Monde

L'Ukraine est entrée dimanche dans une nouvelle ère en se dotant d'un chef de l'Etat par intérim en remplacement de Viktor Ianoukovitch, destitué la veille et introuvable depuis.


Poutine et Merkel ont discuté de la situation en Ukraine

Le président russe Vladimir Poutine a discuté dimanche avec la chancelière allemande Angela Merkel de la situation en Ukraine, a annoncé le Kremlin.

M. Poutine et Mme Merkel se sont entretenus par téléphone à l'initiative de cette dernière, précise le service de presse du Kremlin dans un communiqué, sans donner plus de détails sur leur conversation concernant l'Ukraine.

Une source du gouvernement allemand a pour sa part indiqué dans un communiqué que Mme Merkel avait appelé l'opposante ukrainienne Ioulia Timochenko à oeuvrer en faveur de l'unité de l'Ukraine et de l'opposition.

Elle a également proposé à l'opposante ukrainienne de venir se soigner en Allemagne, selon cette source. Mme Timochenko souffre notamment de problèmes de dos. Une équipe de médecins allemands avait obtenu l'autorisation de l'examiner en avril 2012, mais leur recommandation de la soigner en Allemagne n'avait jamais été acceptée par Kiev.

Le parti de Mme Timochenko, Batkivchtchina (Patrie), a pour sa part annoncé que l'opposante rencontrerait "très prochainement" Mme Merkel.

Berlin s'est fortement engagé pour trouver une issue à la crise politique qui a secoué ces derniers mois l'Ukraine, et qui a abouti à la destitution du Président Viktor Ianoukovitch, introuvable depuis samedi.

La Russie avait dénoncé samedi par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov l'attitude de l'opposition ukrainienne et mis en garde contre une menace sur la souveraineté de l'Ukraine.

Un gouvernement pour mardi

Le président du Parlement Oleksandre Tourtchinov, un proche de l'opposante Ioulia Timochenko, a été élu à une très large majorité chef d'Etat par intérim par les députés.

Le président du Parlement assume les responsabilités du chef de l'Etat en cas de vacance du pouvoir, d'après la constitution ukrainienne. Les parlementaires se sont aussi mis d'accord pour former d'ici à mardi un gouvernement d'union nationale.


Ianoukovitch critiqué au sein de son propre camp

M. Ianoukovitch, qui avait refusé samedi de démissionner et dénoncé un "coup d'Etat", a entretemps été lâché par son propre parti, le Parti des Régions.

"L'Ukraine a été trahie, les Ukrainiens dressés les uns contre les autres", a indiqué le parti dans un communiqué. Viktor Ianoukovitch est "responsable des événements tragiques" en Ukraine, selon lui.

On ignorait dimanche où se trouvait l'ex-président, qui aurait tenté en vain de fuir en Russie samedi en corrompant des garde-frontières, selon M. Tourtchinov.


La vie reprend à Kiev

Dimanche, le centre de Kiev, métamorphosé en quasi-zone de guerre après trois mois de crise aigüe, renouait avec un semblant de normalité, avec la réouverture des magasins fermés depuis plusieurs jours.

Des centaines de personnes, familles avec jeunes enfants, curieux bardés d'appareils photo, sympathisants émus défilaient dans la rue Institutska, théâtre des pires massacres de la semaine, pour observer de leurs propres yeux les barricades et leurs défenseurs et rendre hommage aux victimes.

Près de 80 personnes sont mortes au cours de la semaine, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l'ex-Union soviétique.

Dans le même temps, le siège du Parti communiste, allié du parti de Viktor Ianoukovitch au Parlement, a été saccagé par des manifestants et les inscriptions "Criminels", "assassins", "esclaves de Ianoukovitch" ont été taguées sur la façade du bâtiment.

Quelques 40 statues de Lénine ont aussi été déboulonnées ou vandalisées depuis le début de la semaine, principalement dans l'est du pays, selon les médias ukrainiens.

Des documents potentiellement explosifs détaillant un système de pots-de-vin organisé et une liste de journalistes à surveiller ont par ailleurs été découverts dans la résidence de M. Ianoukovitch en banlieue de Kiev.


Ioula Timochenko va rencontrer Merkel

Quant à Ioulia Timochenko, l'ex-égérie de la Révolution orange tout juste sortie de prison, elle devait consacrer sa première journée de liberté à rencontrer des ambassadeurs occidentaux, avant de rendre visite à sa mère à Dniepropetrovsk (est), selon son parti Batkivchtchina (Patrie).

