Suivi par 1,3 million de personnes sur Twitter, Mahathir Mohamad, l'ancien Premier ministre de Malaisie, est revenu dans une série de tweets sur les événements ayant eu lieu ce jeudi en France.

L'homme a commencé par commenter la mort de Samuel Paty, professeur décapité pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression. "Le meurtre n'est pas un acte que j'approuverais en tant que musulman. Mais si je crois en la liberté d'expression, je ne pense pas que cela inclue le fait d'insulter d'autres personnes", écrit-il.

A la fin de sa tirade, où il expose ses idées sur la façon de s'habiller des femmes en Europe, Mahathir Mohamad s'en prend à Emmanuel Macron. "Macron ne montre pas qu'il est civilisé. Il est très primitif lorsqu'il blâme la religion de l'Islam et les musulmans pour le meurtre du professeur", peut-on lire.

Selon lui, les Français ont tué des millions de personnes par le passé, dont beaucoup de musulmans, ce qui justifie la colère de ces derniers. "Les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé", déclare-t-il. Avant de poursuivre : "puisque vous avez blâmé tous les musulmans et la religion des musulmans pour ce qui a été fait par une personne en colère, les musulmans ont le droit de punir les Français. Le boycott ne peut pas compenser les torts commis par les Français pendant toutes ces années."


Des propos graves, dans un climat déjà très tendu en France. Rapidement après leur publication, l'un de ses tweets a rapidement été masqué par Twitter. "Le tweet a enfreint les Règles de Twitter ", peut-on lire à la place des propos de l'ancien Premier ministre.

Twitter retire le tweet de l'ex-PM malaisien

Twitter, pressé par le gouvernement français, a finalement retiré jeudi un message de l'ex-Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, estimant peu après un attentat à Nice que les musulmans avaient le droit "de tuer des millions de Français".

"Au cours de leur histoire, les Français ont tué des millions de gens. Beaucoup étaient musulmans. Les musulmans ont le droit d'être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres du passé", a écrit Mahathir Mohamad.

La plateforme avait auparavant maintenu pendant un certain temps ce tweet, invoquant un "intérêt pour le public", tout en l'accompagnant d'un avertissement.

Se référant à la décapitation le 16 octobre d'un enseignant français qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves, dans le cadre de son enseignement, M. Mahathir a ainsi également déclaré qu'il n'approuvait pas l'attentat mais que la liberté d'expression n'incluait pas "les insultes à l'égard d'autrui".

"Quelle que soit la religion mise en cause, les gens qui sont en colère tuent", a affirmé l'ex-Premier ministre, âgé de 95 ans, auteur dans le passé de déclarations controversées sur les juifs et les homosexuels.

M. Mahathir, qui a occupé à deux reprises le fauteuil de Premier ministre pendant une durée cumulée de 24 ans, a jugé que le président français Emmanuel Macron était "très primitif".

"Les Français devraient enseigner à leurs citoyens le respect des sentiments d'autrui. Puisqu'on accuse tous les musulmans et la religion des musulmans pour ce qu'une personne en colère a fait, les musulmans ont le droit de punir les Français", a-t-il poursuivi. "Le boycott ne peut pas compenser les méfaits commis par les Français toutes ces années".

Il n'a fait aucune référence à l'attaque de Nice, commise selon une source française proche de l'enquête au cri d'"Allah Akbar" ("Dieu est le plus grand", en arabe).

- "Complice d'un appel au crime" -

Le secrétaire d'Etat français au numérique Cédric O a appelé la plateforme américaine à suspendre le compte et à retirer le message mentionnant que les musulmans auraient "le droit de tuer des millions de Français".

"Je viens de m'entretenir avec le Directeur Général de Twitter France. J'ai exigé que le compte de (Mahathir Mohamad) soit immédiatement suspendu. Twitter ne saurait se rendre complice d'un appel au crime", a-t-il indiqué sur son compte personnel, en français et en anglais.

Twitter a maintenu, dans un premier temps, le message en y ajoutant la mention suivante: "Ce tweet a enfreint les règles relatives à la glorification de la violence. Toutefois, Twitter a déterminé que sa disponibilité peut présenter un intérêt pour le public".

Puis le tweet en question a finalement été retiré. Les autres propos mis en ligne par Mahathir Mohamad restaient eux visibles.

Après la décapitation de l'enseignant français, Samuel Paty, par un jeune de 18 ans Russe tchétchène, Emmanuel Macron a promis que la France ne renoncerait pas aux caricatures, au nom de la liberté d'expression.

Ses propos ont entraîné dans plusieurs pays musulmans de vives tensions, allant de manifestations jusqu'au boycott de produits français.