C’est presque en tant que chef d’État qu’Arnold Schwarzenegger a pris la parole ce dimanche suite aux événements du Capitole qui ont accompagné l’officialisation de l’élection de Joe Biden au Capitole le mercredi 6 janvier. C’est l’air grave, le ton ferme, avec des mots percutants choisis avec soin, et des références aux grandes figures de la nation comme John F. Kennedy et Théodore Roosevelt, qu’il s’est adressé aux Américains mais aussi au monde. Le tout flanqué de la bannière étoilée et du drapeau de la Californie, État dont il a été le gouverneur lors de deux mandats successifs sous l’étiquette républicaine.

Une tentative de putsch

L’acteur n’hésite pas à parler de tentative de putsch pour qualifier ce qui s’est passé à Washington. Plus fort, il compare l’invasion du Capitole à la tristement célèbre nuit de cristal au cours de la laquelle les nazis s’en sont pris aux Juifs en 1938, en Allemagne. Il commence par rappeler qu’il est né en Autriche en 1947, deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un pays alors en ruine après avoir perdu sa démocratie.

Il évoque un passé douloureux à propos duquel il n’avait jamais publiquement pris la parole. Il parle de tous ces gens brisés par la culpabilité d’avoir participé au plus terrible des régimes de l’histoire. L’acteur se souvient de son père qui revenait saoul une à deux fois par semaine après avoir noyé dans l’alcool ses souffrances physiques et mentales liées à la guerre, criant et frappant ses enfants, effrayant son épouse. Autant de scènes étaient aussi de mise chez le voisin, le voisin du voisin et ainsi de suite.

Mensonges et intolérance

“Tout ça a commencé par des mensonges et l’intolérance, indique Arnold Schwarzenegger. Étant originaire d’Europe, j’étais au premier rang pour voir comment les choses peuvent déraper de manière incontrôlée. Je sais qu’il y a une peur dans ce pays et partout dans le monde que ce qui s’est passé à l’époque puisse se reproduire ici (aux États-Unis, NdlR.). Je ne crois pas que cela arrivera mais je crois aussi qu’il faut être conscient des conséquences désastreuses qu’entraînent l’égoïsme et le cynisme.”

À ses yeux, les événements du Capitole, c’est la nuit de cristal des Américains, le tout orchestré par les Proud Boys, l’équivalent aux États-Unis des nazis allemands, dit-il. “La meute ne s’est pas contentée de briser les vitres du Capitole, elle a tenté de briser des valeurs que nous considérons comme acquises. Elle ne s’est pas contentée d’enfoncer les portes du bâtiment qui abrite notre démocratie, elle a piétiné les principes fondamentaux sur lesquels notre pays a été bâti.”

Trump aussi insignifiant qu'un vieux tweet...

Dans sa prise de parole, il n’épargne personne, à commencer par Donald Trump qui a cherché à renverser le résultat d’une élection régulière en trompant les gens avec des mensonges. “Le président Trump est un leader raté. Il restera dans l’histoire comme le pire président de tous les temps. La bonne chose est qu’il sera bientôt aussi insignifiant qu’un vieux tweet.”

Il n’est pas plus tendre avec les membres de l’appareil d’État qui ont permis ces mensonges et la tricherie, rappelant, comme l’a dit Théodore Roosevelt, que le patriotisme signifie se dresser pour son pays et non pour son président. Il pointe aussi un doigt accusateur sur certains membres de son propre parti, les Républicains, qui de manière insouciante ont permis que tout cela arrive. Il les juge complices d’avoir porté le drapeau de l’insurrection dans le Capitole tout en se félicitant que la démocratie a tenu le choc.

L'épée de Conan

Il en est convaincu, après ces jours sombres, l’Amérique va se retrouver et brillera à nouveau. Il empoigne alors une lourde épée posée sur son bureau. “Vous voyez cette épée, c’est celle de Conan. Plus vous forgez une épée, plus elle devient solide. […] Notre démocratie est comme le fer de cette épée, plus vous la forgerez, plus fort elle deviendra.”


“Quel que soit votre bord politique, je vous demande de vous joindre à moi pour dire au président élu Joe Biden de réussir en tant que président. S’il réussit, notre nation réussit. […] Quant à ceux qui pensent qu’ils peuvent contourner la constitution des États-Unis, sachez ceci : vous n’y parviendrez jamais. Président Biden, nous nous tenons à vos côtés aujourd’hui, demain et pour toujours afin de défendre notre démocratie de ceux qui la menacent”, conclut-il de façon solennelle.