Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme s'est dit lundi "profondément troublé" par l'arrestation de l'opposant russe Alexeï Navalny et a demandé sa "libération immédiate". "Nous sommes profondément troublés par l'arrestation d'Alexeï Navalny, et nous appelons à sa libération immédiate et au respect de ses droits à une procédure régulière conformément à l'Etat de droit", a indiqué dans un tweet le Haut-Commissariat, dirigé par Michelle Bachelet.

"Nous réitérons notre appel en faveur d'une enquête approfondie et impartiale sur son empoisonnement", a indiqué également l'organe onusien.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a à son tour appelé lundi à la libération de l'opposant russe Alexei Navalny, arrêté par les autorités à son arrivée dimanche à Moscou.

"Je condamne l'arrestation d'Alexei Navalny hier par les autorités russes, à son retour en Russie. Les autorités russes doivent le libérer immédiatement et assurer sa sécurité", a affirmé la cheffe de l'exécutif européen dans un communiqué.

Mme von der Leyen souligne que la détention d'opposants politiques va à l'encontre des engagements internationaux de la Russie. "Nous continuons aussi d'attendre une enquête approfondie et indépendante sur l'attaque portée contre la vie d'Alexei Navalny", ajoute-t-elle en référence à l'empoisonnement dont ce dernier a été victime, et qui lui a valu une longue convalescence en Allemagne.

Alexei Navalny accuse le président russe Vladimir Poutine d'avoir ordonné cet empoisonnement auquel il a survécu. Son arrestation dimanche a été vivement dénoncée, notamment par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, le président du Conseil européen Charles Michel et le président du Parlement européen David Sassoli.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a rejeté ces critiques lundi, estimant que les Occidentaux cherchaient en s'en prenant à la Russie "à détourner l'attention de la profonde crise qui mine le modèle de développement libéral".

Ennemi de Poutine

Charismatique militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, M. Navalny, 44 ans, accuse le président Vladimir Poutine d'avoir ordonné son assassinat au poison Novitchok en août, ce que la Russie dément. Ayant survécu à cet empoisonnement présumé, il a été soigné cinq mois en Allemagne.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu qu'il avait été empoisonné par un agent innervant militaire de type Novitchok, développé à l'époque soviétique, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Dimanche, l'opposant est revenu à Moscou et a été interpellé dès son arrivée, le FSIN, le service pénitentiaire russe, lui reprochant d'avoir violé des mesures de contrôle judiciaire en allant se faire soigner à l'étranger.


En septembre, Mme Bachelet avait exigé une enquête "approfondie, transparente, indépendante et impartiale" des autorités russes sur le "crime très grave" commis contre l'opposant Alexeï Navalny.

La Haut-Commissaire avait alors noté que le type d'agents neurotoxiques utilisés pour empoisonner M. Navalny sont des substances sophistiquées extrêmement difficiles à se procurer.

"Cela soulève de nombreuses questions", avait-elle-relevé: "Pourquoi utiliser des substances comme celles-ci? Qui les utilise? Comment les ont-ils obtenues?"

La Russie a elle multiplié les versions -- maladie, mauvaise hygiène de vie, provocation de services secrets occidentaux -- et se refuse à ouvrir une enquête criminelle.