Le débat sur la pertinence de ces projections, qui n'a rien de nouveau, avait ressurgi lors de l'entre-deux tours et a pris un tour plus aigu dimanche en raison de l'écart entre les dernières projections publiées par les instituts et les résultats de dimanche.

Le RN a en effet décroché 89 sièges dans la nouvelle Assemblée, alors que les études publiées par Ipsos, l'Ifop et Elabe vendredi prévoyaient une fourchette haute de 45 à 50 députés.

A l'inverse, les projections pour d'Ensemble! et la Nupes étaient excessivement optimistes. Concernant les macronistes, Elabe anticipait un minimum de 255 sièges, Ipsos de 265 et l'Ifop de 270, alors que la coalition présidentielle plafonne finalement à 245 élus.

Les instituts prévoyaient un minimum de 140 (Ipsos), 150 (Elabe) ou 160 députés (Ifop) pour la Nupes qui en obtient finalement entre 137 et 150, selon les futurs apparentements possibles.

Reports de voix vers le RN

Les LR ont par contre été correctement évalués: ils sont 61 (et deux DVD soutenus par LR) dans la nouvelle Assemblée, quand les instituts tablaient sur un minimum de 50 à 60 (et un maximum de 70 à 80).

"Nous l'avons toujours dit: attention, une simulation en sièges, ça n'est pas les rapports de force en voix, ça peut bouger, il suffit d'un point d'écart en voix, cela fait bouger de quarante sièges", s'est défendu sur franceinfo le directeur délégué d'Ipsos Brice Teinturier, pour qui "la simulation en sièges est par définition beaucoup plus fragile".

Pour expliquer l'écart, il avance des variations inattendues dans les reports de voix, notamment de LR sur le RN, qui ont été meilleurs qu'anticipé.

"Dans les duels Nupes-RN, les LR que nous avions à 30% en report sur le RN, à 12% sur la Nupes, à 58% dans l'abstention, seraient passés de 30 à 35%, c'est extrêmement faible, mais cette petite modification de curseur dans les reports, elle peut ipso facto immédiatement donné lieu à 30 à 40 sièges de plus pour le Rassemblement national", explique-t-il.

Mais son collègue d'Ipsos Mathieu Gallard relativise cet échec.

"On ne peut pas encore dire de manière définitive pourquoi on s'est trompés. Il y a peut-être d'autres raisons que le mauvais report de voix dont ont bénéficié les candidats non RN, il faudra qu'on y travaille et ça prendra un peu de temps. Mais je ne pense pas que ça remettra fondamentalement en cause notre méthodologie", a-t-il expliqué dimanche sur le site de franceinfo.

"Les résultats montrent ce qu'on sait déjà: les projections en nombre de sièges sont fragiles car une variation de quelques points dans les reports de vote de certains électorats a de grandes conséquences sur les résultats, puisque énormément de sièges se jouent à un point ou deux", insiste-t-il.

Flou

Par ailleurs, "si on donne des fourchettes en nombre de sièges qui sont trop larges, ça n'intéresse pas grand monde...", fait aussi remarquer le sondeur, en renvoyant implicitement la balle dans le camp des médias, friands de ces projections.

"S'agissant des projections en sièges, il y a des exercices très intéressants et d'autres qui le sont beaucoup moins", commentait pour l'AFP avant le second tour Jean-Pierre Pillon, secrétaire permanent de la Commission des sondages, l'autorité indépendante chargée de veiller sur laa méthodologie des enquêtes d'opinion.

Un certain flou demeure. Contrairement à ce qui prévaut pour les sondages, les instituts ne sont pas tenus, s'agissant des projections, de publier une notice explicitant leur méthodologie.

"On sait comment faire un sondage, on a des références, une tradition. Mais en ce qui concerne les projections, il y a des techniques qui, sont, disons plus +artistiques+. Il y a plusieurs méthodologies et pas une seule façon de faire", résume M. Pillon.