"Nous avons décidé la mise en oeuvre des sanctions contre les responsables de la répression au Bélarus", a annoncé le président du Conseil Charles Michel au cours d'une conférence de presse commune avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Avec cet accord, "nous sommes crédibles", a-t-il insisté au terme du premier jour de ce sommet consacré aux relations internationales et destiné à affirmer le rôle de l'Europe comme "puissance géopolitique".

Il a précisé que le président Alexandre Loukachenko ne figurait pas sur la liste qui comprend "une quarantaine de noms".

Ces sanctions seront "effectives dès vendredi", a-t-il assuré. Et la liste n'est pas fermée, a-t-il précisé. "Si ça se durcit, on ne s'interdit pas de mettre M. Loukachenko sous sanctions", a assuré le président français Emmanuel Macron au cours d'un point de presse.

Leur adoption était réclamée par l'opposition bélarusse. "Cela pourrait nous aider beaucoup", avait plaidé jeudi à la radio RTL sa cheffe de file, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie après avoir contesté le résultat de la présidentielle du 9 août.

Le principe de ces sanctions avait été approuvé il y a plusieurs mois, mais Chypre conditionnait son accord à une prise de position ferme de l'UE contre les violations de sa souveraineté par la Turquie. L'unanimité des 27 était requise pour leur mise en oeuvre.

Le président Níkos Anastasiádes a obtenu gain de cause après plus de sept heures de "discussions passionnées".

Double approche

L'UE a adopté une double approche vis-à-vis d'Ankara avec l'engagement d'améliorer certaines coopérations et de relancer l'union douanière si la Turquie cesse ses forages illégaux dans les eaux de Chypre, a expliqué Charles Michel.

"Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition", a averti Ursula von der Leyen. La Commission a été chargée d'élaborer des sanctions économiques et elle sont prêtes pour être "utilisées immédiatement", a-t-elle précisé.

Le président Recep Tayyip Erdogan a été invité à "saisir cette offre" et les dirigeants de l'UE sont convenus de juger "avant la fin de l'année si des développements positifs ont été enregistrés", a précisé Charles Michel.

"La solidarité à l'égard de la Grèce et de Chypre (...) est non négociable", avait averti Emmanuel Macron à son arrivée à Bruxelles.


"Nous espérons une nouvelle dynamique dans nos relations avec la Turquie", a commenté Angela Merkel, jugeant le sommet "réussi".

"L'Union européenne a beaucoup d'intérêt à développer une relation réellement constructive avec la Turquie, malgré toutes les difficultés", avait fait valoir la chancelière allemande.

Signe d'une volonté d'apaisement de la part d'Ankara, un accord a été trouvé jeudi à l'Otan entre la Grèce et la Turquie sur un mécanisme pour éviter les conflits et le président Erdogan s'est dit déterminé "à maintenir les voies du dialogue ouvertes" avec l'UE.

Les tensions avec Ankara ne sont pas apaisées pour autant. Les dirigeants européens ont dit leur préoccupation face à la montée des hostilités au Nagorny Karabakh, théâtre de combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais, et ont condamné toute "ingérence extérieure", une mention visant implicitement Moscou et Ankara.


Emmanuel Macron a affirmé disposer d'informations sur la présence de "300 combattants syriens de groupes jihadistes" dans ce territoire en majorité peuplé d'Arméniens, qui a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la fin de l'URSS, et a demandé "des explications" au président Erdogan. Il a par ailleurs appelé l'Otan à "regarder en face" les actions d'Ankara, membre de l'alliance.

Les discussions ont en revanche été plus apaisées sur les autres sujets à l'ordre du jour. Les dirigeants européens ont adopté "sans discussions ni débats" leur stratégie vis-à-vis de la Chine et se sont engagés pour une nouvelle réunion avec le président Xi Jinping en 2021.

Ils ont toutefois insisté dans leurs conclusions sur "les graves préoccupations que leur inspire la situation des droits de l'homme, y compris l'évolution de la situation à Hong Kong et le traitement des personnes appartenant à des minorités", sans citer nommément les Ouïghours.