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Environ 84.000 personnes ont manifesté samedi dans le cadre de l'acte 9 des "gilets jaunes", contre 50.000 la semaine dernière, a annoncé le ministère de l'Intérieur, qui a également fait état de 244 interpellations sur l'ensemble du territoire.

A Paris, où 8.000 personnes ont défilé "dans le calme" et "sans incident grave", "la responsabilité l'a emporté sur la tentation de l'affrontement", a salué le ministre Christophe Castaner dans une déclaration transmise à l'AFP. Des chiffres qui soulignent que le mouvement des "gilets jaunes" a repris vigueur ce samedi.

Une forte mobilisation à Bourges

"On nous met sur la paille!": avec plus de 6.000 personnes de toute la France, Bourges est devenue un nouvel épicentre de la contestation des "gilets jaunes" samedi, avec une mobilisation sans précédent, émaillée de quelques incidents dans le centre. Une participation imprévisible et des forces de l'ordre sur le qui-vive avec de longues files de camionnettes de police à l'entrée du centre: Bourges se réveille sous haute surveillance samedi matin.

Alors que des sources policières attendent 2.000 à 3.000 personnes, ils sont 6.300 en milieu d'après-midi, selon un décompte de la préfecture du Cher, à manifester au "centre de la France" en réponse à un appel national lancé sur Facebook.

Des "gilets jaunes" manifestent à Bourges. © AFP

"Vercingétorix", 74 ans, déguisé en gaulois et "réfractaire depuis longtemps", dit être venu pour les vieux. "Je vis avec 1.200 euros par mois, mon bas de laine disparaît tous les jours avec les taxes. On nous met sur la paille", déclare cet archéologue à la retraite. Pendant une vingtaine de minutes les forces de l'ordre répliquent avec des grenades lacrymogènes aux jets de projectiles des manifestants, avant de charger pour les faire reculer. De nouveaux heurts ont éclaté vers 16h00 boulevard de la République, mais en épargnant toujours vitrines et mobilier urbain, loin des images choc des manifestations parisiennes.

Dans le cortège "officiel" qui tourne autour de la ville, l'ambiance bon enfant est par intermittence perturbée par un petit groupe de manifestants qui tente à plusieurs reprises d'aller au contact des forces de l'ordre, provoquant des tirs de grenades lacrymogènes. Vers 15h00, 18 personnes avaient été interpellées, dont 15 préventivement.

Des "gilets jaunes" manifestent à Bourges. © AFP

"Les casseurs ce n'est pas nous"

Vendredi la ville s'était préparée au pire. Les bâtiments et jardins publics ont été fermés par la mairie et dans la nuit les commerçants ont protégé leurs vitrines de panneaux de bois, comme l'avaient fait les banques avant eux. Dès 9 heures, alors que la cathédrale sortait de la brume, les premiers "gilets jaunes" ont investi la place Séraucourt, leur lieu de rendez-vous officiel, avec stands de café et brioche pour les nouveaux arrivants. Des cahiers de doléances ont été mis à disposition des participants sur l'esplanade.

"Bourges ça permet à tout le monde de faire moins de trajet. Paris c'est symbolique, c'est sûr, mais les autres villes sont importantes aussi", estime Carole Rigobert, 59 ans, auxiliaire de vie qui a fait 300 km en voiture depuis le Jura avec son mari. Le couple "attend des mesures concrètes".

Scènes de guerre à Bourges. © AFP

"Les annonces de Macron, ce sont des miettes payées par les contribuables. Il parle de faire des efforts, mais c'est à eux d'en faire. Il y a tellement d'abus de privilèges chez les élus. Macron, Griveaux, Castaner, il faut qu'ils arrêtent de mettre de l'huile sur le feu, les casseurs ce n'est pas nous", lâche cette femme. "Pendant longtemps le pouvoir a acheté la paix sociale, mais aujourd'hui c'est terminé, le peuple se révolte", explique son mari Pascal, 57 ans, employé communal, 1.450 euros par mois.

Alors que les manifestants continuent d'affluer, l'atmosphère se tend quand des groupes de manifestants, masqués et gantés, traversent à plusieurs reprises la place. Une équipe de la chaîne BFMTV est pressée de quitter les lieux par certains de ces manifestants. La défiance à l'égard du gouvernement et du président Emmanuel Macron est dans toutes les bouches.


Heurts à Paris

Des heurts ont également eu lieu à Paris, dans le secteur des Champs-Elysées et autour de l'arc de Triomphe. 74 personnes ont été placées en garde à vue dans la capitale, selon un bilan à 17h00 samedi du parquet de Paris. La préfecture de police a fait état de son côté d'une centaine d'interpellations depuis samedi matin, notamment "pour participation à un groupement en vue de commettre des violences, port d'arme prohibée, violences à agents de la force publique", selon un dernier bilan transmis aux médias.

Place de l'Etoile, en haut des Champs-Elysées, un journaliste de l'AFP a constaté plusieurs salves de grenades lacrymogènes. Peu après 14H30, les forces de l'ordre ont essuyé "quelques jets de projectiles" sur l'avenue de Wagram et répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes, selon la Préfecture de police (PP).

