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Julien Modave, envoyé spécial pour RTL-TVi à Tokyo, nous décrit l’ambiance sur place

TOKYO Initialement parti pour couvrir un tremblement de terre, Julien Modave et son cameraman David Muller se sont finalement retrouvés au milieu d’une menace nucléaire. Face aux risques et estimant avoir couvert une large part de l’actualité, l’équipe de RTL-TVi devait regagner la Belgique aujourd’hui.

Comment s’est décidé votre départ pour le Japon ?

“Le séisme a eu lieu vendredi matin et j’ai envoyé un SMS à mon rédacteur en chef en lui disant que s’il envoyait quelqu’un là-bas, j’étais candidat. Vingt minutes plus tard, il me rappelait pour me dire que je partais immédiatement.”

Dans quel état d’esprit part-on faire ce genre de reportage ?

“L’état d’esprit évolue en fonction de l’actualité. On part d’abord pour couvrir un tremblement de terre, puis c’est un tsunami qui ensuite se transforme en menace nucléaire. Je travaille avec David Muller, cameraman, avec qui nous partageons tout et j’ai beaucoup de chance de travailler avec quelqu’un qui travaille bien, ne prend pas de risque inutile. À deux, c’est beaucoup plus facile de nous motiver, de rester concentrés et d’essayer de faire du bon travail.”

Quelle est l’ambiance à Tokyo ?

“Honnêtement, depuis l’annonce faite par le Premier ministre qu’il y a des fuites radioactives graves dont les conséquences peuvent désormais toucher Tokyo, on se rend compte qu’il y a une forme de panique qui s’installe. Et c’est peut-être ça le plus grave car Tokyo est une des plus grosses mégapoles du monde qui compte 33 millions d’habitants. S’ils se mettent à paniquer et qu’ils veulent tous quitter Tokyo, cela va devenir compliqué.”

Craignez-vous pour votre santé ?

“Non. Nous avons eu de petits moments de panique, mais nous reprenons vite nos esprits. De toute façon, nous ne pouvons rien y faire. Nous rentrons aujourd’hui à 15 h, heure de Tokyo. Je pense que nous avons fait notre travail.”

Rentrez-vous car vous avez fait le tour de la question ou pour préserver votre santé ?

“Je mentirais si je ne vous disais pas qu’il y a un peu des deux. Cela commence à devenir vraiment dangereux et nous avons un peu fait le tour de la question. Désormais, l’actualité que nous pouvons couvrir, c’est la fuite des Japonais et des Tokyoïtes.”

Les rues sont encore calmes…

“Il n’y a personne. Cela se vide. Les gens sont dans les gares, dans les aéroports. Les billets d’avion s’échangent à 5.000 euros. Et maintenant, ils montent jusqu’à 7.000 euros. J’espère que j’aurai mon avion aujourd’hui. Il ne faut pas paniquer. Mais il y a des risques que l’avion ne parte plus car Air France a annulé tous ses vols et ne se rend plus à Tokyo. Et cette compagnie a fusionné avec KLM, compagnie sur laquelle nous sommes censés voyager.”

Avez-vous le sentiment que le gouvernement japonais filtre les informations ?

“Je pense que le gouvernement japonais ne dira jamais que la situation est catastrophique parce que le dire, c’est rendre la situation deux fois plus catastrophique encore. Si on annonce aux Tokyoïtes qu’il y a des émanations radioactives, tout le monde va partir. Et ce sera une panique généralisée qui provoquera le chaos, ce serait la folie, le chaos social. Ils ne peuvent pas aller au bout de l’annonce. Je ne crois pas que le gouvernement ira jusqu’à dire qu’il faut quitter les lieux. On ne peut pas évacuer une ville de 33 millions de personnes. C’est impossible.”



© La Dernière Heure 2011