré, jamais rien gouverné. (...), le pire est toujours possible et (...) la politique de Mme Le Pen, car les Le Pen restent Le Pen, serait dramatique pour notre pays", a affirmé Jean Castex. Il apparaît donc logique d'estimer qu'en 2022, Emmanuel Macron est plus prenable qu'il y a cinq ans, même si l'exercie du débat lui est plutôt favorable, au regard de son éloquence, sa capacité de séduction et de rebond pour passer d'un sujet, fut-il complexe, à l'autre.

A quelques jours du deuxième tour de la présidentielle, les sondages donnent Emmanuel Macron vainqueur dans une fourchette allant de 53 à 56% des suffrages exprimés face à Marine Le Pen.

Un débat télévisé à suivre en direct vidéo sur La DH et LN24

Ce débat TV sera diffusé ce 20 avril à 21h sur certaines chaines d’informations françaises, mais aussi, pour ce qui concerne la Belgique, sur LN24 (première chaîne d'info belge), votre site DH.be et celui de La Libre. Nos confrères de LN24 débuteront d'ailleurs leur édition spéciale par une heure d'analyse pré-débat, dès 20h. Et ils concluront leur soirée aux alentours de minuit. Ce sont donc quatre heures de direct que les téléspectateurs de LN24 et internautes de La DH et La Libre pourront suivre en direct.

Le duel devrait durer deux heures et sera animé par Gilles Bouleau, présentateur du journal de 20 heures de TF1, et Léa Salamé, présentatrice de l’émission politique de France 2. Il y a cinq ans, Nathalie Saint-Cricq et Christophe Jakubyszyn opéraient face aux mêmes candidats. Léa Salamé, qu'on peut aussi entendre sur France Inter, a expliqué: "notre job, c'est d'essayer de faire respecter l'égalité des temps de parole et la bonne tenue des débats pour que ce soit intelligible". Huit thèmes seront abordés par les candidats à l'élection présidentielle : le pouvoir d'achat, l'international, le modèle social, l'environnement, la compétitivité française, la jeunesse, la sécurité et l'immigration et, enfin, les institutions.

Pour rappel, lors du premier tour de cette élection présidentielle , Emmanuel Macron (La République en Marche) avait obtenu 27,85% des suffrages exprimés, alors que Marine Le Pen (Rassemblement national, ex-FN) en avait récolté 23,15%. Jean-Luc Mélenchon quant à lui engrangeait 21,95% des bulletins de vote et Zemmour (Reconquête) se hissait à la quatrième place avec 7,07% des votes. En dessous des 5% fatidiques se trouvaient Valérie Pécresse (Les Républicains), Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts), Jean Lassalle (Résistons !), Fabien Roussel (Parti Communiste Français), Nicolas Dupont-Aignan (Debout La France), Anne Hidalgo (Parti Socialiste), Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste) et, enfin, Nathalie Artaud (Lutte Ouvrière). Il y avait 1,51% de votes blancs et 0,66% de votes nuls. Le taux d'abstention était plus haut que lors des élections précédentes : presque 26% des inscrits sur les listes électorales ont boudé les urnes lors du premier tour de scrutin. Le taux de participation était donc de 73,69%.

Pour le second tour de l'élection , les intentions de vote sont partagées : les différents sondages estiment que Macron obtiendrait entre 54,5% et 56,5% des voix et l'emporterait donc sur sa rivale.