Dans la matinée, à la suite de contrôles, 30 personnes ont été interpellées à Paris samedi matin par les forces de l'ordre, notamment pour port d'arme prohibée ou participation à un groupement en vue de commettre des violences.


Avant cela, plusieurs milliers de "gilets jaunes" s'étaient réunis dans le calme pour rejoindre la place de l'Etoile. Parmi les slogans récurrent: "libérez Christophe", en référence à l'ex-boxeur Christophe Dettinger filmé en train de frapper deux gendarmes samedi dernier lors de la manifestation des "gilets jaunes" et écroué depuis dans l'attente de son procès.

"Benalla en prison !" ou "Emmanuel Macron, tête de con, on vient te chercher chez toi !", ont aussi scandé des manifestants. En tête de cortège, un service d'ordre porteur de brassards blancs indiquait le chemin à suivre. Eric Drouet, l'une des figures du mouvement, avait notamment appelé à rejoindre ce cortège qui doit arriver vers 17h place de l'Etoile, en haut des Champs-Elysées, en passant par les Grands boulevards - un itinéraire toutefois incertain en raison de l'explosion survenue samedi matin dans le IXe arrondissement.

Les forces de l'ordre présentes dans le cadre de l'Acte IX des "gilets jaunes" à Paris. © AFP

Echauffourées à Toulouse

Des affrontements ont éclaté samedi après-midi à Toulouse entre protestataires et policiers alors que 5.000 "gilets jaunes", selon la préfecture, manifestaient dans le centre historique, a constaté une journaliste de l'AFP. La place du Capitole a été noyée sous les gaz lacrymogènes, la police tentant de repousser des groupes très mobiles qui leur lançaient des projectiles et les chargeaient. Un canon à eau est venu en renfort de la police.

Les cafés et commerces alentour, où beaucoup de clients se réfugiaient ont aussi fermé leurs grilles, tandis que le gros des manifestants se dispersait. Les incidents ont éclaté près de trois heures après le début de la manifestation, qui a réuni 5.000 "gilets jaunes", selon la préfecture, qui n'en avait dénombré que 2.000 samedi dernier. Selon un tweet de la préfecture, une interpellation avait été faite à 15H30.

© AFP

Incidents à Nîmes, Toulon, Marseille

Des échauffourées voire affrontements ont éclaté entre "gilets jaunes" et forces de l'ordre à Nîmes, Toulon et Marseille, samedi, dans le cadre de l'acte 9 du mouvement, et la mobilisation a été massive, avec près de 3.000 personnes dans chacune de ces villes a constaté l'AFP sur place.

A Nîmes, sur la place des Arènes, alors occupée par près de 3.000 personnes, les incidents ont éclaté en début d'après-midi quand des manifestants se sont équipés de larges plaques de tôle pour avancer en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène et de lanceurs de balles de défense.

Des infirmiers bénévoles ont aussitôt pris en charge les quelques personnes blessées, même si personne ne semble avoir été grièvement touché. Ces affrontements se poursuivaient encore vers 17h00, de façon plus sporadiques.

Des "gilets jaunes" manifestent à Nîmes. © AFP

Une trentaine de personnes s'en sont pris aux policiers postés devant le commissariat de la ville, et les affrontements ont duré plusieurs minutes. Les manifestants ont été repoussés par les forces de l'ordre, qui ont dû faire l'usage de grenades lacrymogènes, a précisé le procureur de la République de Toulon, Bernard Marchal, qui a estimé le cortège des "gilets jaunes" varois à au moins 2.500 personnes, "beaucoup plus que la semaine précédente".

D'autres affrontements, "également violents", entre manifestants et forces de l'ordre, ont ensuite eu lieu aux abords du stade Mayol, où le RC Toulon affrontait à 18h30 les Écossais d'Edimbourg en coupe d'Europe de rugby, a précisé M. Marchal. 4 personnes ont été interpellées et un manifestant blessé à l'oeil par un lanceur de balles de défense.

Des heurts ont été observés à Marseille en début de soirée. © AFP

Un automobiliste en colère échappe de peu au lynchage

A Marseille, près de 3.000 personnes (2.700 selon la Préfecture de police) là aussi se sont rassemblées, sur le Vieux Port, vers 15h00, venues de toutes les Bouches-du-Rhône.

Lors du parcours de la manifestation, le long des quais du Vieux Port et vers la Préfecture avant de revenir vers la Canebière, un automobiliste en colère sorti de sa voiture avec une matraque téléscopique a échappé de peu au lynchage. Seule l'intervention d'une dizaine de gendarmes casqués contraints d'utiliser une grenade lacrymogène lui a permis de rentrer dans sa grosse cylindrée et de s'échapper, au milieu d'une foule très excitée, a constaté un journaliste de l'AFP sur place. Après la dispersion, des escarmouches entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté, avec une dizaine d'interpellations et dix policiers blessés par des projectiles, de source policière.

