L’annonce de l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty, décapité vendredi à la sortie de son école en région parisienne après avoir montré des caricatures de Mahomet à son cours a suscité l’effroi bien au-delà des frontières françaises. Ce lundi encore, c’est un mélange de tristesse et d’incompréhension qui dominait dans la salle des profs de toutes les écoles. "C’est tout simplement terrifiant. Il n’y a pas d’autre mot. Comment a-t-on pu en arriver là ? On en a parlé à midi entre enseignants. On a pensé à ses proches, à ses collègues, à la personne qui l’a retrouvé… Quand j’ai appris la nouvelle, mon premier réflexe a été de me demander ce que je pouvais encore dire en classe à mes élèves, de me remettre complètement en question. Mais je ne peux pas arrêter de donner mes cours par peur d’être décapitée. C’est absurde ! J’ai regardé comment ce professeur avait organisé son cours. Ses propos ont été complètement sortis de leur contexte. C’est quelque chose qui arrive souvent quand on est professeur et je dois dire que ça me fait peur", confie Guen, professeur de sciences sociales et de religion dans une école secondaire bruxelloise. Deux matières qui amènent l’enseignante à aborder des sujets sensibles.

"Je n’ai jamais été attaquée par des élèves ou des parents à cause de sujets qui avaient été abordés en classe. Mais j’ai déjà dû recadrer des propos homophobes ou dénigrants lors d’échanges entre élèves. Il arrive souvent que des propos un peu extrêmes soient tenus par des élèves. Je dois souvent leur rappeler qu’ils ont le droit de penser ce qu’ils veulent et de s’exprimer à condition de respecter certaines règles. Je leur explique que la liberté d’expression a des limites et qu’il est par exemple interdit d’avoir des propos racistes. Il est essentiel de fixer un cadre clair dès le début", poursuit-elle.

L’association Média Animation travaille beaucoup sur la question de la liberté d’expression. Elle a publié un long document appelé "Dessine-moi la liberté d’expression" destiné à outiller les enseignants sur ce sujet sensible.

"Je pense qu’il faut être prudent quand on aborde certains sujets. Je rencontre souvent des professeurs qui me confient leurs difficultés à aborder certains sujets en classe. Notre société est de plus individualiste : il y a des choses dont on ne peut plus rire aujourd’hui pour ne pas vexer des individus. Mais faut-il pour autant s’abstenir ? Il est en tout cas important que les professeurs soient bien outillés pour aborder certaines questions avec leurs élèves", observe Yves Collard, formateur spécialisé en éducation aux médias à Média Animation et professeur invité à l’Ihecs.