Monde La réserve naturelle de Scandola, en Corse, est prise d’assaut chaque été par des milliers de touristes. 

Classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1975, la réserve naturelle de Scandola, en Corse, ce sont 1 669 hectares - sur terre et en mer - de nature préservée, où vivent et se reproduisent deux espèces emblématiques : le mérou et le balbuzard pêcheur. Mais là, comme dans bien d’autres lieux de par le monde, l’arrivée massive de touristes a fragilité l’écosystème et, aujourd’hui, c’est toute une population de poissons et d’oiseaux qui est en danger. Un drame que n’a de cesse de dénoncer, depuis trente ans, Jean-Marie Dominici, le conservateur des lieux.

Pour tenter de mieux comprendre ce qui se joue aux abords des côtes de l’île de Beauté, Emmanuel Roblin a embarqué ses caméras dans l’un des nombreux petits bateaux qui proposent aux vacanciers de découvrir cet endroit magique. Car c’est bien tout le drame de Scandola : sa beauté attire des touristes qui font fonctionner l’économie de la Corse. Mais qui détruisent, bien malgré eux, des sites qui, si l’on continue de les exploiter sans retenue, ne seront bientôt plus qu’un souvenir, que les générations futures ne pourront jamais arpenter.

Équation insoluble ? C’est ce que suggère le commentaire de Scandola, combat pour un sanctuaire, qui donne la parole à toutes les parties. Se succèdent ainsi les bateliers, les pêcheurs - sans doute les plus éclairés et les plus en phase avec les lieux - les autorités et quelques touristes aussi.

Pour étayer scientifiquement son propos, le réalisateur interroge aussi des ornithologues, plongeurs et autres chercheurs qui, depuis longtemps, ont compris que Scandola et son herbier à Posidonie - une véritable prairie sous-marine où vivent d’innombrables espèces et qui en nourrit autant - était un laboratoire exemplaire. Plongés dans la grande bleue, on ne peut que s’émerveiller de voir s’y croiser tant d’espèces, dans l’apparente quiétude des grands fonds.

Apparente car quand on mesure - ce qui est fait dans le documentaire - le niveau sonore auquel doivent faire face les animaux, on en reste pantois. Les dizaines de bateaux qui croisent tout près des roches déchiquetées de Scandola produisent un bruit terrifiant. Qui dérange aussi les oiseaux, rares et fragiles, qui nichent au sommet des roches.

Convaincu qu’il faut se battre et ne rien lâcher, Jean-Marie Dominici tance les pilotes des embarcations qui se sont aventurées trop près des plages. Il rembarre un énorme bateau de croisière, met tout son cœur à défendre ce coin de paradis. Mais l’homme a sans doute été trop véhément et l’on découvre qu’on l’a prié de se taire. Aujourd’hui, il se repose, pour de long mois, victime d’un burn out qui n’est pas nommé. En attendant, Scandola la magnifique souffre des excès des hommes…