Le Premier ministre britannique Boris Johnson affronte le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn mardi soir dans un débat télévisé dont chacun espère arracher quelques points supplémentaires en vue des élections du 12 décembre, dominées par le Brexit.

Arrivé au pouvoir fin juillet, le chef du gouvernement conservateur met son adversaire travailliste sous pression en exploitant l'un de ses principaux atouts: l'accord de sortie de l'Union européenne qu'il a négocié avec Bruxelles.

Il compte sur ce scrutin pour obtenir la majorité au Parlement qui lui a fait défaut pour tenir sa promesse de réaliser le Brexit, désormais repoussé à la fin janvier.

Le débat, diffusé sur la chaîne ITV, doit commencer à 20H00 (locales et GMT) et durer une heure.

Dans une lettre à Jeremy Corbyn lundi soir, Boris Johnson, 55 ans, est venu titiller son rival sur l'un de ses points faibles, en le pressant de questions sur sa position sur le Brexit, qui a valu à Jeremy Corbyn des contestations au sein même du Labour.

Le leader travailliste a annoncé qu'en cas de victoire, il négocierait avec l'UE un nouvel accord, qu'il soumettrait dans les six mois de son arrivée au pouvoir à un nouveau référendum offrant aussi l'option d'un maintien dans l'Union européenne. Mais il a toujours refusé de dire quelle serait sa position, affirmant qu'il laisserait les électeurs trancher.

Plus de "tergiversations et de retard", l'accuse à l'envi Boris Johnson, promettant un avenir radieux à un Royaume-Uni qui deviendrait "l'endroit le plus formidable sur terre" pour vivre, entreprendre, respirer...

Annonçant des mesures "radicales" dans un programme très à gauche qui doit être publié jeudi, Jeremy Corbyn, 70 ans, promet la renationalisation de services publics comme le rail, la poste, la distribution de l'électricité et un internet rapide et gratuit pour tous.

Dénonçant les ravages d'une "décennie d'austérité" conservatrice, les travaillistes marquent leur différence en présentant les conservateurs comme le parti des élites.

Ils ont affirmé mardi que 48 des 151 milliardaires que compte le Royaume-Uni ont donné aux Tories plus de 50 millions de livres sterling (58 millions d'euros) depuis 2005, dix d'entre eux finançant le parti depuis qu'il est dirigé par Boris Johnson.

Issue imprévisible

Le débat risque de voir surgir des questions embarrassantes pour chacun: les accusations d'antisémitisme au sein du Labour pour Corbyn, les soupçons de conflit d'intérêts pour Johnson, en raison de ses liens très étroits avec une femme d'affaires américaine, Jennifer Arcuri, au "coeur brisé" par le comportement d'un Premier ministre qui l'ignore désormais.

La forme du débat sur la chaîne privée, qui ne réunit que les chefs de deux grands partis britanniques, a été contestée par de plus petites formations politiques - les Libéraux-démocrates et les nationalistes écossais du SNP - y compris devant la justice, en vain. Europhiles, le Lib-dem et le SNP se sont insurgés contre le fait que le camp du maintien dans l'Union européenne ne soit pas représenté.

C'est pourtant du score des plus petites formations politiques que pourrait dépendre le prochain paysage politique britannique.

Après les dernières élections législatives en juin 2017, les conservateurs ne devaient leur majorité qu'aux 10 députés du petit parti unioniste nord-irlandais DUP. Mais leur opposition à l'accord de Brexit de Theresa May, puis de Boris Johnson, a empêché les deux derniers chefs du gouvernement de sortir de l'impasse du Brexit.

A presque 40% des intentions de vote, les conservateurs sont largement en tête, contre 29% pour le Labour, selon l'agrégateur de sondages Britain elects.

Malgré cette nette avance dans les sondages, les politologues soulignent que l'issue du scrutin reste imprévisible.

Selon le spécialiste des sondages John Curtice, les chances de voir le parti travailliste décrocher une majorité sont "proches de zéro" mais Corbyn pourrait néanmoins arriver au pouvoir s'il parvenait a former une coalition avec le SNP et les Libéraux-démocrates.

Trois autres débats télévisés sont programmés d'ici au vote, dont un seul n'opposant que Boris Johnson et Jeremy Corbyn.