Le reporter et militant Taha Bouhafs, interpellé vendredi après la manifestation qui a perturbé une sortie au théâtre d'Emmanuel Macron, a été déféré samedi soir devant un juge d'instruction chargé de poursuivre l'enquête, a appris l'AFP de sources judiciaire et proche du dossier.

A l'issue de la garde à vue du jeune homme de 22 ans, le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une information judiciaire pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations" et "organisation d'une manifestation non-déclarée", selon la source judiciaire.

Le juge d'instruction doit se prononcer dans la soirée sur une éventuelle mise en examen du reporter.

Taha Bouhafs, un journaliste et militant qui s'est fait connaître par son engagement actif au coeur des mouvements contestataires, était présent vendredi soir dans le même théâtre parisien que le président.

Le reporter avait alors filmé M. Macron assis devant lui, quelques minutes avant le début de la représentation, puis diffusé la vidéo sur Twitter, avec ce message: "Je suis actuellement au théâtre des Bouffes du Nord (Métro La Chapelle). 3 rangées derrière le président de la République. Des militants sont quelque part dans le coin et appellent tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare... la soirée risque d'être mouvementée".


"Je plaisante"

M. Bouhafs avait ensuite demandé à ses dizaines de milliers d'abonnés s'il devait ou non lancer ses chaussures sur le président, à l'image du célèbre geste d'un journaliste irakien contre le président américain Georges W. Bush en 2008.

"Je plaisante (...) la sécu me regarde bizarre là", avait ensuite précisé le reporter, employé pour le site d'information Là-bas si j'y suis.

Le spectacle avait ensuite été brièvement perturbé par une tentative d'intrusion de manifestants, au 44e jour de grève contre la réforme des retraites.

Le président Macron, présent avec son épouse, a été "sécurisé" pendant quelques minutes puis est retourné voir la pièce jusqu'au bout, selon son entourage.

Selon son avocat, M. Bouhafs a été "immobilisé par un membre du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République) qui lui a arraché son téléphone", puis interpellé et placé en garde à vue.

"C'est un dépassement inédit des atteintes à la liberté d'informer et aux droits des journalistes, à la demande de l'Elysée", a réagi Me Arié Alimi auprès de l'AFP.

"Le tweet ne peut matérialiser une infraction, il ne fait que rendre compte de sa présence, de celle du président et de ce que des manifestants avaient appelé à un rassemblement comme il l'avait constaté sur Twitter auparavant", a ajouté l'avocat.

Me Arié Alimi dénonce la confiscation du téléphone de son client, dans lequel se trouvent les images de la scène mais aussi les contacts du journaliste.

Procès le 25 février

"On arrête un journaliste pour avoir tweeté sur la présence du Méprisant au théâtre. Bienvenue en #Macronie", a écrit sur Twitter la député France Insoumise Danièle Obono, entre autres réactions.

"Lorsqu'on cherche à s'en prendre au président de la République, on cherche à atteindre l'institution", a rétorqué la députée et porte-parole LREM Célia de Lavergne.

Taha Bouhafs, aussi connu pour avoir filmé Alexandre Benalla en train de violenter un couple à Paris le 1er mai 2018, avait déjà été placé en garde à vue en juin lors d'une manifestation en banlieue parisienne, s'attirant le soutien d'une partie de la profession. Il doit être jugé le 25 février à Créteil pour "outrage et rébellion".

Le jeune homme a été candidat de La France Insoumise (LFI) aux législatives de 2017 dans l'Isère, mais n'est plus impliqué dans ce parti, indiquait-il l'an dernier à Libération.

Il a aussi participé à plusieurs actions de soutien à Assa Traoré, soeur d'Adama Traoré, mort en juillet 2016 en banlieue parisienne après un plaquage ventral, et il a été un des initiateurs de la "marche nationale contre l'islamophobie" à Paris en novembre 2019.