La nuit s’annonce longue dimanche soir à Berlin, car les résultats des élections législatives sont plus serrés que prévu. Les estimations de sorties des urnes donnent une légère avance aux sociaux-démocrates (SPD) et à leur candidat Olaf Scholz. Ce parti était crédité de 26 % des suffrages, devant les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU (24,5 %), selon les chiffres de la ZDF.

Pour le SPD, ce résultat, même s’il n’est pas encore définitif, est d’ores et déjà une victoire. Le parti pourrait avoir gagné 5 points par rapport aux élections de 2017. "Les électeurs ont décidé de faire monter le SPD. C’est une grande réussite", a déclaré Olaf Scholz, acclamé au siège de son parti. Son secrétaire général, Lars Klingbeil, s’est voulu plus direct. "Le SPD est de retour. Les gens veulent Olaf Scholz comme chancelier." En cas de réelle avance du SPD dans les urnes, l’actuel ministre des Finances pourrait prendre la place d’Angela Merkel à la chancellerie et devenir le premier chancelier social-démocrate depuis Gerhard Schröder. Il faudra pour cela qu’il réunisse une majorité parlementaire derrière lui, probablement avec les écologistes et les libéraux du FDP.

Une défaite pour Angela Merkel aussi

Pour les chrétiens-démocrates et chrétiens-sociaux (CDU/CSU), en revanche, ces résultats marquent une défaite historique, avec plus de 8 points de baisse en quatre ans. Jamais cette famille politique n’était tombée en dessous des 30 %. "Nous ne pouvons pas être satisfaits de ces résultats", a lancé Armin Laschet, en se présentant devant les membres de son parti, au côté de la chancelière Angela Merkel.

Ces mauvais résultats constituent aussi une défaite pour cette dernière, qui n’a pas réussi à renverser la tendance malgré sa participation à de nombreux meetings électoraux ces derniers jours. "L’issue du scrutin n’est toutefois pas encore connue", a ajouté Armin Laschet. L’espoir de conserver la chancellerie n’est pas perdu. La CDU/CSU espérait un ajustement des résultats en cours de la soirée en sa faveur. Si elle passait devant le SPD, elle pourrait tenter de former une coalition, dite Jamaïque, avec les écologistes et les libéraux du FDP.

Une demi-victoire verte

Pour les Verts, ce scrutin est une demi-victoire. D’un côté, ils échouent à obtenir la chancellerie, comme l’a reconnu leur candidate Annalena Baerbock, mais ils obtiennent un score historiquement haut au niveau fédéral, avec 13,9 % des suffrages, soit une hausse de plus de 5 points. Troisième formation du pays, ils s’imposent comme un acteur incontournable dans une future coalition gouvernementale. "Nous avons un mandat pour l’avenir", a lancé Annalena Baerbock, acclamée par ses troupes. Les écologistes réussissent aussi un véritable coup, en devenant la première force politique dans la capitale, Berlin, où les électeurs renouvelaient aussi leur Parlement régional ce dimanche. Ils y ont balayé les sociaux-démocrates.

Autre formation qui devrait jouer les faiseurs de chancelier, les libéraux voient leur score légèrement augmenter, à 11,7 % des suffrages. "Le FDP a réussi l’un des meilleurs résultats de son histoire", s’est réjoui le patron des libéraux, Christian Lindner, qui n’a pas caché briguer le poste de ministre des Finances dans un futur gouvernement.

Les extrêmes en baisse

Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne voit, en revanche, son ascension freinée avec une légère baisse de 2 points en quatre ans. Le parti obtiendrait 10,5 % des suffrages, mais réussit à frapper fort dans ses bastions de l’est du pays. Dans les cinq nouveaux Länder, il se place en deuxième position avec 21 % des suffrages, derrière les sociaux-démocrates, mais devant les conservateurs. L’AfD réussit surtout un carton plein dans la Saxe, où elle progresse et confirme sa première place avec 29,8 % des suffrages.

Grosse déception en revanche pour le parti de gauche radicale, Die Linke, qui flirte avec les 5 % et peine à entrer au Bundestag. Sa faiblesse met un terme aux spéculations entourant une possible coalition avec les sociaux-démocrates et les écologistes.

Ce dimanche soir, la patience est donc de mise dans les états-majors des partis politiques. Si le pays semblait se diriger vers une coalition dite du "feu tricolore", entre le SPD, le FDP et les Verts, une coalition "Jamaïque" dirigée par les conservateurs de la CDU/CSU, avec les Verts et les libéraux, n’était pas exclue. La nuit doit donner davantage de clarté en la matière.