Le ton a continué de monter lundi entre les Etats-Unis et la Corée du Nord qui, à l'approche d'un ultimatum fixé par Pyongyang à Washington pour la fin de l'année, risquent de renouer avec les tensions extrêmes de 2017.

Après avoir fait le dos rond face à la multiplication des tirs de missiles nord-coréens de courte et moyenne portée ces derniers mois, l'administration de Donald Trump a changé d'attitude après le mystérieux essai annoncé dimanche par Pyongyang.

Washington a demandé lundi une réunion publique du Conseil de sécurité des Nations unies sur les "tirs de missiles et la possibilité d'une escalade dans les provocations de la Corée du Nord", qui aura lieu mercredi.

Le régime nord-coréen a évoqué, sans plus de précisions, un "test très important" censé changer le "statut stratégique" du pays reclus d'Asie de l'Est. Détail important: l'essai aurait été mené depuis sa base de lancement de satellites de Sohae, celle-là même dont le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un avait promis la fermeture en 2018 -- un des seuls gages concrets donnés aux Américains dans les négociations sur le désarmement nucléaire de la Corée du Nord.

Parallèlement, les échanges verbaux rappellent de plus en plus les menaces et insultes échangées avant le réchauffement spectaculaire de 2018 et les trois rencontres historiques entre Donald Trump et Kim Jong Un.

"Kim Jong Un est trop intelligent et a beaucoup trop à perdre, voire tout, à agir de façon hostile", a prévenu dimanche le président américain.

"Vieillard irréfléchi"

De son côté, le pouvoir nord-coréen s'en est pris ces derniers jours directement au locataire de la Maison Blanche, pour la première fois depuis les tensions de 2017, alors qu'il prenait jusqu'ici bien garde à n'attaquer que son entourage, comme le secrétaire d'Etat Mike Pompeo ou l'ex-conseiller John Bolton.

Kim Yong Chol, un très haut responsable de Pyongyang en première ligne dans les négociations jusqu'en début d'année, a raillé lundi le "bluff" et les "mots et tournures bizarres" de Donald Trump, le qualifiant de "vieillard dépourvu de patience", "irréfléchi et incohérent".

La semaine dernière, les Nord-Coréens avaient déjà fait mine de s'inquiéter d'une "rechute" du "gâteux", comme Kim Jong Un avait nommé le président des Etats-Unis avant leur première rencontre.

Ce sommet, en juin 2018, avait permis de lancer des négociations, scellées par une déclaration d'intentions évoquant une "dénucléarisation complète de la péninsule coréenne".

Mais depuis, malgré deux autres rencontres, les pourparlers sont dans l'impasse: Donald Trump exige que Kim Jong Un renonce d'emblée à tout son arsenal atomique, alors que ce dernier réclame une approche progressive prévoyant une levée rapide d'au moins une partie des sanctions internationales qui étranglent son économie.

Pyongyang a donc donné à Washington jusqu'à la fin de l'année pour changer d'approche, promettant un "cadeau de Noël" rempli de menaces si le statu quo devait se poursuivre.

"La collision semble inévitable"

"Ce n'est pas du bluff. La Corée du Nord tente d'augmenter la pression sur le président Trump et son gouvernement pour qu'ils aient une approche plus flexible", dit à l'AFP Frank Aum, ancien du Pentagone.

Selon cet expert du cercle de réflexion US Institute of Peace, Pyongyang "a compris que les Etats-Unis se contenteraient bien de prolonger la situation actuelle durant des années", mettant en avant l'extraordinaire baisse des tensions militaires sans relâcher la pression économique. Or, Kim Jong Un a besoin d'une levée des sanctions.

Le problème, poursuit Frank Aum, c'est que "la Corée du Nord est dos au mur": "elle va devoir faire quelque chose après l'ultimatum du Nouvel An, pour ne pas avoir l'air bête, mais sans aller trop loin pour ne pas s'attirer des représailles sévères des Etats-Unis et de la Chine".

Renouer avec les tirs de missiles intercontinentaux ou même les essais nucléaires à moins d'un an de la présidentielle américaine obligerait Washington à riposter d'une manière ou d'une autre.

"C'est une situation très difficile, car les deux parties ne peuvent pas faire des concessions sans avoir l'air faibles", renchérit Vipin Narang, spécialiste du dossier nord-coréen au Massachusetts Institute of Technology. A moins que Donald Trump accepte un accord progressif visant avant tout à "ralentir le programme nucléaire nord-coréen", "la collision semble inévitable", redoute-t-il.

"On risque de retomber dans les tensions de 2017, mais en pire, car cette fois il n'y a plus de sortie de secours diplomatique, puisqu'on a épuisé l'option extrême des sommets présidentiels", explique-t-il à l'AFP.