Des "gilets jaunes" manifestent à Marseille. © AFP

6000 gilets jaunes à Bordeaux et plusieurs blessés

Quelque 6000 "gilets jaunes" ont manifesté samedi à Bordeaux, selon la préfecture, et des heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté en fin d'après-midi. La mobilisation, supérieure à celle de samedi dernier -- 4600 personnes selon la préfecture -- a consacré à nouveau la capitale de Nouvelle-Aquitaine comme l'un des bastions du mouvement en France. Les "gilets jaunes" ont pour leur part revendiqué sur leur chaîne "média" "plus de 10000 personnes".

Comme chaque samedi, des heurts ont éclaté à la tombée de la nuit en centre-ville, place Pey-Berland près de la mairie, où étaient restées massées quelques centaines de personnes. Manifestants et forces de l'ordre ont échangé jets de bouteilles et quelques pavés d'un côté, gaz lacrymogènes et jets de lanceurs d'eau de l'autre, avant que la police ne fasse évacuer la place. Les pompiers sont intervenus pour éteindre des palettes que les manifestants avaient enflammés devant la cathédrale. Trois blessés ont été évacués.

Un peu plus tôt, les manifestants s'étaient réunis place de la Comédie, au bout de la longue artère commerçante de la rue Sainte-Catherine, où quelques tensions ont éclaté. Un homme a été blessé au visage. Une jeune fille blessée par un jet de tesson de bouteille a également été prise en charge par les pompiers, selon la préfecture.

Les manifestants, qui chantaient périodiquement la Marseillaise, marchaient en criant "Macron Démission", "On n'est pas des casseurs" et brandissaient des panneaux "Macron destitution, parce que c'est notre rejet" ou "Stop aux violences". Une dizaine de personnes avaient été interpellées en début de manifestation.

Des "gilets jaunes" manifestent à Bordeaux. © AFP

2600 à Nantes, 15 interpellations

Environ 2.600 manifestants "gilets jaunes", selon la police, ont manifesté samedi après-midi à Nantes et 15 personnes ont été interpellés, notamment pour port d'arme, dégradations et jets de projectiles. Dans la soirée, la police nantaise comptait 15 interpellations. Quatorze d'entre elles ont été placées en garde à vue.

Parmi les personnes interpellées, deux l'ont été avant la manifestation pour "port d'arme", une pour dégradation, et quatre pour jets de projectiles. La police n'était pas en mesure de préciser dans l'immédiat, les motifs des autres interpellations. Un policier a été blessé à l'épaule par un jet de pavé, a indiqué la police. Plusieurs commerces, notamment les locaux d'une assurance et d'une agence immobilière, ont été visés par des individus qui ont tapé sur les vitrines avec des marteaux.

Des "gilets jaunes" manifestent à Nantes. © AFP

Des banques, une agence de voyage, ont également subi des dégradations commises par des poubelles en feu placées par des manifestants à l'extérieur et deux voitures de luxe ont été incendiés. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et d'une lance à eau quand des manifestants ont tenté de monter, avec une échelle, sur un mur protégeant la préfecture. Des commerces ont été vandalisées, notamment une banque, une agence d'assurance et une chaîne de restauration rapide.

Des incidents à Bar-le-Duc et Strasbourg

A Bar-le-Duc, des heurts ont éclaté entre les forces de l'ordre et des "gilets jaunes", qui étaient 1.200 "au plus fort de l'événement", selon la préfecture. "Plusieurs groupes d'individus ont mis le feu à des barricades sur la voie publique, dégradé du mobilier urbain et jeté des projectiles, dont des bombes artisanales, contre les forces de l'ordre", est-il indiqué dans un communiqué. Huit personnes ont été interpellées, notamment pour dégradations et outrages, selon la préfecture, qui a comptabilisé deux manifestants et un policier blessés.

Des individus ont allumé des incendies, dont "l'un est venu lécher les murs d'une habitation dont les occupants ont dû être évacués", a-t-on ajouté. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour repousser les "gilets jaunes", dont "certains équipés de lunettes de protection et d'écharpes couvrant leur visage", a-t-on précisé.

Des "gilets jaunes" interpelés à Strasbourg. © AFP

Trois policiers blessés à Strasbourg

A Strasbourg, la manifestation de 1.500 "gilets jaunes", selon la préfecture, après avoir quitté le Parlement européen en fin de matinée pour rejoindre la gare, a été émaillée d'incidents, avec utilisation de gaz lacrymogènes.Trois policiers et quatre manifestants ont été blessés, selon la police qui n'a pas donné de détails sur la nature et les circonstances des blessures.

Une vingtaine de personnes ont été interpellées pour "violences, outrages, jets de projectiles, dégradations, rébellion, usage d'armes sur les forces de l'ordre - un flashball -, participation à un groupement armé et dissimulation de son visage", a détaillé la police. "Les collègues ont trouvé plusieurs couteaux et ont saisi plusieurs bouteilles incendiaires" sur les interpellés, a-t-on ajouté.

A Besançon, où 900 "gilets jaunes" étaient mobilisés, sept personnes ont été interpellées pour détention d'objets dangereux, dégradations et jets de projectiles. Le calme est revenu en fin de journée dans les trois villes.

Scènes de guerre à Strasbourg. © AFP