Elle doit rencontrer "très prochainement" la chancelière allemande Angela Merkel, a-t-il annoncé un peu plus tard.

Elle n'a en revanche pas encore formulé publiquement de projet politique dans la perspective de la présidentielle anticipée du 25 mai, selon une porte-parole du parti.

Mme Timochenko, apparaissant affaiblie après deux ans et demi de prison et contrainte à se déplacer en fauteuil roulant, avait été acclamée samedi soir par la foule sur le Maïdan. Elle avait rendu hommage aux "héros" de l'Ukraine.

"Si quelqu'un vous dit que c'est terminé et que vous pouvez rentrer chez vous, n'en croyez pas un mot, vous devez finir le travail", a-t-elle lancé devant plus de 50.000 personnes.

Ioulia Timochenko pas intéressée par le poste de Premier ministre

L'opposante Ioulia Timochenko a déclaré dimanche qu'elle n'était pas intéressée par le poste de Premier ministre en Ukraine, dans un message publié sur le site internet de son parti, au lendemain de sa libération.

"Je vous demande de ne pas envisager ma candidature pour le poste de Premier ministre", a écrit Ioulia Timochenko. Un nouveau gouvernement d'union nationale doit être formé d'ici mardi en Ukraine, où le président Viktor Ianoukovitch a été destitué samedi par le parlement.

Un mandat d'arrêt contre Ianoukovitch demandé par l'opposition

Dans un paysage politique totalement chamboulé en l'espace de 24 heures, l'un des principaux responsables de l'opposition ukrainienne, le champion du monde de boxe poids lourds, Vitali Klitschko, s'est réjoui que "Ianoukovitch ait été mis KO".

Son parti, Oudar (coup), a demandé le lancement d'un mandat d'arrêt international, "pour que les criminels qui se sont enfuis ou qui souhaitent le faire n'échappent pas à la justice". Une enquête a déjà été ouverte contre 30 hauts responsables de la police, pour leur rôle dans la répression.

Si l'extrême tension des derniers jours est retombée, les inquiétudes concernant ce pays de 46 millions d'habitants restent très vives à l'étranger. Il apparaît en effet à la fois profondément divisé et au bord de la faillite financière.


Le sujet Ukraine au G20

Le sujet a été abordé lors de la réunion du G20 dimanche à Sydney. "Les Etats-Unis et d'autres pays sont prêts à aider l'Ukraine dans ses efforts de retour à la démocratie, à la stabilité et la croissance", a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, qui a espéré la formation d'un "gouvernement multipartite et technocrate, désireux de mener les réformes économiques nécessaires".


L'UE soutient le renversement du régime...

La communauté internationale a en outre clairement fait part de ses craintes que la crise n'ait encore creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone.

La représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a appelé les responsables politiques ukrainiens à agir "de manière responsable" pour maintenir l'"unité" du pays.

...mais pas la Russie

La Russie a dénoncé samedi "les extrémistes armés et les pillards dont les actes constituent une menace directe (pesant) sur la souveraineté de l'Ukraine", tandis qu'à Kharkiv (est), des responsables locaux des régions pro-russes de l'est ont remis en cause samedi la "légitimité" du Parlement ukrainien, qui selon eux travaille actuellement "sous la menace des armes".

Et à Sébastopol (Crimée, sud), une manifestation prorusse était annoncée pour dimanche à 14H00 GMT.

Une intervention russe possible ?

Interrogé par l'animateur vedette de la BBC, Andrew Marr, sur l'éventualité de "l'envoi par les Russes de chars" en Ukraine, William Hague a répondu: "nous ne savons pas, bien entendu, quelle sera la prochaine réaction des Russes. (...) Ca ne serait vraiment pas dans l'intérêt de la Russie de faire une chose pareille".

"Je vais parler demain (lundi) avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Nous sommes en discussion constante avec la Russie et il est très important que nous maintenions" ce dialogue, "surtout dans le cas où il y aurait une aide économique".

"L'économie ukrainienne est dans une situation extrêmement difficile et ils ont désespérément besoin d'un programme économique (..) afin d'éviter une situation économique encore plus grave", a-t-il jugé.

"Il sera important que la Russie ne fasse rien pour porter atteinte à ce programme économique".

Sergueï Lavrov a dénoncé samedi l'attitude de l'opposition ukrainienne après l'accord conclu la veille avec le président Viktor Ianoukovitch, qui a été ensuite destitué de facto, et mis en garde contre une menace sur la souveraineté de l'Ukraine.

