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Le Premier ministre britannique David Cameron a appelé vendredi matin le Royaume-Uni à se "rassembler" après la victoire du non, qu'il avait lui-même soutenu, au référendum d'indépendance en Ecosse. "Il est temps pour notre Royaume-Uni de se rassembler et d'aller de l'avant", a déclaré M. Cameron lors d'une déclaration au 10, Downing Street à Londres, estimant que la question de l'indépendance de l'Ecosse était désormais réglée pour "une génération".

"Le peuple Ecossais a parlé, sa décision est claire", a dit le dirigeant conservateur. "Il a décidé de maintenir l'intégrité de nos quatre nations (Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord et Angleterre, ndlr), et comme des millions d'autres personnes, j'en suis heureux", a ajouté M. Cameron.

"Comme je l'avais dit au cours de la campagne, assister à l'éclatement de notre Royaume-Uni m'aurait brisé le coeur", a-t-il dit.

Le non au référendum d'indépendance constitue une victoire personnelle pour le dirigeant conservateur, qui s'est engagé personnellement dans la campagne, d'abord discrètement, avant d'adresser un ultime plaidoyer passionné, lundi, en terre écossaise, appelant les électeurs à ne pas "briser cette famille".

Le Premier ministre britannique a annoncé l'octroi de nouveaux pouvoirs aux quatre nations constitutives du Royaume-Uni. "Au moment où les Ecossais vont avoir davantage de pouvoirs sur la gestion de leurs affaires, ceci va également s'étendre aux habitants d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Irlande du Nord qui doivent avoir aussi davantage leur mot à dire sur les leurs", a-t-il assuré.

Le "non" l'a emporté

Les Ecossais ont voté non à l'indépendance lors d'un référendum historique marqué par une participation massive à hauteur de l'enjeu historique.

La victoire confortable du non a été définitivement établie. Après le dépouillement des 32 circonscriptions, le non a recueilli 55% des voix.

Le résultat constitue une immense déception pour le Premier ministre de la région semi-autonome Alex Salmond --qui avait paru effectuer une remontée spectaculaire en fin de campagne-- et un énorme soulagement pour le chef du gouvernement central David Cameron "hanté" à la perspective d'un éclatement du Royaume-Uni.

Alex Salmond , chef de file des indépendantistes écossais, a concédé vendredi matin à Édimbourg la défaite de son camp, après publication des résultats quasi définitifs du référendum d'autodétermination montrant que le non l'avait emporté. "L'Ecosse a décidé, à la majorité, de ne pas devenir, à ce stade, un pays indépendant", a dit M. Salmond, Premier ministre de la région, lors d'une déclaration publique à Édimbourg.

"J'accepte le verdict des urnes et j'appelle tous les Ecossais à faire de même et à accepter la décision du peuple", a ajouté, ému, cet homme pour qui le référendum d'indépendance représentait le combat de toute une vie et qui a mené une campagne passionnée ces derniers mois.

Le leader séparatiste peut cependant se targuer d'avoir conquis en cours de campagne une plus large autonomie pour le pays des Scots qu'il dirige depuis sept ans.

Peu avant, David Cameron avait accrédité la victoire du camp du non dans un tweet au responsable de la campagne du non, soutenue par les trois partis traditionnels britanniques (conservateur, libéral-démocrate et travailliste d'opposition) et par une majorité à la City.

"J'ai parlé à Alistair Darling - et je l'ai félicité pour une campagne bien menée", a-t-il dit.

Alistair Darling a salué en retour sur son compte "une nuit extraordinaire", depuis Glasgow, la deuxième ville du pays qui a voté oui.

Le scrutin qui s'annonçait très serré, s'est traduit par une participation record de l'ordre de 85%.

Le Premier ministre David Cameron a prévu de s'exprimer dès 07H00 (06H00 GMT) dans une adresse solennelle à la télévision.

