''Le lit de l'extrême-droite''

Monde

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Radicaliste de droite, Mourad Ghazli refuse l'idée d'un communautarisme quelconque et le clientélisme politique

BRUXELLES Coluche disait, "en France, on a des idées sur tout. Mon pote Ahmed, lui, il a surtout des idées..." Mourad Ghazli est un peu comme Ahmed. Mais la comparaison s'arrête là. Ancien sportif de haut niveau, jeune responsable politique engagé, membre du bureau exécutif du parti radical (UMP), il refuse d'être "l'Arabe de service" . D'ailleurs, il n'hésite pas à écrire : "Je m'appelle Mourad Ghazli et, comme mon nom l'indique, je suis né à Aubagne" . Sous le titre accrocheur "Ne leur dites pas que je suis Français, ils me croient Arabe" (Presses de la Renaissance) , il publie une véritable critique, constructive, de la société politique où logement, emploi, éducation et tous partis politiques confondus en prennent pour leur grade. En guerre ouverte contre le monopole du pouvoir transmis au sein des familles en place, il prône l'ouverture et bannit le communautarisme. Rencontre avec un politicien de demain, ardent défenseur d'un Jacques Chirac qu'il souhaite voir réélu.

Mourad Ghazli, dans votre avant-propos, vous n'hésitez pas à dire que vous êtes engagé en politique depuis plus de dix ans, à droite naturellement...

"En France, comme en Belgique, on a laissé croire que les Français de culture méridionale étaient forcément de gauche. C'est une escroquerie car les valeurs incarnées par la gauche ne sont pas du tout celles que je défends. Le travail, l'ordre, la famille... Tout ça, ce sont des valeurs de droite, et pas de gauche !"

Vous reprochez à l'ensemble des partis politiques de se livrer au communautarisme. Une pratique que vous condamnez fermement.

"Je trouve particulièrement idiot de composer des listes en fonction de critères ethniques, religieux, sexuels ou autres. Si c'était un critère de compétence, ça se saurait. À ce tarif-là, si on parle de listes électorales représentatives de la société, pourquoi ne pas en faire de même dans tous les domaines. On aurait aussi pu dire que je devais prendre la place de David Douillet aux championnats du monde, alors qu'il était meilleur que moi. Il faut choisir les gens en fonction de leurs compétences. Je crois à l'égalité de traitement, ou d'opportunité, mais l'égalité des chances n'a aucune signification. De plus, je trouve particulièrement idiot de penser que parce qu'on est d'origine arabe, tous les arabes vont voter pour un arabe. Ou de penser que les homosexuels vont tous voter pour un homosexuel, ou les femmes pour une femme. Tout ce que les gens veulent, quand ils votent, c'est avoir une réponse. Une réponse qui correspond à leur situation. Ce que les électeurs jugent, ce n'est pas ce que vous êtes, c'est ce que vous avez à proposer."

Vous prônez également une réforme du mode de scrutin électoral. Pour vous, la démocratie participative doit passer par la démocratie représentative. N'y a-t-il pas un danger de voir l'extrême-droite en profiter ?

"Au contraire ! Au même titre que j'estime que le communautarisme fait le lit de l'extrême-droite, il ne faut pas sous prétexte d'une extrême-droite grimpante, se laisser aller à des magouilles électorales structurelles pour que la gauche et la droite puissent, à tour de rôle, exercer le pouvoir. À Toulon, le FN a accédé à la mairie et on a vu le résultat. Une fois au pouvoir, l'extrême-droite fait montre de sa démagogie et de son inefficacité. C'est au pied du mur qu'on reconnaît le maçon. Alors si les urnes donnent l'extrême-droite gagnante, qu'elle aille au pouvoir. On se rendra alors compte de la supercherie et l'électeur pourra en tirer les conclusions."

Ancien champion du monde de ju-jitsu, membre de l'équipe de France de judo, cela ne constitue cependant pas un argument de campagne pour vous. Que pensez-vous des célébrités qui soutiennent les hommes politiques dans la course à la présidence ?

"C'est de l'hypocrisie totale. Quand un artiste s'immisce dans une cause quelconque, que ce soit pour les sans papiers, pour les SDF ou pour toute autre cause, y compris le soutien aux politiciens, il le fait avant tout pour sa publicité. Certains montent au créneau pour dire que tout le monde a droit à un logement, mais ils ne veulent pas que les gens qui en sont privés soient leurs voisins..."



Propos recueillis par Vincent Schmidt

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© La Dernière Heure 2006

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