Dans les Alpes françaises, les sommets des montagnes sont souvent recouverts de neige immaculée. Mais quand vient l'été la neige se pare à quelques endroits de teintes rouges orangées. Certains ont appelé ce phénomène "le sang des glaciers", d'autres ont préféré le plus sobre "neige pastèque". Mais il semblerait que le mystère ait enfin trouvé une explication.

Selon une équipe de chercheurs, dont les conclusions ont été publiées dans la revue Frontiers in Plant Science et relayées par le New York Times, cette couleur s'explique par la présence d'algues des neiges. Ces algues, normalement invisibles, prennent des teintes plus vives en été. La variété Sanguina, qui colore la neige en rouge, n'a toutefois été repérée qu'à partir de 2000m d'altitude, ce qui explique que vous n'avez peut-être jamais rien remarqué en été si vous n'étiez pas monté si haut.

D'où viennent ces algues des neiges?

Dans leurs conclusions, les chercheurs du CNRS, du CEA, de Météo France, de l'INRAE et de l'Université de Grenoble ont expliqué que la couleur rouge provenait de pigments et autres molécules que les algues des neiges utilisent pour se protéger des rayons ultraviolets, comme une sorte de crème solaire. Même s'ils ne savent pas encore dans quelles proportions, les scientifiques assurent que ces algues absorbent davantage la lumière du soleil, ce qui ferait fondre la neige plus rapidement et accélérerait la fonte des glaciers

Eric Maréchal, directeur de recherche au laboratoire de physiologie cellulaire et végétale de Grenoble, confirme au Parisien que "la couleur rouge de la neige est problématique pour l'environnement". "Elle réfléchit moins le rayonnement solaire, chauffe et fond plus vite. Sur des zones sans glacier, cela raccourcit la durée d'enneigement, avec des conséquences en cascade sur l'alimentation des barrages ou l'irrigation agricole en plaine. C'est paradoxal: plus les microalgues se multiplient, plus elles contribuent à la disparition de leur milieu."

"Ces dernières années, les habitats alpins ont connu une prolifération de ces algues", note pour sa part le New York Times. "Et ce n'est pas bon signe", conclut-il. Sur le papier, pourtant, les algues sont très utiles. "Elles produisent une grande quantité de l'oxygène mondial", explique Adeline Stewart, une des auteurs de l'étude et enseignante à l'Université de Grenoble Alpes. "Mais elles peuvent parfois déséquilibrer les choses."

Dans le futur, les chercheurs espèrent pouvoir répertorier toutes les espèces de micro-algues peuplant la neige. Ils veulent aussi comprendre ce qui cause leur prolifération, si c'est le réchauffement climatique ou d'autres phénomènes liés à l'agriculture par exemple.