En fin de campagne, il avait reconnu que le scrutin signifiait "la mort du statu quo".

Crédit: AP

Avec ses alliés gouvernementaux libéraux-démocrates et le chef de l'opposition travailliste Ed Miliband, il a promis des prérogatives supplémentaires au parlement régional d'Holyrood, en matière fiscale notamment, au cas où les Ecossais renonceraient à l'indépendance.

Le cadeau fait déjà des envieux parmi les Anglais, Gallois et Nord-Irlandais majoritairement unionistes, mais qui sollicitent aussi des compétences élargies.

Une victoire du oui aurait mis le Premier ministre en extrême difficulté.

Il devra cependant encore rendre des comptes à ceux qui dans son camp lui reprochent des concessions trop généreuses, et s'employer à favoriser la réconciliation en Ecosse, après une campagne très clivante.

Les chroniqueurs royaux attendaient quant à eux un commentaire de la reine dans l'après-midi depuis son château écossais de Balmoral, dans l'extrême nord-est de l'Ecosse. La reine, inquiète selon son entourage, est restée muette pendant la campagne. La constitution non-écrite du Royaume-Uni l'oblige à la neutralité.

La Bourse de Londres avait anticipé dans l'après-midi de jeudi un rejet de l'indépendance. "Les investisseurs sont convaincus que les Ecossais vont rester dans l'Union", avait ainsi commenté Fawad Razaqzada, analyste chez Forex.com, tandis que la livre sterling atteignait son plus haut niveau en deux ans face à l'euro.

Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidents en Ecosse étaient habilités à voter. Les 95,8% de Britanniques restants, Anglais, gallois et nord-Irlandais, ont été réduits au rang de spectateurs.

Majoritairement unionistes, ils ont suivi avec fascination et inquiétude le débat sur l'avenir de l'Ecosse, qui a changé de statut une dizaine de fois en 1.400 ans d'histoire mouvementée.

Son attachement à ses voisins du sud remonte à l'acte d'Union de 1707.

Des centaines de personnes ont passé la nuit devant le Parlement régional d'Holyrood, majoritairement tenants du oui, et les pubs sont exceptionnellement restés ouverts jusqu'à une heure avancée.

L'intérêt a également été vif dans le monde. Le président américain Barack Obama a formulé jeudi soir sur Twitter des voeux pour le maintien d'un Royaume-Uni "fort, robuste, et uni". Le président français François Hollande a mis en garde contre les "égoïsmes", les "populismes" et les "séparatismes".

L'apparition de drapeaux catalan, corse, basque, breton, sarde dans la campagne a nourri les craintes d'une contagion nationaliste chez les dirigeants européens à Bruxelles.

Crédit: AFP

Le président du Parlement européen Martin Schulz "soulagé" par la victoire du non

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, s'est déclaré "soulagé du résulat" du référendum en Ecosse, dans un entretien vendredi à la radio allemande Deutschlandfunk.

"J'avoue: le résultat me soulage", a dit l'Allemand, alors qu'il était interrogé sur la victoire du non à l'indépendance lors d'un référendum historique marqué par une participation massive.

"Je suis content du résultat (...) Je crois que c'était un processus démocratique national en Grande-Bretagne, où le référendum a été reconnu par le gouvernement à Londres", a-t-il déclaré.

"La prochaine fois que je vais rencontrer David Cameron, je lui dirai, que je trouve que c'est bien d'avoir un Royaume-Uni dans une Europe unie", a-t-il continué.

Interrogé pour savoir si l'Ecosse pouvait être un signal pour d'autres pays, tels que l'Espagne ou l'Italie -- où l'on craignait un effet de contagion en cas de oui à l'indépendance --, M. Schulz a répondu: "si l'on arrive maintenant en Ecosse à une autodétermination raisonnable culturelle, économique (...) tout en restant dans le Royaume-Uni, alors cela peut devenir un modèle qui peut contribuer à satisfaire d'autres régions".