Bernard Tapie est décédé le 3 octobre dernier à l'âge de 78 ans des suites d'un cancer. Depuis, les hommages envers l'homme d'affaires ne cessent de pleuvoir, mais Franceinfo a aussi recueilli les témoignages d'anciens employés qui se sont montrés plus mesurés.

Chanteur, président de l'OM, homme politique, homme d'affaires... Durant sa vie, Bernard Tapie a endossé de nombreuses casquettes, et celle de patron semble avoir laissé des traces auprès de ses anciens employés. L'ex-ministre de Mitterrand a acquis plusieurs entreprises en difficulté durant sa vie, et la méthode Tapie est parfois mal passée auprès de salariés.

Chez Wonder, une société de production de piles, qu'il rachète en 1984 alors en difficulté, les travailleurs sont d'abord plein d'espoir. "On était ravis quand on l'a vu arriver. On a cru voir le messie", raconte une ex-employée administrative à nos confrères de Franceinfo. Mais quelques mois plus tard, l'homme d'affaires fait fermer plusieurs usines, entraînant la mise au chômage de plus de 200 personnes. "Une trahison" pour les salariés. "On a été très déçus", se souvient Gisèle, qui dénonce "un manque d’honnêteté" de la part de Tapie.

Même histoire chez Look, une entreprise initialement spécialisée dans la fixation de ski, qu'il rachète en 1983 pour un franc symbolique. À peine arrivé à la tête de l'entreprise, le député des Bouches-du-Rhône licencie une centaine de personnes afin de redresser les comptes. "Son fonctionnement était quand même brutal", estime un ancien cadre de l'entreprise se remémorant la façon dont Tapie a annoncé les licenciements. "Toute l'entreprise s'est retrouvée dans la grande salle du restaurant, et c'est lui-même qui a lu la liste. Il a égrené les noms des licenciés un par un, devant tout le monde. Quelqu'un de son staff est venu me voir ensuite, et m'a dit: 'Ecoutez, Monsieur, vous prenez vos affaires personnelles et ce n'est pas la peine de revenir demain, on vous enverra un courrier'", raconte-il amer, bien qu'il n'en veut plus à son ancien patron aujourd'hui.

La même année Bernard Tapie reprend Testut, une entreprise de matériel de pesée, qui se retrouvera au cœur de l'affaire du Crédit Lyonnais. "Il fonçait dans le tas, ce qui n'a pas plu à certains", se rappelle un ex responsable syndical Force ouvrière de l'entreprise. Le chef pouvait aussi se montrer "familier" ou "grossier" avec le personnel, et a licencié des salariés dès son arrivée alors qu'il s'était engagé à préserver les emplois, provoquant la hargne de certains.

Tapie acquiert aussi Terraillon pour un franc en 1981, disant vouloir "sauver les employés" de cette entreprise de pèse-personnes. Il fait d'abord forte impression mais la société perd 18,6 millions dix ans plus tard. "Il a fait du foot, de la politique… Il a fait tellement d'autres choses qu'il n'a plus rien fait pour ses entreprises", témoigne l'ancien directeur du pôle Recherche et développement de la boîte.