L'homme qui vient de claquer la porte des LR et de rejoindre le gouvernement d'Elisabeth Borne est accusé de violences sexuelles par deux femmes. Les faits, révélés par Mediapart, remonteraient à 2010 et 2011. La plainte de 2017 d'une de ces deux femmes aurait été classée sans suite. “Je suis soulagée que ça sorte, parce que j’avais tapé à pas mal de portes pour que quelqu’un fasse quelque chose après le classement de la plainte, que j’ai trouvé injuste”, a-t-elle confié à l'AFP.

Si Damien Abad conteste "avec la plus grande force" ces accusations, plusieurs appels à la démission ont été lancés à son encontre. Invité sur France Inter, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, a demandé à Abad de quitter le gouvernement. "Il faut prendre des décisions difficiles mais qui permettent que les femmes et Damien Abad puissent être entendus. Il y a des signaux clairs à donner, on ne peut pas revivre ce qu’on a vécu sur l’affaire Hulot", a-t-il commencé.

Et de poursuivre : "Si j’étais Premier ministre, je dirais à Damien Abad : 'Je n’ai pas de raison particulière de penser que les femmes mentent, parce que je ne vois pas les raisons qui les motiveraient à cela. Il y a un doute qui existe aujourd’hui. La parole des femmes doit être respectée. Donc, dans l’attente d’une décision de justice, je souhaite que tu ne sois pas au gouvernement'”.


Sur RTL, Sandrine Rousseau a demandé à Elisabeth Borne de "prendre ses responsabilités". "La question n’est pas sa démission à lui, mais le fait qu’il soit démis de ses fonctions sur le principe de précaution", a estimé la candidate Nupes sur RTL, en regrettant que les signalements envoyés à LREM n'aient pas été pris "suffisamment au sérieux".

Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, a quant à lui estimé sur le plateau de "Dimanche en politique", sur France 3, que Damien Abad n'aurait jamais dû être nommé. "De ce que je comprends, c'est un secret de polichinelle, son attitude à l'égard des femmes. (...) J'appelle le procureur à se saisir, qu'il puisse y avoir une enquête."

"Il y a un signalement qui a été fait à un niveau extrêmement élevé de responsabilités. Ils n'en ont tiré aucune conclusion avant (...) M. Damien Abad pourrait aussi en tirer des conclusions personnelles", a commenté Jean-Luc Mélenchon à propos de l'affaire.

Eric Zemmour, leader de Reconquête! et lui-même mis en cause pour des violences sexuelles, a soutenu Damien Abad. "Concernant le maintien de M. Abad au gouvernement, Je suis contre le principe de précaution mais pour le respect de la présomption d’innocence. Ce sont deux philosophies de la vie en société", a-t-il assuré sur CNews.

Une mauvaise réputation

Dans son parti, les accusations sont lui d’être une surprise. Selon des témoignages recueillis par Libération, Damien Abad avait une réputation de "lourd dragueur" et était souvent l’objet de blagues et rumeurs. "C’était devenu une blague super récurrente de mimer l’handicapé qui attrape la fille de force", se souvient une membre de LR. "Dès que j’en parlais avec des membres de cabinet ministériel ou des députés En marche, je leur disais : ‘Abad, faites attention, parce que chez nous il y a beaucoup de rumeurs qui circulent…’ ", raconte cet autre député du parti. 

"Il ne peut y avoir aucune impunité"

Dans la majorité, les réactions sont moins catégoriques. Interviewé sur franceinfo, Gilles Le Gendre (député LREM de Paris) a estimé qu'il fallait "être extrêmement scrupuleux, dans le respect absolu de la parole des victimes éventuelles, et aussi avec le même niveau de scrupule, le respect des procédures et des autorités". "À ce stade je ne suis ni informé ni compétent pour en dire plus", a-t-il répondu.

De son côté, Elisabeth Borne assure ne pas avoir été au courant avant les révélations dans la presse. "Je n'ai pas plus d'éléments que le fait que l'affaire a été classée sans suite", a-t-elle déclaré ce week-end lors d'un déplacement. "Je peux vous assurer que s'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision." La Première ministre a également prévenu ; "Je vais être très claire : sur tous ces sujets de harcèlement, d'agressions sexuelles, il ne peut y avoir aucune impunité".


Notons que Damien Abad n'est pas le premier ministre du gouvernement Borne à faire l'objet de telles accusations. Le ministre de l'Interieur, Gérald Darmanin, avait lui aussi été visé par des accusations de viol. Il avait bénéficié d'un non-lieu par réquisitoire en 2022. Une autre plainte, déposée contre lui pour "abus de faiblesse", avait quant à elle été classée sans suite.