Les résultats définitifs ne sont pas encore tombés, mais ce sont bien Emmanuel Macron (LREM) et Marine Le Pen (RN) qui s'affronteront au second tour de la présidentielle française, le 24 avril prochain. Selon les dernières estimations, le président-candidat obtiendrait 27,6% des suffrages, tandis que la présidente du Rassemblement national aurait convaincu 23,41% des électeurs. Les Français se retrouvent donc avec une affiche identique à celle de l'élection de 2017. Mais ce lundi matin, les journaux belges (tout comme les quotidiens français) s'accordent sur une chose: les candidats sont les mêmes, mais la situation a changé.


"Macron-Le Pen, la même finale qu'en 2017 mais la donne est sensiblement différente", énonce La Libre dans son édition de ce lundi 11 avril, analysant l'évolution du profil des deux candidats: "Emmanuel Macron est désormais le président sortant, il doit défendre un bilan et est devenu dès lors plus clivant, tandis que son adversaire a justement mis tout en oeuvre pour gommer les aspérités de sa candidature. Nul doute qu'elle ne se présentera plus au débat du second tour aussi mal préparée qu'elle l'était en 2017, et son adversaire en est conscient". "La vérité des urnes fait, davantage que par le passé, froid dans le dos. Car cette fois, Marine Le Pen pourrait y croire", écrit Dorian de Meeûs dans son édito du jour, ajoutant: "En cinq ans, le président sortant n’est parvenu à enrayer ni l’abstention ni l’extrême droite. Cette dernière s’est, au contraire, confortablement installée dans le paysage politique et médiatique français [...] Les scores des candidats les plus extrémistes illustrent les fractures qui fragilisent une France et les menaces qui planent sur la paix civile". Le rédacteur en chef de La Libre parle de la France comme "un pays à ressouder politiquement": "Après avoir mis la gauche en miettes en 2017, Macron a atomisé la droite républicaine. Du coup, le voilà bien seul face aux extrêmes."

La Dernière Heure titre ce matin "La revanche", sur une photo d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Notre quotidien souligne également le fait que la France est "plus que jamais coupée en deux", car les deux candidats vainqueurs du premier tour "incarnent deux France irréconciliables que tout semble opposer". Une politologue française parle même de "deux marques politiques détestées", "l’un par son arrogance, l’ultra-capitalisme qu’il semble développer, c’est le candidat McKinsey, il est très détesté par une partie des Français. La marque Le Pen est détestée par une autre partie de la France, de par son populisme". "On n’a jamais eu une coupure aussi forte dans le pays, c’est pour ça aussi que tout peut être joué", lit-on encore dans les colonnes de la DH, dont l'édito est titré: "Banalisée, l'extrême-droite n'est que plus dangereuse". "Vingt ans plus tard (après Jean-Marie Le Pen en 2002, ndlr), voir l’extrême-droite accéder au deuxième tour d’une élection présidentielle ne semble plus révolter les Français".

Macron "explose un peu plus l'échiquier politique"

L'Avenir évoque "une France fatiguée qui se love à droite" et parle d'un Emmanuel Macron qui "explose un peu plus l'échiquier politique": "Le président sortant, largement gagnant, s’offre un nouveau round à risque contre l’extrême-droite". Dans les colonnes de L'Avenir revient aussi le mot "banalisée" pour qualifier l'extrême-droite en France, le quotidien soulignant que Marine Le Pen "accroche le second tour sans forcer". "La dynamique dont bénéficie Marine Le Pen est surprenante, mais pas imprévisible", lit-on encore, "Contrairement à son adversaire à l’extrême droite Éric Zemmour, Marine Le Pen s’est patiemment bâti une image chaleureuse ces dernières années. Celle d’une femme souriante, polie, à l’écoute de la jeunesse, vivant entourée de ses chats adorés... N’en déplaise à son père, cette stratégie a fonctionné".

Même analyse du côté du Soir, qui souligne également la "spectaculaire métamorphose de Marine Le Pen". "C’est le double effet 'pouvoir d’achat' et 'pouvoir des chats' sur une candidate qui a moins parlé d’immigration que des difficultés de fins de mois des Français modestes et qui poste des photos de ses félins sur les réseaux sociaux après avoir passé un diplôme d’élevage pendant le confinement", notent nos confrères. C'est pourquoi ils évoquent aussi "la même affiche" qu'en 2017, "mais plus du tout le même duel". Le nouveau face-à-face d'Emmanuel Macron et du Rassemblement national "sera bien plus serré qu’il y a cinq ans", affirme Le Soir, selon qui "le plus dur est à venir pour le président, seul ou presque face à tous les populismes". "La France n’a jamais été autant à l’extrême droite", est d'ailleurs titré l'édito de Christophe Berti. 

Le Pen "plus proche que jamais de l'Elysée"

Les journaux de SudInfo vont dans le même sens et affirment eux que Marine Le Pen apparaît "plus proche que jamais de l'Élysée". Ils s'accordent avec leurs confrères pour dire que la présidente du RN a "retenu les leçons du passé" et a pu "arrondir les angles" en ce qui concerne sa façon de présenter les choses et son image en général: "Pour Marine Le Pen, le fond est resté le même (repli identitaire, xénophobie, etc.) mais la forme a changé. Plus sympathique, plus douce, plus proche des préoccupations des gens, la présidente du RN a marqué des points". C'est pourquoi rien n'est encore joué pour le second tour et ce sera "serré, très serré", note Sudinfo. L'élection 2022 sera donc bien différente de celle de 2017, résume encore le groupe: "L’effet de surprise et de nouveauté ne joue plus pour Emmanuel Macron. Et Marine Le Pen, qui était apparue bien inconsistante lors du débat de l’entre-deux tours il y a cinq ans, a pris du galon".

Du côté flamand de notre pays, les Unes ne sont pas toutes consacrées à l'élection présidentielle française. Mais celles qui évoquent le nouveau duel Macron-Le Pen s'accordent sur une chose: la candidate du Rassemblement national se rapproche du président. "Le Pen est sur les talons de Macron", "Le duel devient plus excitant", "Macron en tête mais Le Pen n'abandonne pas le combat", énoncent les différents quotidiens flamands.