Selon Le Monde, ce ne sont pas de simples gaz lacrymogènes qui sont utilisés mais des "produits d'une autre classe, bien plus toxiques"


DAMAS Selon le journal Le Monde, qui relaie l'information en textes, photos et vidéo ce lundi matin, les forces de Bachar Al-Assad auraient fait usage à plusieurs reprises et plusieurs jours d’affilé d'armes chimiques, touchant de nombreux combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) et contaminant les médecins leur ayant prodigué les premiers soins.


Ces informations sont le fruit de 2 mois de reportage clandestin, en avril et en mai à Jobar, lors duquel les journalistes du Monde ont pu récolter les témoignages des combattants et des membres du corps médical ayant soigné les victimes des gaz toxiques. Selon le quotidien, de nombreux faits démontrent que ce ne sont pas de simples gaz lacrymogènes mais de "produits d'une autre classe, bien plus toxiques". Mortels si les victimes ne sont pas immédiatement prises en charge. Le 13 avril, le photographe Laurent Van der Stockt a ainsi vu les combattants "commencer à tousser, puis mettre leurs masques à gaz, sans hâte apparemment, mais en réalité déjà exposés. Des hommes s'accroupissent, suffoquent, vomissent".


Sur une vidéo tournée par Laurent Van der Stock et consultable sur le monde.fr, des combattants et des médecins racontent les symptômes provoqués par ces produits: difficultés respiratoires, maux de tête, pupilles contractées, nausées... "Si on ne les traite pas immédiatement, c'est la mort", témoigne sous couvert de l'anonymat un médecin de l'hôpital Al-Fateh de Kaffer Battna, dans la poche rebelle de la région de la Ghoutta aux portes de Damas.


Les journalistes qui se sont rendus sur le front dans ce quartier de la capitale syrienne assurent de la véracité de leurs informations.


L'article cite aussi "une source occidentale bien informée" selon laquelle le pouvoir syrien a recours "à des mélanges de produits, notamment avec des gaz anti-émeutes (lacrymogènes) pour brouiller les pistes et l'observation des symptômes".


Damas a toujours nié l'usage de telles armes alors que Washington et Moscou avaient assuré qu'il constituerait une ligne rouge à une intervention étrangère contre le régime. Les États-Unis, la Turquie et Israël avaient d'ailleurs affirmé détenir des preuves de l'emploi d'armes chimiques.


L'ONU a une nouvelle fois appelé mercredi Damas à laisser ses experts enquêter en Syrie sur les armes chimiques, faisant état d'"informations de plus en plus nombreuses" sur l'utilisation de ces armes dans le conflit.


Genève-2 : des prémices balbutiants



Les préparatifs s'accélèrent en vue de la tenue, en juin à Genève, d'une nouvelle conférence internationale visant à mettre fin au conflit en Syrie, avec des réunions lundi à Bruxelles et Paris au lendemain de l'annonce par Damas de sa participation.

L'opposition syrienne victime de sa désunion



De son côté, la Coalition nationale de l'opposition syrienne a connu un sérieux revers dans ses efforts d'unification des opposants au régime de Damas avec le fiasco tôt lundi d'un vote sur son élargissement à de nouveaux membres, qui laisse planer le doute sur sa participation à la conférence internationale de paix.

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a exprimé l'espoir de faire avancer le projet de conférence, baptisée Genève-2, lors d'une rencontre qu'il aura lundi soir à Paris avec ses homologues américain et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov dont le pays est le principal allié du régime de Damas.
"Il semble que du côté du régime de Bachar al-Assad certains noms ont été avancés" pour représenter Damas à la table des négociations, a déclaré dimanche M. Fabius à des journalistes, indiquant attendre que l'opposition "puisse faire de même".

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a annoncé en Irak "notre décision de principe de participer à la conférence internationale" de Genève-2, estimant que cette conférence, initiée par Washington et Moscou qui souhaitent voir régime et opposition se rencontrer en juin, "sera une bonne occasion de trouver une solution politique à la crise en Syrie".

