Le Royal Mile, où s'alignent en vitrine quelques unes des fiertés de l'Ecosse- tartan, whisky ou stand de barres au chocolat frites- était plongé dans le silence, la pénombre et les bourrasques de neige.

A 23h00 locales et GMT, quand le reste du Royaume-Uni s'est laissé glisser entre deux coupes de Prosecco vers cette dernière échéance du Brexit, Zoe Stewart, comme une majorité d'Ecossais qui se sont prononcés en 2016 à 62% contre cette sortie, ne se sera jamais sentie aussi peu en phase avec le reste du pays.

"C'est vraiment triste de quitter l'Union européenne, mais quand tout ça sera fini, je crois qu'on doit vraiment se lancer dans le processus d'indépendance", assure-t-elle pleine d'entrain, "pour pouvoir faire nos propres choix et ne pas devoir toujours subir ceux de l'Angleterre", souvent appelée ici péjorativement "Westminster", du nom du quartier du pouvoir à Londres.

Dans la soirée quelques militants ont bravé le confinement pour manifester symboliquement sous les fenêtres du parlement écossais, drapeaux à la main.

"Il faut qu'ils entendent notre détresse au sujet de ce Brexit et de l'accord post-Brexit, qui est mauvais pour notre économie, pour notre bien-être et qui va nous faire du mal à tous les niveaux. C'est totalement antidémocratique. Les Ecossais n'ont pas voté pour le Brexit et ne soutiennent certainement pas ce gouvernement qui le défend", déclare à l'AFP Morag Williamson, professeur à la retraite.

Pour le parti indépendantiste de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, le SNP, il y a bien une carte politique à jouer et une frustration sur laquelle capitaliser.

Son parti est d'ailleurs donné largement favori des élections locales de mai prochain et martèle vouloir obtenir un nouveau référendum d'autodétermination, après celui perdu par les indépendantistes en 2014.

Une forte victoire du SNP renforcera la pression sur Londres pour accepter un deuxième référendum, déjà surnommé "indyref2". Et si le Premier ministre britannique Boris Johnson persiste à refuser d'accorder ce référendum, il court le risque d'une crise constitutionnelle.

2021 année décisive? 

Selon le dernier sondage mené par Savanta ComRes pour le Scotsman, mi-décembre, 58% des Ecossais soutiennent désormais une rupture avec le Royaume-Uni, un plus haut historique.

"Il est très difficile de déceler une tendance. Cela fluctue. La première partie de 2020 était à peu près 50/50. Le deuxième semestre affiche une majorité, au-dessus de 50% et jusqu'à 59%, principalement sur fond de gestion de la crise du Covid ", analyse Nicola McEwan, professeur de sciences politiques à l'université d'Edimbourg.

La populaire Première ministre écossaise, qui a commencé à organiser des points presse sur le Covid dès le 20 mars et en a fait 150 depuis, qualifiés de "modèle de fiabilité factuelle, de conseils sensés et de prudence" par le quotidien de gauche The Guardian, a tiré profit de sa gestion locale de la crise sanitaire, en comparaison avec celle perçue comme plus erratique de Boris Johnson.

Sous le portait de la pimpante Première ministre, Mike Blackshaw bat déjà la campagne en ligne pour cet hypothétique référendum depuis son "Yes Cafe", un repaire des militants indépendantistes du quartier.

Les badges et tee-shirts sont déjà prêts. Ils mélangent désormais les deux drapeaux, le bleu clair de l'Ecosse et le bleu roi européen, la croix blanche et les étoiles. "L'année 2021 va être une année décisive pour le mouvement indépendantiste", veut croire le vétéran de la cause, à la longue barbe blanche.

Et pour la tradition écossaise du "first footing", ce premier pas symbolique à minuit au seuil de la maison qui porte chance pour la nouvelle année, Mike Blackshaw n'a qu'un souhait: "un référendum en septembre, le gagner et après, je peux mourir tranquille".