Le plus grand centre de charité d’Athènes distribue désormais aussi vêtements et médicaments

envoyée spéciale en grèce charlotte vanbever

Il est un peu plus de midi à Athènes. Sous une pluie battante, quelques sans-abri affichent leur misère. Les autres se cachent. Mais pas dans les paroisses. La majorité d’entre elles, dans le centre de la ville, est verrouillée. On se demande alors où cette dizaine de milliers de nouveaux errants (20.000, selon les plus pessimistes) trouvent refuge à Athènes.

Réponse : derrière une porte bleue. Un bâtiment de fortune, siège du Fonds de charité de la ville. Dans la cour de ces bureaux établis voici 7 ans, on sert, désormais trois fois par jour, des repas pour la population dans le besoin. C’est, aujourd’hui, le plus important centre d’aide aux plus démunis d’Athènes.

Son directeur, George Apostolopoulos, ne s’en réjouit pas. D’autant plus qu’il est arrivé à la tête de cette fondation il y a 6 mois, quand la situation est devenue plus catastrophique et désespérée que tragique… “Entre 2010 et 2011, le centre a accueilli 50 % de gens en plus. Mais ces 6 derniers mois, c’est une augmentation de 200 % du nombre de nécessiteux qu’on a constatée.”

Soit, chaque jour, environ 2.500 Athéniens dans le besoin.

Sans aucune ressource, ces victimes de la crise calment d’abord, un peu, leur estomac. Par du pain, des tomates, du poulet et du fromage, principalement, que la fondation, sous l’égide de la municipalité d’Athènes, mais aussi l’Église orthodoxe, met à leur disposition. “Sans oublier les donations de certaines personnes et de quelques compagnies.”

Le rush, l’heure à laquelle les Athéniens se bousculent pour un bol de soupe, c’est en plein après-midi, à 15 h. 1.000 repas sont alors servis. “Et ce sont principalement des Grecs qui se présentent. Au fil du temps, on a appris à les connaître. Beaucoup sont pensionnés. D’autres sont ce qu’on appelle les nouveaux pauvres, des Athéniens qui avaient de l’argent et un boulot et ont tout perdu. On voit aussi de plus en plus de familles nombreuses où les parents doivent nourrir leurs enfants…”

Dans son bureau, George croule sous la paperasse. Classés selon leurs besoins, seuls les Athéniens remplissant les critères de pauvreté bénéficient d’un droit d’accès au centre pendant six mois.

L’Église orthodoxe, elle, “offre des repas à tous les nécessiteux”, sans sélection. Entre ces murs-ci, sur l’une des principales artères d’Athènes, mais aussi, plus confidentiellement, dans d’autres parties de la ville. Et “dire qu’il y a encore deux ans, ces distributions de nourriture étaient principalement à destination des sans-papiers issus du Moyen-Orient”…

Le constat est terrible. La fondation répond, pour l’instant, aux besoins vitaux de ces Athéniens ”qui n’ont plus un euro en poche ou même plus de toit au-dessus la tête”. Mais pour combien de temps ? “On a peur que ça explose ! Déjà, on aurait besoin de locaux plus vastes”, se plaint George Apostolopoulos.

Dans les escaliers de l’établissement, dans le couloir menant à la cour extérieure, des centaines de caisses, débordant de vêtements, sont entassées. Parce que la fondation, qui compte 60 employés à temps partiel, a élargi ses activités de charité. Et distribue désormais également de quoi se vêtir et des médicaments, fournis par les firmes pharmaceutiques. “Un médecin prodigue ici les premiers soins.” Le centre compte aussi trois infirmiers. Et un supermarché de fortune. “On y entrepose les produits de première nécessité à destination des familles pauvres.” Elles sont 700, environ. Pour l’instant.



© La Dernière Heure 2012