Monde Une grande partie des troupes belges au Mali ont participé aux rondes de surveillance à Bruxelles.

"Le Mali, ce n’est pas l’Afghanistan. Le risques ne sont pas les mêmes mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas", lance Thierry, l’air grave. Cette phrase a pris tout son sens lors de notre arrivée à Koulikouro. Alors que nous franchissons les portes, les soldats maliens stoppent notre convoi pour vérifier si des bombes n’ont pas été placées sous le véhicule pendant notre trajet, très chahuté, qui rallie Bamako à Koulikoro.

Une fois à l’intérieur, c’est un autre Mali qui s’éveille dans le camp d’entraînement de Koulikoro, surnommé KTC. Les "gars" ont, pour la plupart, patrouillé à Bruxelles. "J’ai été appelé le 17 janvier 2015, un des premiers jours de la mission OVG (Operation Vigilant Guardian, Ndlr)", nous raconte Fabien.

Ce jour-là , il devait fêter l’anniversaire de sa mère au restaurant. Chef de peloton, il a été appelé en urgence : "Prends tes hommes, tes véhicules et viens sur Bruxelles". "Huit heures plus tard, j’y étais".

Pour lui comme pour bon nombre de ses frères d’armes, la surveillance des rues de la capitale était un devoir. Devoir qui, selon ce soldat, a permis de casser certains stéréotypes. "Je pense que les gens n’étaient pas vraiment au courant de notre rôle. Avec Homeland (autre nom donné à l’opération en cours à Bruxelles, NdlR), ils ont remarqué que l’armée est prête, l’armée est équipée, l’armée est là, elle ne se la coule pas douce dans les casernes", explique-t-il. Pour d’autres, participer à l’OVG n’a pas été une partie de plaisir. "Franchement, je me sens mieux ici qu’à Bruxelles. Parfois, on logeait dans des commissariats de police sur des matelas très fins et on devait replier nos affaires tous les jours pour que les policiers puissent passer dans les locaux, comme si on était des petites bonnes" , raconte un soldat qui préfère garder l’anonymat.

Le Mali, pour Fabien , c’est le rêve d’une vie, d’une carrière qu’il a commencée à l’âge de 17 ans. "Ce que je fais ici, c’est mon vrai travail. C’est pour ça que je me suis engagé" , confirme le lieutenant. Un avis partagé par ses collègues : la plupart d’entre eux se sont enrôlés dans les forces armées parce qu’ils savaient qu’ils auraient l’occasion de voyager, de casser leur réalité. "La première chose qui m’a marqué ici, c’était la pauvreté. On l’a tous vu dans des films ou des reportages mais c’est différent de le voir de ses propres yeux. Les gens ici ne possèdent pas grand-chose mais ne sont pas malheureux pour autant. Souvent, ils disent que comme ils n’ont rien, cela veut dire qu’ils n’ont rien à perdre et que la vie est plus simple comme ça. Ça fait réfléchir, quand tu les entends. Tu te dis que tes petits problèmes, au final, ce n’est pas grand chose", relativise Fabien.


Communications: Skype oui, Youtube non

Dans le camp d’entraînement, les soldats ont accès au wifi mais seulement pour entrer en contact avec leurs proches. L’armée autorise les communications via tous types de réseaux sociaux, à certaines conditions. Ainsi, par exemple, Youtube est bloqué pour assurer que les Skypeurs ne soient pas coupés en pleine réunion familiale. « On peut contacter nos familles tous les jours, même si c’est parfois difficile avec les journées de boulot et le décalage horaire. Moi, j’arrive à appeler ma copine vers 22h ici, minuit pour elle donc on ne peut rester trop longtemps en ligne, sinon la fatigue se paie cher le lendemain », explique Benoît, de la logistique.

Pour les militaires à la tête du volet « communication » de KTC, les réseaux sociaux ne constituent pas une priorité, même s’il s’agit de la demande n°1 des soldats. « C’est important mais on ne se focalise pas là-dessus. On bloque les sites qui demandent trop d’efforts pour favoriser la communication sociale. Si on laisse tout passer, ce n’est pas possible d’appeler à la maison. De plus, on privilégie les liaisons opérationnelles avec l’État-major à Bruxelles », détaille un sergent. Impossible donc de regarder leur série préférée en streaming ou de télécharger un film.

En matière de communication, le plus important reste de ne donner aucun détail sur les missions en cours. Personne ne peut donc se vanter de monter à bord d’un hélicoptère ou d’effectuer une patrouille qui sort de l’ordinaire. Par le passé, communiquer ce genre d’information a déjà coûté des vies. Par exemple, il y a quelques années, un soldat avait communiqué l’endroit où il se rendait en bus avec plusieurs membres de son unité. La conversation fut interceptée par des terroristes qui ont fait exploser le convoi à bord duquel ils voyageaient. Ce genre de cas s’est également présenté en Afghanistan où des militaires sont tombés sous les coups de feu des talibans.