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Le chef des talibans pakistanais du TTP Hakimullah Mehsud a été tué vendredi par un drone américain dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, une opération qui risque à court terme de déclencher des attentats en représailles, mais pourrait à long terme faciliter le processus de paix.

Les drones américains, qui survolent les zones tribales pakistanaises adossées à la frontière afghanes, frappent généralement tard dans la nuit ou très tôt dans la journée.

Mais vendredi un de ces avions sans pilote a tiré deux missiles sur un camp de rebelles en fin de journée à Dandey Darpakhel, village situé à cinq kilomètres au nord de Miranshah, principale ville du Waziristan du Nord, un repaire notoire des talibans et d'autres groupes liés à Al-Qaïda.

"Hakimullah Mehsud a été tué par les tirs d'un drone américain" ayant fait quatre morts, a indiqué à l'AFP un haut responsable du renseignement pakistanais sous le couvert de l'anonymat. Trois sources sécuritaires à Miranshah ont confirmé son décès.

Contacté par l'AFP, un commandant du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), un regroupement de factions islamistes armées, a confirmé que M. Mehsud faisait bien partie des quatre personnes tuées par le drone.

"Hakimullah, son oncle, son chauffeur et son garde du corps ont été tués", a précisé ce commandant taliban, ajoutant que les funérailles étaient prévues pour avoir lieu samedi.

De son vrai nom Jamshed Mehsud, Hakimullah, un jeune trentenaire, arborait un visage juvénile, plutôt poupin, mangé par une barbe hirsute et encadré par une longue chevelure sous son "pakol", chapeau en forme de galette typique du nord-ouest pakistanais.

Il avait pris la tête des talibans pakistanais du TTP dans la foulée du décès de son chef Baïtullah Mehsud. Ce regroupement de mouvements islamistes est né en 2007 afin de livrer la "guerre sainte" au gouvernement d'Islamabad accusé par les rebelles d'être l'allié des Etats-Unis dans la "guerre contre le terrorisme".

Depuis 2004, les Etats-Unis multiplient les tirs de drones dans les zones tribales du nord-ouest qui ont fait plus de 2.200 morts, dont des civils, selon de nombreuses organisations.

Ces attaques sont officiellement considérées comme "contre-productives" et comme étant des atteintes à sa "souveraineté nationale" par le Pakistan qui a toutefois donné officieusement son accord à de nombreuses frappes selon des documents révélés par la presse américaine et des responsables pakistanais.

Avant même la confirmation du décès de M. Mehsud, le ministère pakistanais des Affaires étrangères avait publié un communiqué pour dénoncer le raid de vendredi qui intervient une semaine après l'appel musclé d'organisations de défense des droits de l'Homme comme Amnesty International dénonçant le recours tous azimuts aux avions sans pilote.

La mort du chef des talibans, qui était encore apparu le mois dernier dans une interview avec la BBC fait à partir des zones tribales, intervient aussi au moment où le gouvernement d'Islamabad a annoncé des contacts préliminaires avec la rébellion dans l'espoir d'entamer de véritables pourparlers de paix.

"Il y aura un appel (au sein de la rébellion islamiste) pour en finir avec le processus de paix", explique à l'AFP Saifullah Khan Mahsud, directeur du centre de recherche sur les zones tribales à Islamabad.

"Mais à long terme, la disparition d'une figure controversée comme Hakimullah Mehsud rendra l'environnement plus propice à des négociations de paix entre le Pakistan et les insurgés", ajoute-t-il. "Dans l'opinion publique pakistanaise, il était la personne qui incarnait le mal associé au TTP" et des pourparlers était difficiles à vendre à la population, souligne-t-il.

Le décès d'Hakimullah Mehsud s'ajoute à celui, plus tôt cette année, aussi dans un tir de drone, du numéro deux de la rébellion islamiste, Wali Ur-Rehman, ce qui risque de fragiliser davantage un mouvement déjà en restructuration, notent des observateurs.

"Sa mort va affaiblir le mouvement. Certes, un nouveau chef sera nommé, mais est-ce que cette nouvelle personne sera en mesure de contrôler" les talibans pakistanais qui ont fait allégeance à Al-Qaïda, estime Rahimullah Yusufzai, expert de la mouvance islamiste pakistanaise.

A court terme, les insurgés vont certainement "vouloir se venger", ce qui risque de se traduire par davantage "d'attentats suicide", craint-il.