Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a inauguré samedi dernier une statue à Sapri (Campanie). Des inaugurations comme il s'en passe des dizaines sur une année, sauf que, cette fois, la tenue arborée par la statue a posé problème. La jeune femme représentée n'était en effet vêtue que d'une robe trop moulante et quasi transparente, ce qui n'a pas plu à tout le monde. Il faut dire que cette femme n'est pas n'importe qui. Il s'agit de la Spigolatrice di Sapri (la Glaneuse de Sapri), une figure marquante et un symbole de la poésie italienne.

"Le machisme est un des maux de l'Italie"

"C'est une offense aux femmes et à l'histoire qu'elle doit célébrer", a aussitôt réagi Laura Boldrin, du parti démocrate. "Comment des institutions peuvent-elles accepter la représentation des femmes en tant que corps sexualisés? Le machisme est un des maux de l'Italie."

Bien vite, la femme politique a été suivie par d'autres femmes de son parti. Ensemble, elles ont demandé à ce qu'on enlève la statue. "Une fois de plus, nous devons subir l'humiliation de nous voir représentées sous la forme d'un corps sexualisé, dépourvu d'âme et sans aucun lien avec les enjeux sociaux et politiques de l'histoire", ont-elles expliqué.

La Spigolatrice di Sapri raconte pourtant l'histoire d'une femme qui a pris parti contre l'oppresseur. Ce poème, écrit par Luigi Mercantini en 1857 parle d'une expédition contre le royaume de Naples vue par les yeux d'une glaneuse qui a fini par se joindre à l'opération.

"La statue ne montre rien de la révolution anti-Bourbon ni de l'autodétermination d'une femme qui choisit de ne pas aller travailler pour prendre parti contre l'oppresseur", regrettent les femmes, auteures de la pétition.

"Je l'aurais faite nue si j'avais pu"

Face à la polémique, l'artiste qui a créé l’œuvre a réagi via son compte Facebook. "Je suis bouleversé. On m'a accusé de beaucoup de choses qui n'ont rien à voir avec moi et mon histoire. Lorsque je réalise une sculpture, j'ai toujours tendance à couvrir le moins possible le corps humain, peu importe son genre. Dans le cas de cette statue, puisqu'elle devait être placée au bord de la mer, je me suis inspiré de la brise marine pour donner du mouvement à sa jupe et mettre ainsi en avant le corps. Ceci, pour souligner l'anatomie d'une femme évoquant la fierté, l'éveil d'une conscience, le tout en un instant de grand pathos." Dans un autre post, il a été plus loin et a même avoué qu'il l'aurait représentée totalement nue s'il avait pu.

Puisqu'il juge "inutile" d'expliquer l'art aux gens qui n'y voient "que de la dépravation", il a préféré terminer en disant que la statue avait été approuvée à plusieurs reprises durant les différentes étapes de sa fabrication. Une affirmation validée par Antonio Gentile, le maire de Sapri, qui a expliqué que "personne ne s'était plaint avant".

Pour l'heure, la statue est toujours bien en place.