Monde

"Est-ce qu'on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire": résolu et offensif, Emmanuel Macron a livré jeudi ses réponses au grand débat et à la crise des "gilets jaunes", multipliant les annonces fiscales et institutionnelles lors d'une grande conférence de presse à l'Elysée.

Lors d'un propos liminaire de près d'une heure, M. Macron a d'abord évoqué le "mouvement inédit" depuis le 17 novembre des "gilets jaunes" dont il a salué les "justes revendications à l'origine", qui ne doivent pas être "occultées par les violences de quelques-uns".

Face au "profond sentiment d'injustice fiscale, sociale et territoriale", au "sentiment de manque de considération de beaucoup de nos concitoyens", "est-ce qu'il faudrait arrêter tout ce qui a été fait depuis deux ans ? (...) Est-ce qu'on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire", a lancé le président de la République, pour qui "les transformations en cours ne doivent pas être arrêtées".

"Le sentiment que j'ai donné" d'être "dur", "parfois injuste", "je le regrette", a concédé le chef de l'Etat, en réponse à la première question de la conférence de presse.

Assis sur une estrade, derrière un bureau blanc orné d'un drapeau tricolore, dans la salle des fêtes de l'Elysée, le chef de l'Etat a pris place devant 320 journalistes, dont près d'un tiers de correspondants étrangers, pour un exercice inédit depuis le début du quinquennat.

Parmi les mesures ayant fuité de son intervention non diffusée du 15 avril en raison de l'incendie de Notre-Dame, le chef de l'Etat a confirmé vouloir réduire "significativement" l'impôt sur le revenu, une décision financée en supprimant "certaines niches fiscales" et avec "la nécessité de travailler davantage".

Autre confirmation: la réindexation des pensions de retraites de moins de 2.000 euros sur l'inflation. Avec une nouveauté: la fin de la "sous-indexation" de toutes les retraites en 2021.

Promesse incluse dans le discours avorté du 15 avril, le chef de l'Etat a dit ne plus vouloir de fermetures "ni d'hôpitaux ni d'écoles" d'ici 2022.

Au plan éducatif, il a notamment souhaité des classes de 24 élèves maximum de la grande section de maternelle au CE1.

S'exprimant longuement sur les questions institutionnelles, le chef de l'Etat a confirmé, sans précision, vouloir instaurer une "part significative de proportionnelle", rejetant en revanche l'instauration du vote blanc et du vote obligatoire.

Il souhaite réformer le référendum d'initiative partagée instauré en 2008 en abaissant le seuil de déclenchement à 1 million de signatures citoyennes. Quant au référendum d'initiative citoyenne (RIC), revendication récurrente des "gilets jaunes", il souhaite l'instaurer au niveau local en créant "une forme de droit d'interpellation des élus" qui pourront "inscrire un sujet à l'ordre du jour d'une assemblée locale".

Il a confirmé sa volonté de réformer le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui intègrera "dès le mois de juin" 150 citoyens tirés au sort, qui plancheront en tout premier lieu sur les questions climatiques.

M. Macron a également annoncé "un nouvel acte de décentralisation" pour début 2020 et "une profonde réorganisation de l'administration" que le Premier ministre Edouard Philippe présentera au mois de mai.

Il a qualifié de "rumeur", sans la désigner précisément, la suppression de l'ENA, très critiquée depuis une semaine, mais expliqué vouloir mettre fin aux "grand corps" de la fonction publique.

Alors qu'ONG, opposition mais aussi aile écologiste de la majorité se sont inquiétées ces derniers jours de la faiblesse des annonces en matière d'environnement, M. Macron a expliqué vouloir mettre en place un "Conseil de défense écologique".

Il présidera cette instance qui réunira le Premier ministre et les ministres concernés et devra "prendre les choix stratégiques et mettre au coeur de toutes nos politiques cette urgence climatique".

Souvent critiqué sur ce thème, le président a également promis d'être "intraitable" face à "l'islam politique qui veut faire sécession avec notre République".

Les membres du gouvernement sont appelés à "se mettre en ordre de bataille très rapidement" pour défendre et lancer les mesures annoncées, a indiqué la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Pour cela, le Premier ministre Edouard Philippe réunira lundi en "séminaire" ministres et responsables de la majorité, avec l'"ambition de changer la méthode de l'action gouvernementale".

Les Français attendaient ces annonces avec scepticisme. Tout en approuvant les principales mesures confirmées par le président, plus de trois quart d'entre eux (76%) estiment que le grand débat n'aura pas permis d'améliorer la situation politique, économique et sociale du pays, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès.


Les mesures de Macron

- Il ne veut plus de fermetures "ni d'hôpitaux ni d'écoles" d'ici 2022

- Il veut des classes de 24 élèves maximum de la grande section de maternelle au CE1

- Il souhaite "un nouvel acte de décentralisation" début 2020

- Il veut faciliter le référendum à l'initiative du peuple, écarte le RIC

- Il souhaite mettre fin aux "grands corps" de la fonction publique

- Il annonce la reconduction de la prime exceptionnelle défiscalisée

- Il demande de "travailler davantage" pour financer la baisse d'impôts

- Il veut mettre en place un "conseil de défense écologique"