Le groupe jihadiste Al-Mourabitoune a revendiqué la prise d'otages qui a fait au moins 27 morts vendredi dans l'hôtel Radisson à Bamako, selon un document sonore diffusé en soirée par la chaîne qatarie Al-Jazeera. "Nous les Mourabitoune, avec la participation de nos frères (...) d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, revendiquons l'opération de prise d'otages à l'hôtel Radisson", indique la voix d'un homme dans ce bref extrait diffusé par la chaîne basée à Doha.

Le groupe avait revendiqué une précédente attaque commise le 7 mars dernier contre un hôtel de Bamako, la première visant des Occidentaux dans la capitale, qui avait fait cinq morts, trois Maliens, un Français et un Belge.

9 heures d'enfer, au moins 27 tués

La prise d'otages menée par des hommes armés à l'hôtel Radisson Blu de Bamako s'est terminée vendredi après neuf heures d'enfer et au moins 27 morts, grâce à l'intervention conjointe des forces maliennes et françaises.

"La prise d'otages est terminée. Nous sommes actuellement en train de sécuriser l'hôtel", a déclaré à l'AFP une source militaire sous le couvert de l'anonymat. Un journaliste de l'AFP devant l'hôtel a vu des agents de la protection civile en sortir des corps dans des sacs mortuaires orange sur des brancards.

Dix-huit corps retrouvés

"Dix-huit corps ont été retrouvés", a affirmé à l'AFP une source de sécurité étrangère sous le couvert de l'anonymat, tandis qu'une source militaire malienne affirmait que "deux terroristes ont été tués". Dans la matinée, le ministère malien de la Sécurité intérieure avait parlé de "deux ou trois" assaillants. "Ca se passe au 7e étage, des +jihadistes+ sont en train de tirer dans le couloir", avait alors déclaré une source de sécurité à l'AFP.

Les auteurs de l'attaque "n'ont plus actuellement d'otage entre leurs mains et les forces sont en train de les traquer", avait assuré peu avant 16 heures le ministre de la Sécurité intérieure, le colonel Salif Traoré, lors d'une conférence de presse après plusieurs heures d'assaut à l'intérieur de l'hôtel.

Les forces spéciales françaises venues de Ouagadougou, au Burkina Faso voisin, se trouvaient à l'intérieur de l'hôtel et "participaient aux opérations aux côtés des Maliens", a souligné la source de sécurité étrangère. Par ailleurs, dans la matinée, la France, qui intervient militairement au Mali depuis janvier 2013, a envoyé une quarantaine de membres du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) au Mali.

Immédiatement après la fin de l'assaut, le président malien Ibrahim Boubacar Keita --qui a écourté son séjour au Tchad où il était pour un sommet des cinq pays du Sahel--, a salué sur son compte Twitter "le professionnalisme des forces de défense et de sécurité du Mali et remerci(é) les pays amis pour leur assistance".


Un Belge tué

© dieudonne

"Au nom de l'assemblée, le président Philippe Courard et le secrétaire général Xavier Baeselen ont l'immense douleur d'annoncer le décès de M. Geoffrey Dieudonné" , a annoncé le porte-parole du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l'agence Belga. "Premier conseiller de direction au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, M. Dieudonné était en mission à Bamako dans le cadre d'une convention de collaboration avec la francophonie parlementaire pour une durée de trois jours. M. Dieudonné donnait avec d'autres collègues étrangers, un séminaire de formation à l'attention des fonctionnaires parlementaires maliens. A cette heure, les circonstances précises de sa disparition tragique ne sont pas encore connues. Le parlement présente ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de M. Dieudonné".

Deux Belges sains et saufs

Le président du parlement bruxellois Charles Picqué ainsi que le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders ont également annoncé le décès. Selon M. Reynders, cinq Belges se trouvaient dans l'hôtel Radisson Blu de Bamako attaqué vendredi par un commando djihadiste. Deux d'entre eux sont sortis sains et saufs, un est décédé. Le sort des deux derniers belge n'est pas encore connu.

