S'il y a bien une chose dont les Québécois se rappelleront après cette pandémie, c'est bien du directeur de la Santé publique du Québec, le Docteur Horacio Arruda.

Alors qu'il était encore un pur inconnu en janvier dernier, jusqu’à l’arrivée du COVID-19 au Québec et sa première bourde lors de sa première conférence de presse où il décrivait le Premier ministre comme étant un "simple" ministre, Horacio Arruda est devenu une icône dans son pays, un influenceur qui propage l'info mais pas le virus selon François Legault, Premier ministre du Québec. Dès ses premières minutes face à l'écran, les Québécois ont très vite remarqué qu'ils n'avaient pas n'importe qui face à eux. Celui que l'on peut comparer à Emmanuel André dans sa fonction quotidienne depuis le début de la pandémie, met le ton, les formes et l'humour dans chacune de ses interventions. Un façon de faire originale qui plaît et qui a le don de rendre la population plus consciencieuse du danger du coronavirus.

Horacio Arruda a, au fil des conférences de presse à propos de la crise sanitaire, réussi à devenir le chouchou du Québec. Annoncer le bilan des dégâts que provoquent une pandémie au quotidien n'est pas une tâche facile. Et pourtant, ce surdiplômé de l'Université de médecine de Sherbrooke réussit à faire passer des messages avec le sourire et avec une pédagogie déconcertante. "Lavez-vous les mains" indique-t-il au quotidien face son assemblée. L'un des gestes les plus importants pour sauver des vies selon ce Docteur d'origine portugaise. Même s'il avance parfois des choses cocasses et loufoques, le message de Horacio Arruda passe toujours bien et provoque même l'hilarité de l'audience en temps de crise. "La monogamie est préférable ces temps-ci", indiquait-il en réponse au Premier ministre qui disait qu'il valait mieux se limiter à un seul conjoint en temps de pandémie.

Tartelettes portugaises, aplatissement de la courbe et Hakuna Arruda

Au-delà des informations primordiales transmises, la population québécoise se rattache même au franc-parler du Docteur Arruda. Avec sa gestuelle significative, il vulgarise des faits scientifiques avec émotions. Son point de vue et ses conseils, Horacio Arruda les donne à sa façon comme la veille du dimanche de Pâques où il n'a pas hésité a évoquer un cliché familial : "Ce n’est pas le temps, à Pâques, de faire un jambon aux ananas, puis d’inviter son beau-frère puis sa belle-sœur même si on pense qu’ils sont fiables."

Quand on lui pose une question pointue à laquelle il ne sait pas donner suite dans les termes, les docteur Arruda trouve toujours une porte de sortie humoristique. Interrogé le 6 avril dernier sur les différents scénarios envisageables lors du déconfinement, le conférencier a simplement répondu : "C’est compliqué les scénarios. Ça rime avec Horacio, mais si je pouvais m’en passer, je m’en passerais."

Le confinement donne l'occasion à beaucoup de personnes de faire des choses qu'ils n'ont pas l'occasion de faire en d'autres temps. Horacio Arruda l'a bien compris. "Moi là, en fin de semaine, je vais me faire des tartelettes portugaises. Ça va me faire plaisir car d'habitude, je n'ai jamais le temps de faire ça. Je suis en train d'essayer une nouvelle recette d'ailleurs."

Une citation est également devenue culte dans le chef de ce docteur de 59 ans. Pour forcer la population québécoise à rester chez elle, il n'a pas hésité à donner une image forte et efficace, en indiquant que le virus, il ne passait pas au travers des fenêtres. "Même si ça triple, ça ne rentrera pas par vos fenêtres."

Alors que dans une bonne partie de l'Europe l'accès aux différents parcs est restreint et le fait de s'asseoir sur un banc public devient même par endroits illégal, au Québec, c'est une autre histoire. Avec une simple phrase, le Docteur Arruda aura réussi à rassurer les siens quant aux craintes de contagion possibles en s'asseyant sur un banc. "Habituellement quand on s’assoit sur un banc public on ne le lèche pas, on s’assoit dessus avec nos fesses...C’est pas un virus qui va vous sauter dessus, qui va partir de la sécrétion qui est là et qui va vous rentrer dans la face".

Pour vaincre la pandémie, il faut aplatir la courbe tout d'abord. Un geste que le Québécois a décidé de mimer avec ses mains, n'hésitant pas à se les claquer pour montrer l'importance de l'aplatissement d'une courbe dans une situation pareille.


Outre sa popularité qui fait déjà de lui le Québécois de l'année 2020, Horacio Arruda est devenu plus qu'un phénomène dans son pays, il est également devenu une image de marque. T-shirt à son effigie, mugs et bières à son nom, gel hydroalcoolique renommé "Hakuna Arruda",... il ne se passe pas un jour sans que les produits dérivés au nom du Docteur Arruda envahissent le marché.

"C'est un rigolo"

Dans une entrevue avec Radio-Canada, le Dr Réjean Hébert, ex-ministre de la Santé du Québec de 2012 à 2014 avouait ceci : "Ce que vous voyez de M. Arruda dans les médias c’est sa personnalité, c’est ce qu’on voit lorsqu’on est en contact quotidien avec lui, quelqu’un de simple, qui est naturel." La Presse a quant à elle interrogé les médecins Juan Roberto Iglesias et Richard Lessard, qui ont donné cours à Horacio Arruda à l’Université de Sherbrooke. Les deux s'entendent pour dire que "c’est un rigolo". Ses anciens collègues notent également sa rigueur, sa passion et son sens des responsabilités.