Le procès, prévu sur un mois, aurait dû débuter à la mi-mars mais il avait été reporté en raison de l'hospitalisation de l'avocat de Jérôme Lavrilleux, protagoniste central du dossier qui avait causé des déflagrations en cascade à droite.

Nicolas Sarkozy, qui n'était pas venu en mars non plus, est représenté par son avocat historique, Thierry Herzog, qui a longuement plaidé des requêtes en nullité en début de l'audience.

Il estime notamment que M. Sarkozy a déjà été sanctionné en 2013 quand le Conseil constitutionnel avait rejeté ses comptes pour leur dépassement, qu'il avait dû rembourser.

L'audience devrait continuer, jeudi et vendredi, à être principalement consacrée à d'arides demandes de procédure.

Les 13 coprévenus de M. Sarkozy - anciens cadres de Bygmalion et de l'UMP, experts-comptables - renvoyés notamment pour escroquerie ou complicité, étaient eux présents dans la grande salle.

Ils se sont tour à tour succédé à la barre pour confirmer leur identité. Parmi eux, Jérôme Lavrilleux, en veste bleue pétrole et baskets, qui avait révélé dans une surprenante confession télévisée en 2014 le système de fausses factures imaginé pour masquer les dépenses excessives de la campagne Sarkozy.

L'ancien chef de l'Etat, lui, est jugé uniquement pour "financement illégal de campagne". Il encourt dans le dossier Bygmalion - du nom de l'agence de communication liée à l'UMP (devenue Les Républicains) - un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Vu la peine encourue, sa présence à l'audience n'est pas obligatoire et il peut se contenter d'être représenté par un avocat.

Début mars, M. Sarkozy était devenu le premier ex-président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme : il s'était vu infliger par le tribunal correctionnel de Paris trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d'influence, mais avait fait appel.

Il a fait savoir qu'il serait présent pour son interrogatoire, prévu la semaine du 14 juin.

Selon l'accusation, Nicolas Sarkozy a laissé filer les dépenses malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement de plafond et il a "incontestablement" bénéficié de la fraude qui lui a permis de disposer de "moyens bien supérieurs" à ce qu'autorisait la loi: au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l'époque (22,5 millions d'euros).

"Etonnant"

Jérôme Lavrilleux, à l'époque directeur adjoint de la campagne Sarkozy et directeur de cabinet du patron de l'UMP Jean-François Copé, est le seul au parti à avoir reconnu les faits.

Il avait d'abord été accusé d'avoir constitué un "trésor de guerre" au profit de l'avenir politique de M. Copé.

Ce dernier n'est pas sur le banc des prévenus, au grand regret du camp sarkozyste. L'accusation avait trouvé "étonnant qu'il n'ait pas cherché à comprendre" pourquoi son parti se trouvait "au bord du défaut de paiement" à la fin du mois d'avril 2012, mais estimé que rien ne prouvait qu'il avait été informé du système de fausses factures ou qu'il aurait pu le détecter. Il doit être entendu comme témoin.

A l'audience, son nom a cependant rapidement fait l'objet de débats : une partie civile - qualifiée de "farfelue" et de "grotesque" par certains avocats de la défense et le parquet - a demandé la citation de Jean-François Copé comme personne civilement responsable.

La défense de prétendus adhérents de l'UMP (une adhésion contestée par la défense du parti LR pendant l'audience) a en effet soutenu que M. Copé ne pouvait ignorer les 20 millions d'euros de dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, et a réclamé un euro de préjudice moral.

L'avocate de M. Copé, Me Julia Minkowski s'est emportée contre "ces parties civiles totalement fantaisistes qui viennent aux audiences comme si on était au cirque", en demandant au tribunal que leurs demandes soient rejetées.

Quant à M. Copé, "il viendra s'expliquer devant le tribunal", au moment de son audition comme témoin, a promis son avocate.

Le procès est prévu jusqu'au 22 juin.

© AFP