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Il annonce ces jours-ci une réduction des dépenses dans les campagnes de prévention et la suppression du financement des programmes de santé destinés à aider les accros à arrêter la cigarette

AMSTERDAM Il devient de plus en plus facile d'allumer une cigarette aux Pays-Bas. Alors que le gouvernement néerlandais est de moins en moins tolérant face à la marijuana, il semble faire machine arrière dans la lutte contre le tabac.

L'an dernier, il a exonéré certains bars de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Il annonce ces jours-ci une réduction des dépenses dans les campagnes de prévention et la suppression du financement des programmes de santé destinés à aider les accros à arrêter la cigarette. Les Pays-Bas envisagent également de ne plus financer le centre de contrôle du tabac.

Près de la moitié des bars et discothèques du pays n'ont pas respecté l'interdiction de fumer entrée en vigueur en 2008. Mais ils ont rarement été sanctionnés. "Il n'y a aucun autre pays qui prend ce type de mesures", a souligné Lies Van Gennip, directrice du centre national de contrôle du tabac, qui devrait être fermé en 2013. "J'ai honte que cela se produise ici".

Lors d'une conférence de presse mercredi, plusieurs politiciens et experts néerlandais ont dénoncé la politique du gouvernement. La parlementaire de l'opposition Renske Leijten (Parti socialiste) a accusé la ministre de la Santé Edith Schippers d'avoir pris une mauvaise décision. "On peut même se demander si elle est ministre de la Santé ou ministre de l'industrie du tabac".

Mme Schippers répond qu'elle croit en la liberté de choix des fumeurs et que le gouvernement "est allé trop loin" dans sa législation. Une porte-parole du ministère de la Santé, Inge Freriksen, a expliqué à l'Associated Press que les Pays-Bas avaient choisi "une autre méthode de prévention", en se focalisant sur l'éducation des enfants aux dangers du tabagisme.

Certains experts ont suggéré l'existence d'un conflit d'intérêt entre le gouvernement néerlandais et l'industrie. Dans un récent documentaire diffusé à la télévision néerlandaise, le lobbyiste du tabac Alexander van Voorst Vader expliquait qu'il avait rencontré Edith Schippers lorsqu'elle était parlementaire et qu'il avait discuté avec elle à de nombreuses reprises. "Elle était très ouverte à certains éléments sensibles de l'industrie".

La convention-cadre pour la lutte antitabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) oblige les pays signataires à prendre des mesures fortes contre le tabac. Mais comme pour la plupart des traités mondiaux, elle n'est pas réellement contraignante.

Selon l'Organisation des Pays-Bas pour le commerce du tabac, les consommateurs néerlandais ont dépensé plus de quatre milliards d'euros (cinq milliards de dollars) en tabac l'an dernier. Environ 27% des Néerlandais fument, un chiffre légèrement plus élevé que dans d'autres pays riches, comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le taux de cancer du poumon est d'environ 93 pour 100.000, d'après l'agence internationale de recherche sur le cancer. Un chiffre là aussi plus élevé que dans d'autes pays développés.

Cette année, des chercheurs néerlandais ont prédit que sans mesures fortes, près d'un million de personnes mourront prématurément de maladies liées au tabac entre 2011 et 2040.

La marche arrière du gouvernement néerlandais contraste avec les mesures qu'il prend désormais pour lutter contre la consommation de marijuana. Il a ainsi réduit le nombre de cafés autorisés à en vendre et prévoit d'introduire un système de passes l'an prochain qui interdirait aux touristes d'en acheter.

© La Dernière Heure 2011