Le Premier ministre marocain Abderrahmane Youssoufi tente de justifier la mise à mort de trois hebdomadaires

RABAT L'arrivée au pouvoir de Mohammed VI, alias M 6, avait éveillé bien des espoirs de liberté au Maroc. Finies les années de plomb de l'ère Hassan II. Le nouveau roi allait tout balayer sur son passage. On osait même envisager une révision du code de la famille. Un texte plus libéral qui accorderait plus de marche de manoeuvre aux femmes.

Les progressistes étaient mobilisés. Les barbus aussi plus nombreux, plus bruyants. Le jeune roi a donc revu sa copie. Reportés ses espoirs de progrès à plus tard.

Mais la volonté de croire en des jours meilleurs était là. Le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, socialiste, ancien opposant au roi Hassan II était l'un des garants de cette volonté de changement. Jusqu'au mois de novembre, le gouvernement marocain paraissait bénéficié d'un certain état de grâce. Jusqu'au jour où trois hebdomadaires ont mis en cause cet héritier de l'opposition à Hassan II. Le Premier ministre aurait été impliqué, selon Le journal, Assahifa et Demain, dans l'attentat fomenté par le général Oufkir contre le monarque algérien. Youssoufi savait, prétendent les trois journaux. Alors, le Premier ministre a tonné, montré les dents. Les magazines n'ont pas désarmé. Le gouvernement a démenti.

Des courriers signés par certains hommes en vue dans les années 70 ont confirmé les informations publiées dans les magazines.

Youssoufi a tranché en interdisant purement et simplement ces hebdomadaires. Cette semaine, le Premier ministre marocain s'est expliqué et justifié dans le quotidien espagnol El Pais.

`Ce n'est pas une décision qui a été facile à prendre´, explique le chef du gouvernement. `La raison de ma décision, ce sont les actes concertés depuis des mois par les trois hebdomadaires qui s'en prennent à la monarchie et à l'armée. Ves journaux ont osé s'attaquer à l'armée. () Nous ne pouvons pas permettre qu'un groupe de journalistes immatures mette en danger la transition.´ Les années de plomb n'appartiennent pas nécessairement au passé au Maroc