Considérations économiques hexagonales et emprunt à la terminologie du siècle dernier de "non-alignement", ces trois prétendants à l'Elysée, comme Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud, multiplient leurs réserves: "Je regrette que l'Union européenne ait décidé, je cite, de +fournir des armements nécessaires à une guerre+. Cette décision ferait de nous des cobelligérants", a tonné mardi Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale.

Il s'en est également pris à l'exclusion de la Russie du système international d'échange interbancaire Swift, selon lui "une escalade mondiale en poussant Russes et Chinois à utiliser désormais exclusivement leurs propres circuits".

Critiqué depuis une semaine pour sa mansuétude à l'endroit de Moscou, le leader insoumis se veut gaullien: "Hélas, nous avons été incapables de promouvoir l'Europe de l'Atlantique à l'Oural", a-t-il paraphrasé l'illustre général français Charles de Gaulle, en appelant à la "neutralité" de l'Ukraine autant que la sortie de l'Otan dans une logique de "non-alignement".

Eric Zemmour - qui qualifie toujours le président Vladimir Poutine de "démocrate" mais "autoritaire" - appelle lui aussi à "une relation normalisée" avec la Russie, avec "un traité consacrant la fin de l'expansion de l'Otan" dont la France doit, selon lui, sortir du commandement intégré.

"Affamer" le peuple russe

Un retour à la France des années 1960? "Même de Gaulle n'a jamais voulu sortir de l'Alliance. Ce sont des propositions pavloviennes, plus gaullistes que le Général", avait contesté lundi Hubert Védrine. "La France ne peut s'isoler des Etats-Unis et de ses partenaires européens. C'est insensé, débile, et cela tombe au pire moment", avait encore tancé l'ancien ministre des Affaires étrangères.

Mais ce sont aussi l'efficacité et les conséquences des décisions économiques qui sont interrogés par ces candidats, reprenant leurs critiques d'il y a huit ans lorsqu'il s'agissait de fustiger les mesures de rétorsion de l'UE et la France après l'invasion de la Crimée. Marine Le Pen, qui veut également sortir la France du commandement intégré de l'Otan, a expliqué qu'elle ne "croyait pas" dans les sanctions économiques et exprimé sa "crainte" qu'elles "aient comme conséquence de sanctionner le peuple français" et "d'affaiblir" le pays, en considérant d'ailleurs que les sanctions de 2014 "n'ont pas fonctionné".

Nicolas Dupont-Aignan a pour sa part réclamé "des sanctions qui ne touchent pas les peuples européens et qui ne se retourne pas contre les Français". La candidate Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, a elle aussi fustigé les sanctions, cette fois parce qu'elles vont selon elle "affamer" le peuple russe.

Sarkozy et la "guerre froide"

Les critiques de ces cinq candidats n'échappent pourtant pas à l'ambiguïté pour certains d'entre eux. Si les eurodéputés du Rassemblement national et ceux de la France insoumise ont voté mardi en faveur d'une résolution condamnant l'offensive militaire russe, ceux issus du RN ayant rallié Eric Zemmour se sont abstenus.

La ligne de fracture concerne la droite dans son ensemble, tant Les Républicains se sont divisés depuis de nombreuses années, et a fortiori depuis l'annexion de la Crimée en 2014, sur le cas russe. A l'époque, une majorité de ténors de la feue UMP avait condamné les sanctions prises par l'Union européenne, certains parlementaires issus de leurs troupes, emmenés par Thierry Mariani (depuis passé au RN), ayant même fait le voyage à Moscou.

"Nous étions un certain nombre de responsables politiques à penser que pousser Vladimir Poutine dans les bras de la Chine était une mauvaise idée. C'est exactement ce qui est en train de se passer", a déploré mardi Marine Le Pen. Une difficulté de plus pour Valérie Pécresse: soutien des mesures prises depuis la semaine dernière par la France, la candidate LR a également pris ses distances avec François Fillon, longtemps chantre du rapprochement avec Poutine.

Elle doit également faire oublier que la tentation avait gagné en 2015 Nicolas Sarkozy, qui disait refuser "la résurgence de la guerre froide", tempérant alors son atlantisme et prenant ses distances avec l'UE, dans une énième référence à Charles de Gaulle. "Du gaullisme mal digéré et dévoyé", s'étaient alors étranglés les modérés du parti, Alain Juppé en tête.