"On n'est clairement plus sur une vague, mais plutôt sur une marée, avec des coefficients au-delà de ce qu'on a pu connaître", a expliqué le Dr Christophe Couturier, responsable des urgences de l'hôpital CHDunkerque.

Pour faire face à l'afflux de patients, les soignants des hôpitaux de Dunkerque sont contraints de transférer des malades vers d'autres hôpitaux. Pour l'instant, ces transferts se limitent à des établissements du Nord-Pas-De-Calais mais "si rien ne change, dans 15 jours maximum" ces hôpitaux seront également saturés.

En début de semaine, le taux d'incidence (le nombre de nouveaux malades sur les sept derniers jours rapporté à la taille de la population) était de 658 pour 100.000 personnes dans la communauté urbaine de Dunkerque, contre 485 la semaine précédente. A titre de comparaison, le taux d'incidence est de 229 dans le reste du département du Nord, et de 189 à l'échelle nationale. Si le taux d'incidence augmente également dans les communes autour de Dunkerque, notamment à Saint-Omer, il s'agit d'un phénomène propre à la ville portuaire. "On a un problème épidémique réel avec une tension hospitalière ciblée au centre hospitalier de Dunkerque et à la polyclinique de Grande-Synthe. La pression n’existe pas à ce niveau-là ailleurs dans le département du Nord ni même sur le littoral", souligne Patrick Goldstein, le chef du pôle urgence et du Samu dans le département du Nord.

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Qu'est-ce qui explique cette situation?

De par sa position géographique, Dunkerque est une cible facile pour le variant britannique, qui est arrivé en force parmi la population. Ce variant, beaucoup plus contagieux que la forme classique du virus, s'est donc fortement répandu. Selon l'Agence régionale de Santé des Hauts-de-France, "dans certains laboratoires, plus de 70% des tests RT-PCR sont attribués au variant britannique".

Mais le docteur Patrick Goldstein avance également une autre explication qui aurait pu jouer un rôle. Interrogé dans La Voix du Nord, il explique que certains Dunkerquois, nostalgiques de leur carnaval, auraient peut-être tout de même décidé de le faire, en cachette. "La tension qui existe en ce moment sur les urgences du CH Dunkerque est parfaitement concomitante avec la période de carnaval. (...) La particularité de Dunkerque, c’est qu’il y a un carnaval en cette période de l’année et qu’il n’y en a pas ailleurs", explique le spécialiste. "Nous savons tout l’amour que les Dunkerquois et les habitants du Nord ont pour ce carnaval et le drame que ça représente pour eux de ne pas pouvoir le faire comme d’habitude. Peut-être sont-ils en train de le faire autrement, peut-être y a-t-il un carnaval underground. Peut-être y a-t-il quelques chapelles (ndlr: des lieux où les habitants se réunissent pour boire un verre) qui, quand même, existent pendant la nuit." 

Que la situation soit en partie liée à des carnavals clandestins ou non, les infirmiers et soignants ont en tout cas noté un relâchement du respect des mesures à Dunkerque. Selon eux, cela se constate assez facilement sur le terrain étant donné que les foyers épidémiques naissent souvent dans les familles, avec plusieurs membres - parents et grands-parents - hospitalisés en même temps, alors que les contacts sont censés être réduits.

Une édition passée du carnaval à Dunkerque © epa
 

Que faire?

Pour empêcher les contaminations au coronavirus de grimper, Patrice Vergriette, le maire de la ville, avait demandé au préfet de pouvoir fermer les établissements scolaires une semaine avant les vacances, mais cela lui avait été refusé. "On n'a pas été entendus", déplore-t-il. A l'époque, le préfet avait en effet décidé de décaler les entrées et sorties dans le primaire et de mettre le secondaire en "mode mixte", c'est-à-dire en partie en présentiel et en partie en distanciel. "Comme on n'empêche pas tous les regroupements, les contaminations vont monter, je ne me fais aucune illusion là-dessus", a déclaré le maire, dépité.  Toutefois, pour Patrick Goldstein, "si le problème était lié aux écoles, l'augmentation des cas serait partout. Or, il y a une différence entre Dunkerque et ailleurs. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème avec les écoles ou le variant anglais mais, encore une fois, à Dunkerque il y a un carnaval...", a-t-il conclu.

En attendant de pouvoir tirer cela au clair, Dunkerque a en tout cas renforcé ses mesures, et notamment ses campagnes de testing afin de mieux traquer le variant britannique.