"L'opposition n'a non seulement pas rempli une seule de ses obligations, mais avance de nouvelles exigences, se soumettant aux extrémistes armés et aux pillards dont les actes constituent une menace directe sur la souveraineté et l'ordre constitutionnel de l'Ukraine", a déclaré le ministre russe.

"Il y a maintenant une fenêtre d'opportunité pour l'Ukraine", a déclaré William Hague, mais "il y a encore beaucoup de dangers".

"La situation politique, même au sein de l'opposition, est très complexe et il est clair que c'est un pays divisé", a-t-il dit.

Il a souligné "l'urgence" de former un "gouvernement d'unité" et de "s'entendre sur la Constitution".

"C'est dans l'intérêt du peuple d'Ukraine d'être en mesure d'échanger commercialement plus librement avec l'Union européenne et c'est dans l'intérêt du peuple de la Russie que cela ait lieu", a-t-il martelé.

Face à cette situation, le ministre britannique des affaires étrangères, William Hague, a estimé dimanche qu'il "ne serait vraiment pas dans l'intérêt de la Russie" d'intervenir militairement en Ukraine.

La Lituanie appelle à un accord UE-Ukraine "sans délai"

La Lituanie a salué dimanche "le changement démocratique en cours" en Ukraine et a appelé à la signature rapide de l'accord d'association Ukraine-Union européenne, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

"Nous serions heureux de la signature, sans délai, de l'accord d'association avec l'UE ( ... ) dès que les nouvelles autorités démocratiquement élues et nommées de l'Ukraine seront prêtes à le faire", a indiqué le ministère dans un communiqué, soutenant de façon ferme "les perspectives et aspirations européennes de l'Ukraine".

Le pays balte s'est aussi déclaré "fermement" engagé à "soutenir la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale" de l'Ukraine.

Dans son communiqué, le ministère a salué "le leadership déterminé" du Parlement ukrainien, indiquant que ses décisions ouvraient "la voie à une résolution rapide et pacifique de la crise politique".

Il a également salué la libération de l'opposante Ioulia Timochenko et son retour sur la scène politique.

La Lituanie, qui avait assuré l'an dernier la présidence tournante de l'UE, avait joué un rôle clé dans les efforts pour sceller l'accord d'association de UE avec l'Ukraine.

Le président Viktor Ianoukovitch avait rejeté l'accord lors d'un sommet du Partenariat oriental à Vilnius.

L'Otan salue la décision de l'armée de se tenir à l'écart

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a salué dimanche la décision de l'armée ukrainienne de ne "s'impliquer en aucune manière" dans la crise que traverse le pays et réitéré la volonté de l'Alliance atlantique de coopérer avec l'Ukraine, un "partenaire proche".

"Je me félicite du communiqué de l'armée ukrainienne indiquant qu'elle n'interviendra d'aucune manière dans la crise politique. Il est important que cela continue à être le cas", a déclaré dans un communiqué M. Rasmussen.

"Les forces armées ne seront en aucune manière impliquées dans le conflit politique. Les militaires restent fidèles au peuple ukrainien", avait indiqué samedi le personnel du ministère ukrainien de la Défense, qui avait terminé son communiqué par la phrase "Gloire à l'Ukraine!", slogan favori des manifestants.

"Je suis de près les développements importants en Ukraine. Le peuple ukrainien doit déterminer son propre avenir dans la liberté et la démocratie", a également déclaré Anders Fogh Rasmussen.

"Je continue à appeler au calme et à la retenue, afin que toutes les parties puissent se concentrer sur le chemin (menant) à la démocratie, à la stabilité et à la prospérité par le biais d'un dialogue pacifique et d'élections rapides", a ajouté le secrétaire général de l'Otan, principale alliance militaire occidentale.

"L'Ukraine est un partenaire proche de l'Otan et l'Otan est un ami du peuple ukrainien. Nous souhaitons poursuivre la coopération avec l'Ukraine sur la base de la Charte de coopération Otan-Ukraine", conclue après la fin de la guerre froide et la disparition de l'URSS, a conclu M. Rasmussen.

L'Ukraine est entrée dimanche dans une nouvelle ère en se dotant d'un chef de l'Etat par intérim en remplacement de Viktor Ianoukovitch, destitué la veille et introuvable depuis.

Le président du Parlement Olexandre Tourtchinov, un proche de l'opposante Ioulia Timochenko, a été élu à une très large majorité chef d'Etat par intérim par les députés.

Mais les inquiétudes concernant ce pays de 46 millions d'habitants restent très vives à l'étranger, l'Ukraine apparaissant en effet à la fois profondément divisée entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone, et au bord de la faillite financière.