Monde Pour Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP-Défense, survoler ainsi une zone de conflit est "une folie".

Patrick Descy est secrétaire permanent CGSP-Défense. Il a longtemps travaillé dans les technologies infrarouges.

Selon les éléments dont nous disposons et qui restent à confirmer, le tir de missile sol-air aurait été mené à l’aide d’un lanceur Buk. Quelle est cette technologie ?

"Un lanceur Buk, de fabrication russe ou ukrainienne, lance des missiles SA11. Ce sont des missiles sol-air guidés par radar avec un système de semi-guidage. La personne qui tire doit nommément désigner la cible. Le vol MH17 circulait à 10.000 mètres d’altitude, ce qui est facilement atteignable par le SA11, qui peut toucher sa cible à 20.000 m. C’est un missile qui date des années 1980. Il dispose d’une charge de 78 kilos qui explose par fragmentation à l’approche de la cible, un peu comme de la chevrotine. C’est largement suffisant pour détruire une aile ou endommager le cockpit, et ainsi abattre l’avion. Le SA11 est une arme puissante, multi-usages."

L’enquête sera-t-elle difficile à mener ?

"L’enquête ira très vite. Si le crash est dû à un missile à fragmentation comme le SA11, on le verra de suite. De la même manière, si le crash est dû à un attentat mené à l’intérieur de l’avion, on le saura aussi. Toute la difficulté sera de savoir d’où vient le tir. Deux fêlés peuvent s’être emparés d’un lanceur de SA11 Gad-Fly et l’avoir utilisé."

N’y avait-il pas un risque terrible pour un vol commercial à survoler une zone de conflit ?

"C’est extrêmement délicat. Par exemple, quand des Belges se rendent en Afghanistan, ils atterrissent au Tadjikistan et sont transportés vers un vol C130 qui dispose de dispositifs antimissiles. Le pilote du MH17 a pu se rendre compte qu’il était la cible d’un missile, quand bien même, il ne pouvait rien faire. Aucun moyen de s’en sortir. Si l’on apprend que beaucoup de compagnies survolaient l’Ukraine, alors c’est de la folie ! On ne sait jamais entre quelles mains peuvent tomber des systèmes d’armes. Les compagnies calculent au litre de carburant près pour rester rentables. Le facteur économique est en jeu, mais c’est un fameux risque qu’ils ont pris."


"On a affaire à des professionnels"

Pierre Servent, expert militaire, est spécialiste des questions de défense.

"À ma connaissance, le type de missile sol-air que possèdent les séparatistes russes ne permet pas d’atteindre un avion à 10.000 mètres d’altitude. Ils ont des missiles du même type que les Stinger utilisés en Afghanistan ou les Mistral français. Ils ont une portée de cinq à six kilomètres. Par ailleurs, ces missiles sol-air de courte portée qui permettent par exemple d’abattre un hélicoptère ou un avion à très basse altitude, en approche pour se poser, ne demandent pas une importante formation pour être mis en action. Il est assez facile de la dispenser à des combattants un peu futés en quelques jours. En revanche, pour atteindre un avion à très haute altitude, on ne peut qu’avoir affaire à des batteries de missiles sol-air assez sophistiquées, comme les batteries Crotale en France dont la portée va jusqu’à 45 kilomètres. Là, on a affaire à un personnel professionnel car il y a un radar d’acquisition, etc. Tout ça ne se fait pas avec quelques séparatistes sur le coin du feu."