L'annonce a été jugée insuffisante par l'opposition, qui a sommé Damas de clarifier sa position sur un départ du président Assad. "Le régime n'a pas encore dit qu'il (Assad) était prêt à partir", a souligné le porte-parole de la Coalition de l'opposition, Louay Safi.

Réunie depuis jeudi à Istanbul, la Coalition n'est pas parvenue dimanche à surmonter ses divisions pour adopter une position claire sur ces négociations et doit poursuivre ses débats lundi.

Après quatre jours de pourparlers difficiles à Istanbul pour définir une liste de 22 nouveaux entrants, les membres de la Coalition, qui constitue le principal groupe de l'opposition syrienne, ne sont parvenus à ratifier l'accession que de huit d'entre eux, a affirmé à la presse Khaled Saleh, un porte-parole de l'organisation.

Plusieurs opposants s'interrogeaient sur les conséquences de ce vote, qui confirme les divisions existant au sein de l'opposition syrienne alors que, parallèlement au dîner de travail qu'auront MM. Fabius, Kerry et Lavrov à Paris, un autre rendez-vous majeur pour son avenir est prévu lundi à Bruxelles.

Sanctions, embargo, armes, sujets de discorde



Les ministres européens des Affaires étrangères, divisés depuis des mois sur la livraison d'armes aux rebelles, se retrouvent pour reparler de ce très sensible sujet. Les Européens doivent également discuter du renouvellement de leurs sanctions contre le régime syrien, dans lequel figure l'embargo sur les armes, qui expirent le 31 mai à minuit.

L'organisation humanitaire Oxfam a estimé qu'une levée de l'embargo pourrait avoir des "conséquences dévastatrices" pour la population civile. Cela "serait irresponsable et pourrait saborder la fragile lueur d'espoir qu'offre le sommet américano-russe".

Dans le jardin libanais...



Entre-temps, le Liban se retrouve de plus en plus entraîné dans la guerre en Syrie où le Hezbollah libanais s'est engagé depuis une semaine aux côtés de l'armée syrienne lors des combats pour reprendre la ville stratégique de Qousseir (centre).

Ainsi, deux roquettes ont visé dimanche matin la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, faisant quatre blessés, selon une source de sécurité.
Une des roquettes a touché le parc d'un vendeur de voitures, blessant quatre ouvriers syriens, selon cette source, tandis que l'autre a atteint un appartement sans faire de victime, selon un photographe de l'AFP sur place.
"Cet incident est probablement lié au conflit syrien", a affirmé la source de sécurité.

"Les auteurs de cette attaque sont des terroristes et des vandales qui ne veulent pas la paix et la stabilité pour le Liban", a dénoncé le président libanais Michel Sleimane.

Samedi, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait assuré que sa formation se devait d'intervenir en Syrie car ce pays est "la protection arrière de la résistance" et "la résistance ne peut rester les bras croisés quand sa protection arrière est exposée".

A Tripoli, la grande ville du nord du Liban, les combats entre partisans et opposants à Bachar al-Assad se sont poursuivis dans la nuit de samedi à dimanche. En six jours, 31 personnes, dont quatre soldats, ont trouvé la mort dans ces affrontements, selon une source de sécurité libanaise.

Le Liban est profondément divisé entre les partisans du régime syrien et le camp hostile à Damas, ancienne puissance de tutelle.

Inquiète d'un débordement du conflit, la Jordanie, pays frontalier de la Syrie, a annoncé qu'elle était en pourparlers avec des "pays amis" pour déployer des missiles Patriot sur son territoire, comme l'a déjà fait la Turquie.

Sur le terrain, 22 combattants du Hezbollah ont été tués samedi dans les combats à Qousseir, a affirmé dimanche une source proche du mouvement chiite libanais.

La ville de Qousseir est contrôlée à 80% par l'armée syrienne et le Hezbollah, a affirmé cette source.

© La Dernière Heure 2013