"Une semaine après les attentats de Paris, la barbarie a encore frappé en ôtant lâchement la vie de trois innocents. Toutes mes pensées accompagnent les enfants de Geoffrey, sa famille, ses proches et ses collègues du Parlement", a déclaré quant à lui le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, dans un communiqué.

Le parlement bruxellois a observé vendredi après-midi un moment de recueillement, au cours de la séance de votes, à la mémoire de M.Dieudonné. La cheffe de groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Françoise Bertieaux, en a fait la demande auprès du président, Charles Picqué.

Non sans émotion, Mme Bertieaux a rendu hommage au fonctionnaire décédé, "un chouette gars", actif depuis 15 ans au parlement francophone et que les députés qui y siègent connaissaient bien, a-t-elle dit.


Le récit des événements

L'attaque du Radisson Blu, prisé de la clientèle internationale, a débuté vers 06H30 (locale et GMT). Elle survient une semaine exactement après les attaques meurtrières revendiquées par le groupe Etat islamique qui ont fait 130 morts à Paris et plus de 350 blessés.

Dans la matinée, le groupe hôtelier Rezidor, qui gère le Radisson Blu, situé à l'ouest du centre-ville de Bamako, avait d'abord parlé de 140 clients et 30 employés dans l'hôtel par deux assaillants. Peu avant 14H00, l'établissement ne parlait plus que de "125 clients et 13 employés" toujours retenus dans l'immeuble de 190 chambres.

"Nos forces spéciales ont libéré une trentaine d'otages et d'autres ont pu s'échapper tout seuls", avait déclaré à la mi-journée le colonel Traoré, le ministère faisant ensuite de "72 personnes libérées". Des otages pouvant réciter des versets du Coran avaient également été libérés.

Cette attaque rappelle la prise d'otages du 7 août dans un hôtel à Sévaré (centre), qui avait fait 13 morts. Le 7 mars, le premier attentat anti-occidental meurtrier à Bamako, visant un bar-restaurant, avait coûté la vie à cinq personnes, dont un Français et un Belge.

Les assaillants sont entrés dans l'enceinte de l'hôtel au même moment qu'une voiture munie d'une plaque diplomatique, selon le ministère. Des tirs d'armes automatiques ont ensuite été entendus.

© Montage LaLibre

Outre des policiers et militaires maliens, des forces spéciales de la gendarmerie étaient déployées, ainsi que des membres de la Minusma et de la force française Barkhane. "Les Américains également sont en train de nous apporter un appui à l'intérieur de l'hôtel", avait précisé le colonel Salif Traoré.

Des étrangers d'au moins 14 nationalités faisaient partie des quelque 140 clients de l'hôtel Radisson Blu, selon le ministère malien de la Sécurité intérieur et les autorités ou employeurs des pays concernés. Y étaient présents de ressortissants venant d'Algérie, d'Allemagne, de Belgique, du Canada, de Chine, de Côte d'Ivoire, d'Espagne, des Etats-Unis, de France, d'Inde, du Maroc, de Russie, du Sénégal et de Turquie.

Air France annule ses vols de et vers Bamako

Air France, qui a annulé tous ses vols à partir et à destination de Bamako, faisait état de 12 employés logés dans l'établissement qui ont été mis "en lieu sûr". Le ministère malien de la Sécurité évoque quant à lui 15 "citoyens français" libérés, sans plus de précisions.

Début 2012, le nord du Mali est tombé sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. Ils en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale. Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères. Les attaques jihadistes se sont étendues depuis le début de l'année vers le centre, puis le sud du pays.

Dans un enregistrement remontant à octobre et récemment authentifié, le chef du groupe jihadiste Ansar Dine, allié d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Iyad Ag Ghaly, dénonçait l'accord de paix signé en mai-juin entre le camp gouvernemental et la rébellion et appelait à frapper la France "croisée".