Selon les divers avocats saisis de l'affaire, deux experts vétérinaires mandatés par la justice ont récemment conclu que seul le chien qu'Elisa Pilarski promenait, Curtis, appartenant à son compagnon, est responsable de sa mort lors d'une promenade le 16 novembre 2019.

Elisa Pilarski, âgée de 29 ans et enceinte, avait été retrouvée morte en forêt de Retz. D'après l'autopsie, le décès a pour origine "une hémorragie consécutive à plusieurs morsures".

Pour identifier le ou les animaux responsables, des prélèvements génétiques ont été effectués sur 67 chiens: les cinq American Staffordshire d'Elisa Pilarski et de son compagnon Christophe Ellul, et 62 autres de l'association le Rallye La Passion, organisatrice de la chasse à courre.

Alors que les résultats de ces analyses sont attendus prochainement -- la date du 31 octobre ayant été avancée dans un premier temps -- la Société de vénerie a rendu compte des conclusions des deux vétérinaires.

Fin du "mystère"? 

"Le chien Curtis est l'unique auteur des morsures ayant causé le décès", écrivent ces derniers, selon un communiqué de la Société. "Les morsures individualisables sont compatibles avec la mâchoire du seul Curtis et non des chiens de chasse".

D'après Guillaume Demarcq, avocat du maître d'équipage du Rallye La Passion, "il n'y a plus, si tant est qu'il y en ait eu un jour, de mystère Elisa Pilarski."

"Curtis a tué Elisa Pilarski", tranche-t-il auprès de l'AFP. "Rien ne peut arrêter ce chien, importé illégalement, quand il commence à mordre."

Selon lui, même si de l'ADN des chiens de chasse à courre était retrouvé sur le corps de la victime, on ne pourrait pas conclure qu'ils l'ont mordue ou tuée.

L'avocat de Christophe Ellul, Alexandre Novion, conteste la portée de ces conclusions: "C'est un réquisitoire, pas un rapport d'expertise. C'est très étonnant de la part de vétérinaires de déboucher sur quelque chose d'aussi catégorique", a-t-il réagi, se réservant de demander une contre-expertise.

"Contrairement à ce que la partie adverse affirme, la messe n'est pas dite", a-t-il ajouté.

"Incidents de comportement" 

Le rapport des vétérinaires "est un élément important du dossier, parmi d'autres, les analyses ADN seront un élément de plus à mettre en perspective avec le reste des éléments", a commenté Cathy Richard, avocate de la mère d'Elisa Pilarski.

Elle a toutefois souligné le manque de familiarité entre Elisa et Curtis: le couple "se connaissait depuis peu de temps, elle n'était pas là quand il a dressé Curtis, n'a jamais vécu avec ce chien et n'avait jusqu'alors pas eu l'occasion d'être seule avec lui".

L'avocate a regretté la tournure prise par l'affaire, devenue celle "de Curtis victime, alors que c'est Elisa et son bébé les victimes."

Christophe Ellul s'est ému à plusieurs reprises du sort de son chien placé sous main de justice depuis près d'un an, tandis que des opposants de la chasse à courre ont rapidement accusé les veneurs.

Ces derniers rappellent que "jamais aucun accident corporel humain n'a été relevé" impliquant des chiens de chasse à courre et insistent sur la dangerosité de Curtis.

Le parquet de Soissons avait rendu compte en début d'année de "deux incidents de comportement" de la part du chien après le drame.

"Deux personnes ont été saisies par les vêtements pendant l'analyse comportementale tandis qu'une autre personne a été mordue dans la fourrière où le chien est gardé", avait indiqué le parquet.

Une information judiciaire contre X est en cours pour "homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence (...) résultant de l'agression commise par des chiens".

Le maître d'équipage, Sébastien van den Berghe, est depuis janvier placé sous statut de témoin assisté, à sa demande.