Une panne massive chez Orange a été traitée dans la nuit de mercredi à jeudi après avoir fortement perturbé les numéros d'urgence. Le réseau "fonctionne depuis minuit" mais reste "sous surveillance", notamment avec "la montée en charge des prochaines heures", a précisé un porte-parole de l'opérateur.

Samu, pompiers, police...: cette panne sur un équipement chargé d'acheminer les appels a perturbé massivement l'accès aux numéros d'urgence et aux lignes fixes mercredi entre 18H et minuit. De nombreux services de secours étaient difficiles à joindre à travers la France.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Darmanin, rentré précipitamment de Tunis dans la nuit, doit présider ce jeudi matin une réunion de crise consacrée à cette panne. Le secrétaire d'Etat chargé du Numérique Cédric O a aussi annoncé ce retour "en urgence".

Cette réunion interministérielle, présidée par M. Darmanin depuis Beauvau, doit avoir lieu "jeudi matin tôt" et rassembler en visio-conférence les préfets, a précisé le ministère de l'Intérieur à l'AFP.

Des dysfonctionnements "graves et inacceptables", déplore Gérald Darmanin

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a qualifié de "dysfonctionnements graves et inacceptables" la panne survenue chez l'opérateur Orange qui a perturbé les numéros de secours dans toute la France pendant plusieurs heures mercredi soir.

Une panne d'un équipement chargé d'acheminer les appels a entravé massivement l'accès aux numéros d'urgence (15/17/18/112) et aux lignes fixes mercredi entre 18H et minuit, et de nombreux services de secours étaient difficiles à joindre à travers la France. Le réseau "fonctionne depuis minuit" mais reste "sous surveillance", a dit Orange jeudi.

Le PDG d'Orange Stéphane Richard a été convoqué au ministère de l'Intérieur pour donner des éclaircissements au gouvernement, a aussi annoncé Gérald Darmanin. "A 9h00, nous avons convoqué le président directeur-général d'Orange qui viendra nous dire l'état actuel de la situation", a déclaré M. Darmanin lors d'une conférence de presse place Beauvau avec le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O.

Une personne "serait décédée"

Une personne souffrant d'une "maladie cardiovasculaire" "serait décédée" dans le Morbihan, faute d'avoir "pu joindre les services de secours à temps" à cause de cette panne, a précisé le ministre.

"Deux autres accidents cardiovasculaires" ont eu lieu à la Réunion", a ajouté M. Darmanin, "mais je ne peux pas dire si le temps (avant l'arrivée des secours, ndlr) a été particulièrement long et s'il est imputable à ce numéro d'urgence".

Interrogé par l'AFP, l'entourage du ministre a précisé que ces deux "accidents" s'étaient soldés par la mort des patients.

"Ce qui est sûr, c'est que les personnes ont témoigné qu'elles ont essayé d'appeler plusieurs fois et qu'elles n'ont pas réussi tout de suite à avoir des opérateurs", a expliqué M. Darmanin.

Une enquête administrative a été "sollicitée par l'Agence régionale de santé" après le décès d'un homme de 63 ans mercredi soir, aux urgences de l'hôpital de Vannes, lors de la panne des numéros d'urgence téléphoniques, a annoncé jeudi la préfecture du Morbihan dans un communiqué.

"Dans le département du Morbihan, la préfecture, l'Agence régionale de Santé Bretagne et le Centre hospitalier de Vannes confirment le décès d'un patient de 63 ans, hier soir, au service des urgences de l'hôpital de Vannes. D'après les premiers éléments communiqués par la famille, cette personne avait été conduite par un proche au centre hospitalier, au vu des difficultés techniques rencontrées pour appeler les services de secours (15, 112)", a indiqué la préfecture.

Le Premier ministre Jean Castex, en déplacement en Tunisie, a appelé jeudi à "tirer toutes les conséquences" de la panne survenue chez l'opérateur Orange qui a perturbé les numéros de secours dans toute la France pendant plusieurs heures mercredi soir.

"C'est une affaire significative que nous avons pris au sérieux", a expliqué le chef du gouvernement devant des journalistes, rappelant qu'il avait demandé au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et au secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, qui l'accompagnaient dans son déplacement, de rentrer à Paris mercredi soir.

