Daunte Wright, 20 ans, a été tué dimanche par une agente qui a "sorti son arme à feu à la place de son Taser", un pistolet à impulsion électrique censé être non létal, a déclaré le chef de la police de Brooklyn Center, Tim Gannon lors d'une conférence de presse.

Pour étayer ses propos, il a présenté l'enregistrement du drame par la caméra-piéton de la policière. Sur ces images, on voit des agents sortir le jeune homme de son véhicule et commencer à lui passer les menottes.

Celui-ci semble alors opposer une résistance et vouloir se rasseoir dans sa voiture. On entend la policière crier "taser, taser", pour signaler qu'elle va tirer. A la place, un coup de feu résonne.

La policière, qui était "expérimentée" selon son chef, a été placée en congé. Son nom n'a pas encore été rendu public.

Le décès de Daunte Wright a ravivé la colère dans la grande ville des Etats-Unis, qui s'était embrasée après la mort de George Floyd, le 25 mai, sous le genou du policier blanc Derek Chauvin.

Des manifestants sont à nouveau descendus dans les rues et des échauffourées nocturnes ont eu lieu autour du poste de police de Brooklyn Center.

Le maire a finalement décrété un couvre-feu et des soldats de la Garde nationale ont été déployés pour ramener le calme. Une nouvelle manifestation est prévue lundi soir.

- "Evitable" -

Dans ce climat tendu, l'avocat de Derek Chauvin a demandé lundi matin au juge Peter Cahill, qui préside ce procès historique, de placer immédiatement les jurés à l'écart pour empêcher qu'ils ne subissent des pressions.

"Je comprends qu'il y ait des troubles civils" mais "je ne crois pas que cela soit un motif d'inquiétude supplémentaire", a répondu le magistrat. "Le huis clos sera ordonné pour le jury à compter de lundi (prochain), jour où l'on attend les dernières plaidoiries", a-t-il ajouté.

L'accusation a ensuite entamé l'interrogatoire d'un cardiologue, pour qui George Floyd a "fait un arrêt cardiaque en raison d'un manque d'oxygène" lié à la position dans laquelle les policiers l'ont maintenu le 25 mai.

Ce jour-là, Derek Chauvin a appuyé pendant près de dix minutes avec son genou sur le cou du quadragénaire noir plaqué au sol et menotté. Son avocat Eric Nelson soutient toutefois qu'il n'a pas causé la mort de George Floyd et que ce dernier a succombé à une overdose combinée à des faiblesses cardiaques.

"Après vérification des faits, je peux affirmer avec un haut niveau de certitude médicale que George Floyd n'a pas fait de crise cardiaque simple ni d'overdose", a rétorqué lundi Jonathan Rich, en jugeant que sa mort était "évitable".

Les procureurs devraient encore convoquer un professeur de Droit, spécialiste de l'usage de la force par la police, puis un frère de la victime avant de céder la place à la défense.

- "Ecoeurant" -

En dehors du tribunal, le nouveau drame a suscité un émoi bien au delà de Minneapolis.

"Nous sommes tristes d'apprendre la perte d'une nouvelle vie aux mains des forces de l'ordre", a commenté la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki, en évoquant "la peine, la colère, le traumatisme et l'épuisement ressentis par de nombreuses communautés de notre pays".

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a elle condamné un nouvel "exemple écoeurant de violences policières" en rappelant que plus de 260 personnes sont mortes aux mains des forces de l'ordre depuis le début de l'année.

Sur place, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a dit suivre "la situation de près". "Notre Etat pleure encore une fois la perte de la vie d'un homme noir aux mains des forces de l'ordre", a-t-il tweeté.

Le maire de Brooklyn Center a fait le parallèle entre les deux dossiers. "Cela n'aurait pas pu arriver à un pire moment", a déclaré Mike Elliott. "Le monde entier regarde notre communauté qui est bouleversée depuis la mort de George Floyd, et anxieuse depuis le début du procès de Derek Chauvin".

Aux Etats-Unis, les policiers sont rarement condamnés pour des violences commises dans le cadre de leurs fonctions et de nombreux habitants de Minneapolis appréhendent le verdict, attendu d'ici deux semaines environ. Si le policier n'est pas condamné, ils craignent de nouvelles émeutes.