L'ex-magnat d'Hollywood Harvey Weinstein a été reconnu coupable lundi d'agression sexuelle et de viol mais a évité une condamnation pour les accusations les plus graves, un verdict applaudi par le mouvement #MeToo et plusieurs de ses accusatrices.

Harvey Weinstein, 67 ans, qui a été immédiatement écroué à la prison tristement célèbre de Rikers Island en attendant de connaître sa peine le 11 mars, est passible de 29 ans de prison.

Son avocate Donna Rotunno a cependant annoncé qu'il ferait appel et que le combat n'était "pas terminé."

Le jury l'a disculpé de la circonstance aggravante de comportement "prédateur", qui aurait pu lui valoir la prison à vie.

M. Weinstein, qui a toujours assuré que ses relations sexuelles étaient consenties, n'a montré aucune émotion à l'annonce du verdict et n'a fait aucune déclaration.

Selon l'un de ses avocats, Arthur Aidala, il aurait répété: "Je suis innocent, je suis innocent. Comment est-ce possible aux Etats-Unis?"

"Un viol est un viol" 

Il s'agit de la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-MeToo. La condamnation, en avril 2018, de l'acteur Bill Cosby résultait de poursuites entamées en 2015, avant que le mouvement anti-agressions sexuelles ne commence en octobre 2017.

Ce verdict "change le cours de l'histoire" dans la lutte contre les violences sexuelles, a affirmé le procureur de Manhattan, Cyrus Vance.

"Un viol est un viol, qu'il soit commis par un inconnu dans une ruelle sombre, ou par un partenaire dans une relation intime", a-t-il déclaré aux journalistes. "C'est un viol même s'il n'y a aucune preuve matérielle et si ça s'est passé il y a très longtemps".

C'est le début "d'une nouvelle ère de justice", a abondé la présidente du mouvement Time's Up, Tina Tchen, dans un communiqué.

Ce verdict de culpabilité partiel, après cinq jours de délibérations, concrétise la chute de celui qui fit la pluie et le beau temps dans le monde du cinéma indépendant durant un quart de siècle.

Les jurés devaient se déterminer sur le témoignage de trois femmes, parmi les plus de 80 qui ont accusé Harvey Weinstein de harcèlement ou d'agression sexuelle.

Au final, ils ne l'ont jugé coupable uniquement des deux chefs les moins graves, l'agression sexuelle de l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi, en 2006, et le viol de l'aspirante actrice Jessica Mann, en 2013.

Ils ont, en revanche, disculpé le producteur d'un chef de viol plus grave lié à Jessica Mann, et surtout de la circonstance aggravante de comportement "prédateur".

Le jury a aussi jugé le co-fondateur du studio Miramax non coupable du viol de l'actrice Annabella Sciorra, durant l'hiver 1993. Ce viol présumé, bien que prescrit, pouvait seul déclencher la circonstance aggravante.

"Un impact énorme" 

Tout au long du procès, la défense avait cherché à discréditer le récit des trois femmes.

Les avocats d'Harvey Weinstein ont produit une série de courriers électroniques montrant que Mimi Haleyi et Jessica Mann avaient maintenu le contact, de leur propre initiative, avec l'accusé après les agressions présumées.

Jessica Mann a même concédé avoir eu des relations sexuelles sans opposition avec Harvey Weinstein jusqu'en 2016.

Mimi Haleyi a elle raconté avoir eu un rapport sexuel initié par l'accusé deux semaines environ après le viol présumé, sans manifester de résistance.

Jessica Mann a dit avoir maintenu des relations avec l'ancien magnat du cinéma par "peur", tandis que Mimi Haleyi a expliqué avoir voulu maintenir une "relation professionnelle".

Les avocats d'Harvey Weinstein avaient cherché à dépeindre deux femmes opportunistes, prêtes à se soumettre aux caprices du producteur pour mettre un pied à Hollywood. Ils avaient aussi laissé entendre que les deux plaignantes avaient témoigné par intérêt, pour augmenter leurs chances d'obtenir des dommages et intérêts une fois le producteur condamné.

"Elles ont sacrifié leur dignité, leur intimité, leur quiétude dans l'espoir de faire entendre leur voix" au procès, leur avait opposé la procureure.

Après le verdict, plusieurs femmes ayant accusé Harvey Weinstein d'agressions sans pouvoir le poursuivre au pénal ont salué le courage des témoins.

"Pour les femmes qui ont témoigné dans ce dossier et vécu un enfer traumatique, vous avez rendu un service public aux filles et femmes du monde entier", a tweeté la comédienne Ashley Judd, qui affirme qu'Harvey Weinstein l'a harcelée sexuellement en 1997.

"Je suis fière des femmes courageuses qui ont témoigné. Elles ont mis hors d'état de nuire un monstre", a aussi tweeté Rose McGowan, actrice qui dit avoir été violée par M. Weinstein en 1997.

Ce verdict pourrait constituer un tournant pour la jurisprudence de ce type d'affaires, qui donnent très rarement lieu à des condamnations.

"Cela va avoir un impact énorme", a prédit Bennett Gershman, professeur de droit à l'université Pace de New York, tout en qualifiant le verdict de "compromis".

M. Weinstein doit encore répondre d'une autre inculpation pour deux agressions sexuelles à Los Angeles, annoncée début janvier.

Aucune date de comparution n'a encore été fixée dans ce dossier.

© AFP