"J'ai immédiatement demandé qu'une inspection soit diligentée pour connaître l'origine de cette défaillance", a précisé le Premier ministre, déplorant des "dysfonctionnements graves" dont "évidemment il faudra tirer toutes les conséquences".

Orange "présente ses plus vives excuses"

Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, convoqué au ministère de l'Intérieur jeudi matin pour donner des éclaircissements au gouvernement sur la panne qui a perturbé les numéros de secours dans toute la France pendant plusieurs heures mercredi soir, a présenté "ses plus vives excuses" aux personnes touchées, jeudi sur son compte Twitter.

"J'ai rencontré ce matin @GDarmanin et @cedric_o afin de faire le point sur l'incident affectant les appels vers les nums d'urgence. La situation est maintenant stabilisée. Le Groupe @orange présente ses plus vives excuses à celles et ceux qui ont été touchés ces dernières heures", a-t-il écrit, après sa réunion avec les ministres de l'Intérieur et du Numérique Gérald Darmanin et Cédric O.

Une panne d'un équipement chargé d'acheminer les appels a entravé massivement l'accès aux numéros d'urgence (15/17/18/112) et aux lignes fixes mercredi entre 16H45, selon Cédric O, et minuit, dans toute la France.

"Les services fonctionnent et les appels sont acheminés. Le réseau reste sous surveillance avec une vigilance accrue notamment aux heures de pointes des appels compte tenu d'un résidu d'instabilité sur les équipements. Les équipes restent pleinement mobilisées", a encore indiqué Orange lors d'un point de la situation jeudi à 10h00.


Incident identifié

Dès 18H00 mercredi, des dysfonctionnements massifs ont été signalés aux quatre coins du pays, entraînant de grosses difficultés pour les services de secours. Des numéros d'urgence alternatifs, fixes ou mobiles, ont été mis en place, et diffusés sur les réseaux sociaux par les pouvoirs publics.

"Il devait être autour de 18H00 et tous les Samu ont commencé à alerter de problèmes dans les centres d'appels. Les gens ne parvenaient pas à accéder au service, des appels n'arrivaient pas, d'autres se coupaient en pleine conversation...", a expliqué à l'AFP François Braun, président du syndicat Samu-Urgences de France et médecin urgentiste.

"Très vite, on a fait un petit tour de France et on a constaté que presque tous les départements étaient touchés", ajoute-t-il. François Braun explique que traditionnellement "il y a un pic d'appels le soir vers 19H".

"L'incident qui impacte le réseau fixe notamment les numéros d'urgence est identifié" a tweeté Orange vers 21H. L'opérateur invitait les utilisateurs à renouveler leurs appels, éventuellement via un mobile, pour joindre les services d'urgence, ou d'utiliser leurs numéros temporaires.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé la mise en place d'une liste de numéros provisoires dans chaque département. La Sécurité civile a exhorté les usagers à ne pas surcharger les lignes et à n'appeler qu'en cas d'urgence.

"Il faut qu'on puisse répondre le plus vite possible. Il y a un véritable problème de mise en danger d'autrui", a lancé sur BFMTV Patrick Pelloux, le président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

"Ensemble du territoire"

L'incident a affecté de manière "partielle mais significative la réception des appels d'urgence 15/17/18/112 sur l'ensemble du territoire national", a confirmé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

Bouygues Telecom et Altice, la maison-mère de SFR, ont également fait état de perturbations. De source proche du dossier, on a exclu tout "piratage" informatique.

Une panne informatique avait touché l'opérateur belge Proximus début janvier, perturbant les numéros d'urgence en Belgique pendant toute une nuit.

En Nouvelle-Aquitaine, comme dans de nombreuses autres régions, tous les départements ont été touchés par la panne mercredi soir. Certaines préfectures, comme celles de Dordogne et Creuse, ont conseillé de se rendre dans des permanences: casernes, gendarmerie, commissariat, centres hospitaliers.

"Une panne affecte les numéros d'urgence", a prévenu sur Twitter l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France. "Si votre appel au 15 n'aboutit pas, renouvelez-le sans discontinuer (...). Ne saturez pas les lignes et n'appelez que pour des urgences établies".

"C'est inacceptable", a lancé Patrick Goldstein, chef du Samu du Nord, sur BFMTV. "C'est une source d'ennui maximum, surtout quand ça touche l'ensemble des services. Tous le monde en même temps et à l'échelle nationale, c'est quand même une première".