Monde

La "République exemplaire" de François Hollande est victime d'un "grand coup de pompe", ironisent samedi les éditorialistes après l'affaire Aquilino Morelle, ce conseiller présidentiel contraint à la démission, notamment après des accusations de conflits d'intérêts.

Sans surprise, Yves Thréard tire les salves les plus sévères dans Le Figaro. "Elle a mauvaise mine aujourd'hui la 'Hollandie' de la République exemplaire. Celle du 'Moi Président', du sermon du Bourget, inspiré par Morelle, contre le monde de la finance", écrit-il raillant "un conseiller élyséen se prenant les pieds dans le tapis, chaussés de souliers qu'il prenait soin de faire cirer toutes les semaines par un chaouch dans les salons présidentiels". Et de conclure par de grands mots: malgré la démission express de l'intéressé "le mal est fait et il a un nom : la faillite morale."

Pour Thierry Borsa (Le Parisien/Aujourd'hui en France), cette affaire met effectivement "à mal le concept présidentiel de république exemplaire" et "François Hollande a décidément une vraie difficulté à donner de lui l'image d'un homme qui sait tenir sa maison".

"L'homme qui murmurait à l'oreille du candidat-président de vibrants plaidoyers en faveur de la République exemplaire s'essuyait les pieds dessus: chaussures de luxe confiées aux bons soins d'un cireur, voiture officielle utilisée pour des usages familiaux, dégustation des vins fins de la cave de l'Elysée", s'indigne aussi Patrice Chabanet (Le Journal de la Haute-Marne), dénonçant avec force "l'arrogance pestilentielle d'une élite, dont on ne sait plus si elle est formée de conseillers ou de courtisans."

Ces "usages de petit marquis dans un pays appelé à faire maigre" tombent "on ne peut plus mal pour le chef de l'Etat", relève Didier Rose dans les Dernières Nouvelles d'Alsace.

"Il était impossible pour un Président en perdition de rejouer le feuilleton Cahuzac", souligne Hervé Cannet (La Nouvelle République du Centre ouest). "Alors exit le collectionneur de chaussures cirées, à la tête et la plume bien faites, mais rongé par le goût immodéré du pouvoir, des vins fins et des voitures de fonction. Ce pouvoir, décidément, qui rend peut-être fou mais certainement aveugle".

Cette histoire "d'adorateur de pompes" "le dérisoire le dispute au scandaleux... achève de fragiliser le président de la République", renchérit Raymond Couraud (L'Alsace). Car "ceux qui ont des fins de mois difficiles trouveront que L'Élysée mérite, plus que jamais, son surnom de château, éloigné de leur réalité quotidienne".

Et Matthieu Verrier (La Voix du Nord) de se lancer dans une série de métaphores se rapportant à l'une des coûteuses passions attribuées à M. Morelle: avec cette "affaire à l'odeur de souffre", la gauche a "la morale dans les chaussettes" et "sur tous les sujets", elle "accuse un grand coup de pompe".

Pourtant cette "énième crise" pourrait fournir l'occasion de "s'attaquer aux conflits d'intérêts" et aux "liaisons dangereuses entre public et privé, dans la santé notamment", espère Didier Rose. "Comme en matière électorale, estime-t-il, on ne peut plus laisser perdurer certains cumuls dans le domaine des expertises et des conseils. Sinon, il faut arrêter de se demander d'où viennent des scandales comme le Mediator".