Des rebondissements à couper le souffle!

WASHINGTON Un suspense digne des meilleurs films d'action, des rebondissements de scénario comme seul peut en rêver Hollywood, des couacs sans précédent des médias, sans oublier un mort ... élu sénateur : les Etats-Unis auront vécu une nuit électorale à couper le souffle, assurée de rester dans les annales.

Tous les analystes l'avaient prédit : l'élection se jouerait sur le fil du rasoir. Mais les Américains auront été servis!

Le long marathon électoral débute par un raz-de-marée en faveur de W: Indiana, Kentucky, Géorgie, New Hampshire, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Virginie. Un à un, les Etats tombent dans l'escarcelle du candidat républicain. La carte des Etats-Unis commence à se colorer de rouge.

Face à un tel déferlement, Al Gore fait pâle figure avec le petit Etat du Vermont, qui passe en bleu. Très vite cependant, le vice-président démocrate se reprend, à la faveur des résultats en provenance des Etats du nord-est, des bastions démocrates.

Puis tombe la nouvelle, comme un coup de tonnerre: Gore a remporté la Floride. Puis, c'est la Pennsylvanie, le Michigan. Trois Etats-clés qu'il se devait absolument de gagner. De l'avis des observateurs, il prend une sérieuse option sur la présidence.

Cris de joie au quartier général de Gore. En revanche, dans le camp Bush, les mines s'allongent. Comment les républicains ont-ils pu perdre la Floride? Un Etat de surcroît gouvernée par le frère de W, Jeb Bush ? A Austin, dans le confort de sa résidence et entourée de toute la famille Bush, George W., incrédule, arbore un sourire crispé. Il dit ne pas croire dans les projections des télévisions américaines. Je ne concède rien en Pennsylvanie et je ne concède rien en Floride, lance-t-il.

Vers 22H 00 - quatre heures du matin en Belgique - , c'est le coup de théâtre. Les grands networks américains reviennent sur leurs projections en Floride. Premier couac. Les informations que nous avons reçues au départ n'étaient pas correctes, explique une porte-parole de CNN à l'AFP.

Les républicains dénoncent la course au scoop, alors que les bureaux de vote ne sont pas clos dans le Midwest et dans l'ouest. Devant les caméras, les commentateurs mordent la poussière. Viennent-elles de commettre l'équivalent télévisuel du célèbre impair du Chicago Tribune en 1948 annonçant par erreur la victoire présidentielle de Thomas Dewey sur Harry Truman?

Les télespectateurs n'ont encore rien vu. Il est deux heures du matin. Bush et Gore sont toujours mano a mano.

Tous les regards sont désormais tournés vers la Floride, qui détient la clé de la victoire. A peine 20.000 voix y séparent les deux candidats. Et puis, la chaîne CBS annonce: BUSH ÉLU 43EME PRESIDENT DES ETATS-UNIS. Les autres suivent rapidement.

C'est l'alternance. Scènes de liesse à Austin. Incrédulité à Nashville au quartier général de Gore. Ce dernier appelle son rival pour concéder sa défaite. Nouveau coup de théâtre. Alors qu'on croyait enfin tenir un vainqueur, c'est la douche froide. Les télévisions reviennent sur leur verdict en Floride: le décompte est trop serré pour déclarer un vainqueur. Il va falloir recompter les voix.

Gore appelle de nouveau Bush au téléphone et lui affirme qu'il ne concède plus sa défaite et attend le résultat final de la Floride. Il est cinq heures du matin. L'aube pointe et les Américains s'apprêtent à se réveiller. Le pays n'a toujours pas de président.