Signe d'un contexte sanitaire et sécuritaire difficile en France, Jean-Luc Mélenchon a dû attendre de longues minutes la fin des pages consacrées aux élections américaines et au coronavirus par le journal télévisé.

Puis il a mis fin au faux suspense concernant 2022: "Je suis prêt. Je propose ma candidature. Mais à une condition, je demande une investiture populaire: je serai candidat définitivement si et seulement si j'ai recueilli 150.000 signatures de parrainage, à ce moment-là je me sentirai investi par le peuple".

Le tribun Insoumis, 69 ans, devrait aisément récolter ces parrainages. Il a lui-même estimé, la semaine dernière, que ce seuil, qu'il propose pour l'ensemble des candidatures à la présidentielle, correspond au score des "petits candidats" et ne constitue donc pas une barrière difficile à franchir.

Mais il espère ainsi convaincre qu'il ne présente pas une troisième candidature après 2012 et 2017 envers et contre tout, alors que le pays est confiné et que l'épidémie fait de plus en plus de morts chaque jour.

"Quand tout va mal, et que cela semble nuit noire pour beaucoup de monde qui ne trouvent pas leur compte dans cette société, il faut allumer une lumière", a dit Jean-Luc Mélenchon.

"Le paysage n'est pas celui auquel on avait pensé, avec l'angoisse des attentats et du confinement", reconnaît son disciple et ami le député Alexis Corbière auprès de l'AFP. "Mais il y a aussi plus que jamais l'idée qu'il ne faut pas trop tarder afin de faire une campagne longue".

"Jean-Luc Mélenchon, c'est un peu le candidat permanent", a critiqué dimanche le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, dénonçant le choix du leader insoumis de se déclarer en pleine crise sanitaire.

- "Page blanche" -

Sur le plan purement politique, Jean-Luc Mélenchon sait aussi qu'il part affaibli par rapport à sa 4e place de 2017 (19,58%), alors même qu'il devra faire progresser ce score pour se qualifier au second tour.

Son image a été atteinte par sa réaction colérique à la perquisition au siège de LFI en 2018 et il est régulièrement pointé du doigt à droite et dans la majorité pour son rapport à la laïcité.

Les sondages le placent très loin d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen. "Je ne crois pas que ce soit sur cette ligne-là que la gauche puisse remporter l'élection présidentielle", a taclé dimanche l'ancien président François Hollande sur France 3.

Se déclarer dès dimanche, à 18 mois du scrutin, soit encore plus tôt que pour l'élection de 2017, a aussi pour but de couper l'herbe sous le pied des Verts, qui n'auront de candidat officiel que l'été prochain. Car ce sont eux qui occupent désormais une position centrale à gauche après la réussite de leurs élections européennes (13,5%) et municipales (plusieurs grandes villes remportées) - que les Insoumis ont ratées.

"Mélenchon a pour lui d'être identifié, d'être un repère, une vigie. Les gens qui ne s'intéressent pas à la politique connaissent cinq ou six personnalités au maximum et lui en fait partie", relève cependant l'eurodéputé Emmanuel Maurel, allié à LFI.

Le dispositif de campagne aura un cadre inédit et ne se limitera pas à La France insoumise, selon un membre du Parti de gauche (PG), créé par M. Mélenchon en 2008.

"C'est la théorie de la poupée russe: il construit chaque fois une couche supplémentaire sur son socle", analyse cette source. "Ça a d'abord été le PG, puis le Front de gauche avec les communistes en 2012, puis LFI en 2016 pour sa campagne de 2017. Chaque étape lui a permis de gagner des voix".

Un ancien compagnon de route est sceptique: "Ils veulent refaire le coup de la page blanche: à la présidentielle on repart de zéro et le talent de Mélenchon fera le reste. Mais c'est sous-estimer ce à quoi va ressembler 2022".

Pour Alexis Corbière, il faudra aller chercher les abstentionnistes: "Jean-Luc sera à nouveau un candidat qui se veut populaire, apportant des solutions aux crises sociale, écologique et démocratique".