Le scrutin s'est globalement déroulé dans le calme. La participation semble s'être "tassée" par rapport au premier tour

KINSHASA La situation était calme lundi matin en République démocratique du Congo (RDC), où a débuté le long travail de ramassage et de compilation des résultats du second tour de l'élection présidentielle de dimanche entre le sortant Joseph Kabila et le vice-président Jean-Pierre Bemba.

Ce scrutin crucial pour la paix dans l'ex-Zaïre, ravagé par des années de guerre et de mauvaise gestion, s'est globalement déroulé dans le calme, mais la participation semble s'être "tassée" par rapport au premier tour où 70,54% des 25,4 millions d'électeurs inscrits s'étaient rendus aux urnes, selon la radio onusienne Okapi.
La presse de Kinshasa écrivait lundi que la participation avait baissé partout, à l'exception des deux Kasaï (centre), fiefs de l'opposant Etienne Tshisekedi dont les partisans avaient appelé localement au boycott du premier tour et intimidé les électeurs dans plusieurs grandes villes.

Dans ces régions où deux millions d'électeurs s'étaient abstenus au premier tour, certains cadres locaux de l'opposition ont ouvertement affiché leur préférence pour M. Bemba, malgré la "neutralité" proclamée par la direction kinoise de l'Union pour la Démocratie et le Progès social (UDPS) de M. Tshisekedi.

"C'est vrai que la participation a augmenté sensiblement au Kasaï, mais il est trop tôt pour avoir une vision d'ensemble", a déclaré le rapporteur de la Commission électorale indépendante (CEI), Dieudonné Mirimo, à l'AFP.
Certains observateurs estimaient lundi que l'écart entre M. Kabila, favori, et M. Bemba, respectivement crédités de 44,8% et 20% des voix au premier tour, pourrait se resserrer.

Pour un diplomate, "plus l'écart sera faible, plus les risques de contestation violente seront forts", en dépit d'une déclaration signée dimanche entre les deux camps, où le futur vainqueur s'engage à garantir la protection du vaincu, qui promet de son côté de ne pas recourir à la violence en cas de contestation.

Lundi, le camp Bemba a dénoncé la coupure, par le camp adverse, du signal de deux télévisions appartenant au vice-président, après la diffusion d'émissions distinctes rapportant des propos remettant en cause la nationalité du chef de l'Etat et dénonçant des irrégularités du vote. Le signal de l'une des chaînes a toutefois été rétabli dans l'après-midi.

Malgré la tension ambiante, aucun des deux camps n'a pour le moment remis en cause la validité des scrutins.
La CEI s'est félicitée de la bonne tenue du vote, déplorant toutefois deux incidents meurtriers en Equateur (nord-ouest) et dans le district de l'Ituri (Province orientale, nord-est).

A Bumba (Equateur), la découverte d'une tentative de fraude en faveur de M. Kabila a dégénéré dimanche en affrontements entre partisans de M. Bemba et forces de l'ordre, faisant au moins un mort et un blessé.
En Ituri, deux agents électoraux ont été abattus dans la nuit par un militaire ivre à Fataki, à 60 km au nord-est de Bunia (chef-lieu d'Ituri).

Ces meurtres ont suscité la colère de la population qui a "pillé et incendié trois centres de votes, comprenant huit bureaux" dont les bulletins de vote ont été détruits, a déclaré le porte-parole de l'ONU en Ituri, Léocadio Salmeron. Aucun autre incident grave n'avait été signalé lundi. Dans la nuit, après la fermeture des derniers bureaux de vote, les procès-verbaux (PV) des résultats de la présidentielle ont commencé à être affichés sur les portes des bureaux, comme le prévoit la loi.

"Après le vote, quatre fiches de PV sont établies: une pour le centre de compilation dont dépend le bureau de vote, une pour les témoins des partis politiques, une pour le siège de la CEI à Kinshasa et une pour la Cour suprême de Justice (CSJ, en charge du contentieux)", a expliqué M. Mirimo.

"La collecte des PV et leur acheminement dans les 62 CLCR (centres de liaison et de compilation des résultats) du pays va prendre plusieurs jours", a-t-il dit, rappelant que dans certaines zones reculées, les déplacements se faisaient à pied, à pirogue ou à vélo, selon l'état des routes.

La CEI traitera en priorité les résultats de la présidentielle, puis s'attaquera à ceux des provinciales qui ont eu lieu le même jour. Elle doit publier le 19 novembre "au plus tard" les résultats provisoires du second tour, avant examen des éventuels recours par la CSJ.

Le président de la CEI, l'abbé Apollinaire Malu Malu, a toutefois laissé entendre dimanche soir que des résultats significatifs devraient déjà être disponibles dans une dizaine de jours.