Elections françaises: Arlette fêtée comme un star

Monde

Envoyé spécial en France Patrick Dath-Delcambe

Publié le

Elections françaises: Arlette fêtée comme un star
© EPA
La pasionaria de Lutte Ouvrière acclamée par 6.000 sympathisants conquis à sa cause

PARIS Les vivats ont jailli, tonitruants, dans un Zénith plein à craquer. Par dizaines, des drapeaux rouges ont virevolté à tout va, donnant au meeting une ambiance digne du match de foot le plus endiablé. Des `Arlette, Arlette´ repris à pleins poumons par près de 6.000 sympathisants conquis à la cause des `travailleuses et travailleurs´.

Esquissant un sourire qui s'élargit au rythme effréné des encouragements, Arlette Laguiller s'avance vers la longue table drapée de rouge installée sur la scène. Neuf camarades la suivent, et prennent place à ses côtés, en rang d'oignons. Deux enfants montent sur scène lui faire la bise. Un rose rouge lui est offerte. Le sourire d'Arlette s'élargit encore un peu plus. Une écharpe rouge lui est lancée. Elle s'en affuble. Les applaudissements redoublent, puis s'essoufflent petit à petit.

Les premières paroles affleurent sur quelques lèvres. Le chant se gonfle bien vite des milliers de voix d'une foule avide de revendiquer ses racines, d'afficher sa fidélité à des idéaux communistes qui n'ont pas pris pour eux la moindre ride. Les poings se lèvent. Les camarades sont debout. `C'est la lutte finale´, est entonné par tous. Avec conviction. `Pour moi, l'Internationale signifie quelque chose´, avoue Corinne.
Areltte est toute de simplicité. Un modeste t-shirt rouge et une veste grise toute en sobriété. L'écharpe rouge apporte une touche de couleur bienvenue. Un rouge qui inonde toute la salle.

Les applaudissements à tout rompre semblent même la gêner. `Arrêtez, vous allez me faire pleurer´, lance-t-elle à ses aficionados, faisant allusion à deux interviews récentes assez musclées à son égard au cours desquelles ses yeux s'étaient emplis de larmes. Tout le monde sourit. Le calme revient. Ses premiers mots, le célèbre `Travailleuses, travailleurs´ qu'elle essaime à tous vents depuis des décennies déclenche immédiatement une nouvelle salve de vivats.

Arlette est lancée. Elle attaque de front le `grand capital´, Chirac, Jospin, le parti communiste, tous ses adversaires qui la dénigrent, une presse qui ne l'épargne pas toujours. `Je suis la candidate la plus injuriée, la plus diffamée de cette campagne´. `C'est des cons´, lui répond en écho une voix dans la salle. Hilarité générale.

Pourquoi une telle hostilité? Ce n'est pas sa personne ou Lutte Ouvrière qui est visée, estime la pasionaria de la classe ouvrière actuellement créditée de 10% des intentions de vote, soit près du double que le score réalisé en 1995 (5,3%). `Ce qu'ils craignent, c'est vous, le monde du travail. Ils craignent qu'un tel score exprime un choix réellement politique. Ils craignent d'avoir affaire à des travailleurs qui ne se laissent plus berner´.

Car son bon score attendu laisse justement poindre un sursaut de conscience du `monde du travail´ face à une gauche traditionnelle qui les a `déçus´. `Les travailleurs et Jospin ne sont pas du même monde´, assène-t-elle, mettant d'ailleurs Chirac et son Premier ministre dans le même sac. Si le premier défend les intérêts du grand capital, le second n'est finalement que le `loyal gérant des intérêts du grand patronat et des financiers´. Robert Hue et ses amis sont pour leur part coupables d'avoir laissé faire Jospin durant ces cinq années de gouvernement de gauche plurielle. `La droite vous opprime et la gauche vous trahit´, lance-t-elle encore.

C'est pourquoi Arlette Laguiller s'abstiendra de voter pour le candidat de gauche lors du second tour. Une consigne qu'elle n'étend toutefois - en bonne... démocrate - à ses électeurs.
Le 5 mai, chacun fera ce qui lui plaît.

Elle en prend plein la g...

Les attaques fusent de partout

PARIS Fini le temps où son rituel `Travailleuses, travailleurs´ faisait sourire dans une douce indifférence. La pauvre en prend en effet plein la g... depuis que les sondages lui accordent quelque 10% des intentions de vote. Il y a la manière feutrée, façon parti socialiste, où on laisse entendre qu'Arlette Laguiller est une douce rêveuse dont les propositions `n'ont plus aucun sens dans la France d'aujourd'hui´.Il y a la façon plus biaisée, qui consiste à faire donner `la meute´, selon les propres termes d'Arlette. Dans une tribune intitulée `Arlette n'est pas une sainte´ publiée dans Libé, l'Eurodéputé Vert Daniel Cohn-Bendit et son frère Gabriel assimilaient Lutte Ouvrière à un mouvement sectaire dirigé `d'une main de fer´.

Il y a la façon plus musclée, façon parti communiste et Humanité, qui n'y sont pas allés avec le dos de la cuiller. Et pour cause: Lutte Ouvrière risque bien d'atomiser le PC - environ 5% des suffrages - au soir du 21 avril et de reprendre l'étendard communiste.

`On a traité Lutte Ouvrière de secte, on a parlé de ce qui serait le magot d'Arlette, on a même écrit que je dormais sur ce magot, que je boursicotais, il y en a d'autres qui ont dit qu'à LO, il était interdit de se marier, d'avoir des enfants, et même, comble de la stupidité, qu'il était interdit d'acheter un appartement´, a-t-elle rétorqué lors du meeting du Zénith.

Peu avant le grand show, elle avait expliqué que ce `magot´ était constitué par les fonds versés par l'Etat, comme à toutes les formations politiques, et qu'il était placé à la Poste, sous forme de sicav investies dans des obligations d'Etat.

Le secret, parfois le plus total, entoure, il est vrai, cette nébuleuse. L'on doit au magazine l' Express d'avoir dévoilé, en 1998, l'identité du véritable responsable de LO, jusqu'à alors connu sous son seul pseudonyme, Hardy. Robert Garcia n'est autre que le patron d'une entreprise pharmaceutique dont les méthodes de gestion étaient empreintes du plus pur capitalisme, selon les révélations de François Koch dans son livre La vraie nature d'Arlette.

Arlette Laguiller a rarement été prolixe sur elle-même et sur son organisation. A peine savait-on qu'elle était une modeste employée au Crédit Lyonnais. Cette jeune retraitée de 62 ans n'a que très récemment levé un coin de voile sur sa vie privée, avouant avoir un compagnon `qu'elle cache´. Son nom de code au sein de l'organisation est Bizet, un nom choisit car elle aime l'opéra. Et elle occupe un modeste appartement - qu'elle loue - aux Lilas, aux portes de Paris.

P.D.-D.

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